Les salariés en grève d’un salon de beauté obtiennent leurs papiers

La quatrième employée et le jeune Chinois de 23 ans sans-papiers, qui travaillaient également dans ce salon de beauté occupé par les salariées depuis 3 mois, ont été à leur tour régularisés ! Ils auront finalement tous obtenu gain de cause. Bravo ! 

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Les cinq Chinoises employées au noir s’étaient mises en « grève » contre leur patron qui refusait de les payer depuis décembre 2013. Elles avaient surpris tout le monde, tant la situation est inédite. Jusqu’à aujourd’hui, elles occupaient nuit et jour leur salon en attente de régularisation. Elles avaient été rejointes dans leur mouvement par deux coiffeuses africaines qui travaillaient pour le même employeur, avant que celui-ci ne se volatilise. Ces derniers temps, nombre de boutiques avaient résolu à leur façon la guerre des prix : elles employaient sans les déclarer des femmes d’origine chinoise en situation irrégulière. Leur réputation était bonne : dociles, travailleuses. Tout se passait bien. Jusqu’à ce qu’en décembre 2013, le patron ivoirien de cinq de ces femmes rechigne à leur verser leur paie. La plupart de leurs collègues du boulevard seraient parties la tête basse, sans mot dire. Mais, contre toute attente, ces cinq-là ont décidé de se rebeller. Et elles ont eu raison.

RÉCIT

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Dans le salon de beauté Supply Beauty, le 25 février. (Photo Sébastien Calvet)

Fini les odeurs de colle et de dissolvant. L’onglerie Supply Beauty revêt ce lundi soir ses plus beaux atours : quelques verres pour trinquer, de quoi grignoter et surtout, le sourire des salariés, enfin régularisés. Après près de trois mois de grève, les sept coiffeuses et manucures du salon d’esthétique situé à Paris (Xe arrondissement) ont finalement tous obtenu leurs papiers. C’est le moment pour eux de rendre les clés de leur boutique et de tirer un trait sur des années d’exploitation et de retards de salaire.

D’abord trois, puis cinq, et depuis vendredi, sept. La préfecture de police de Paris a délivréles deux derniers titres de séjour aux salariés de Supply Beauty, Lin Mei, 47 ans, et Gang, un jeune homme âgé de 23 ans. La préfecture les avait déjà convoqués une première fois le 7 avril, bien que tous les documents nécessaires à leur régularisation aient été envoyés par la CGT mi-février. «Ce fut un long parcours, raconte Raymond Chauveau, en charge à la CGT du collectif migration, droits des migrants. Il nous aura fallu trois mois pour réussir à obtenir ces titres de séjour.» Lundi soir, il rejoindra les sept salariés qu’il défend depuis début février pour célébrer l’événement. «C’est la première fois qu’une grève de sans-papiers, des femmes qui plus est, se termine en obtenant satisfaction pour tous. Généralement, on parvient à régulariser 90% des personnes que l’on défend. Ici, on est a atteint les 100%

Le 3 février, les salariés de Supply Beauty se sont mis en grève. Le mouvement, amorcé par les Chinoises, a très vite rassemblé tous les salariés de la boutique quand la CGT a apporté son soutien. Dès que les drapeaux rouges du syndicat se sont mis à flotter devant la façade de l’onglerie, le patron du salon a mis les voiles. Depuis décembre, il ne payait plus ses employés. Pourtant, leur salaire n’atteignait que rarement les 1 000 euros, somme à laquelle il fallait encore retirer le prix des outils de travail. Chaque mois, les salariés dépensaient près de 300 euros en vernis, dissolvants et limes à ongles. Des conditions pointées du doigt par l’inspection du travail, qui s’est aussitôt chargée du dossier. Désormais, le patron de Supply Beauty fait l’objet de poursuites judiciaires pour troubles à l’ordre public et pour avoir employé des personnes dont la situation n’était pas régularisée.

«QUELQUES PROPOSITIONS D’EMBAUCHE»

Pour continuer leur mouvement, les salariés se sont donc remis au travail. L’argent perçu alimentait une caisse de grève, ce qui leur a permis de tenir plusieurs mois.«Nous avons répété qu’il n’était pas question d’arrêter la grève tant que tout le monde n’avait pas obtenu ses papiers», explique Raymond Chauveau. Jour et nuit, les salariés et quelques membres de la CGT se relaient pour occuper les locaux de l’onglerie. Mercredi après-midi, la préfecture de police a finalement délivré un accord concernant les deux dernières autorisations de séjour et de travail. «On fait des études au cas par cas», explique la préfecture de police, tout en restant évasive quant aux raisons de ce délai de traitement. «Les deux derniers dossiers étaient des situations différentes des cinq autres. Ils sont le fruit d’une décision individuelle.» Deux jours plus tard, Lin Mei et Gang ont été convoqués pour retirer leurs papiers. C’est seulement un peu plus tard dans la journée qu’ils ont reçu leurs autorisations de travail. «Nous sommes étonnés du temps que tout cela a pris, déplore Raymond Chauveau. L’inspection du travail a établi clairement dans deux rapports les liens qu’il existait entre l’employeur et les salariés. Ceci aurait dû accélérer la délivrance des papiers.»

Ces papiers, qui ont pris tant de temps à parvenir aux mains des salariés, ne sont pourtant pas tous identiques. Deux ont obtenu des titres de séjour d’une durée de dix ans, trois d’une durée d’un an renouvelable. Quant à Lin Mei et Gang, ils ont reçu des cartes de séjour temporaire «salarié», ce qui veut dire qu’ils doivent encore prouver qu’ils ont au moins une promesse d’embauche. Heureusement, c’est le cas pour chacun d’entre eux. «Il y a déjà eu quelques propositions d’embauche pour du travail déclaré, en bonne et due forme», précise Raymond Chauveau. Lin Mei aurait ainsi trouvé un emploi dans une autre onglerie, et Gang, qui souhaitait changer de métier, aurait déniché un contrat dans la restauration. «Il ne reste plus qu’à rendre les clés, ajoute Raymond Chauveau. Ce soir, on ferme boutique.»

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