Article hallucinant de L’Est républicain : « Le “prédateur” sexuel était frustré »

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Publié le 4 avril, l’article a depuis été retiré du site de L’Est républicain – mais on peut le lire en cache.Il relate un « fait divers ». Un homme ayant agressé sexuellement des adolescentes. Il est dit que le coupable, condamné à huit mois de prison, a sévi trois fois.

Les faits ne sont pas nommés. Conséquence : on peut tout imaginer. En l’occurrence un viol. Ce qui n’a pas manqué d’arriver, sur Twitter notamment.

En réaction, le journal s’est excusé.

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Joint au téléphone l’auteur de l’article, Sam Bonjean, s’agace et parle « des connaissances limitées des gens en droit » :

« J’ai l’impression que les gens lisent en diagonale. On parle d’agression sexuelle, ça n’est pas un viol. C’est un type qui a mis une main aux fesses de deux collégiennes et montré son sexe. »

Quelle vision de la sexualité ?

Le journaliste raccroche très vite.

« Lisez mon article, on en reparle après. Là, j’ai beaucoup de travail. »

C’est dommage, j’aurais bien aimé parler avec Sam Bonjean de sa vision de la sexualité et de l’agression sexuelle.

Si son article pose problème, ce n’est pas par son manque de clarté, mais par le regard qu’il pose sur un tel délit. L’auteur des faits y est présenté comme « un homme qui ne supportait plus l’absence de rapports imposée par sa femme » :

« Jérôme vient d’être papa. Un moment fort dans la vie d’un homme. Un moment délicat aussi dans la gestion du couple. Accaparée par son enfant, il arrive que la mère délaisse le père. »

C’est la femme qui est responsable

Vous le voyez venir ? En fait, l’accusé n’y est pour rien. C’est sa femme qui est responsable. Et le journaliste de poursuivre :

« Face à ce schéma classique, deux types d’option s’offrent généralement aux hommes. Il y a ceux qui prennent leur mal en patience et ceux qui décident d’aller chercher auprès d’une maîtresse ce que leur femme leur refuse. Jérôme, lui, a choisi une troisième voie. Parfaitement illicite. Celle de l’agression sexuelle. »

Il y a de quoi s’arracher les cheveux. Ce lien de cause à effet… Ou comment confondre agressions sexuelles et sexualité. Comme l’écrivaient Audrey Guiller et Nolwenn Weiler dans « Le Viol, un crime presque ordinaire » (éd. Le Cherche-Midi, octobre 2011) – dont un long extrait a été publié sur Acrimed :

« C’est sur ce même fond de confusion entre agression et sexualité que Sud-Ouest a pu titrer, au sujet de l’affaire DSK : “ L’homme qui aime les femmes sans modération. ” »

Les hommes ne sont pas des bêtes sauvages

Les hommes ne sont pas des bêtes sauvages et, truc de fou, certains peuvent ne pas avoir de relations sexuelles sans aller agresser des femmes dans la rue.

Il est aussi intéressant de s’interroger sur la fonction sociale d’un tel article. Il dit des choses sur la culture du viol. Comme l’écrit Elisa Brinai qui, en 2012, a rédigé un « mémoire sur le traitement médiatique du viol dans la presse » [PDF] :

« Les récits des journalistes à propos du viol fournissent des cadres d’interprétation simples au lecteur et entretiennent les nombreux mythes autour de la violence sexuelle. »

http://rue89.nouvelobs.com/2014/04/08/article-hallucinant-lest-republicain-predateur-sexuel-etait-frustre-251334

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