Le viol trop souvent impuni au Royaume-Uni

Crime de seconde zone, la violence patriarcale est la même partout.

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myeurope.info,  06/05/2014

Outre-Manche, les violeurs sont de moins en moins condamnés. Et ce n’est pas dû à une diminution des agressions sexuelles, mais bien au laxisme et au sexisme de la police et de la justice britannique.

C’est une évolution alarmante dénoncée par The Independent. Au Royaume-Uni le nombre de cas de viol a considérablement diminué. On en compte déjà 1747 de moins l’année dernière qu’en 2010 selon les « Services de poursuite judiciaire de la Couronne » (SPJC). Le constat est le même pour les condamnations. En 2013, 2300 violeurs ont été envoyés en prison. Ils étaient 2433 en 2012. Cette évolution serait positive si elle n’était pas en contradiction avec la hausse du nombre de plaintes déposées pour viol.

Inquiet, le ministère de la Justice a réalisé une enquête. Bon nombre de victimes se seraient indignées du manque de sérieux dans le traitement de leurs affaires. C’est le cas de Suzanne (le nom a été modifié) violée en 2012. Elle a porté plainte en vain. L’agresseur présumé, le petit ami de la jeune femme à l’époque, se serait pourtant introduit chez elle sans y avoir été invité et l’aurait violé avant de s’enfuir.

« J’ai eu beau montrer à l’avocat général les messages que nous nous étions envoyés avant et après l’agression, ça n’a rien changé. Il m’a d’ailleurs répondu que dans cette histoire, mes collants étaient responsables du viol ! « 

Verdict : acquittement pour le petit ami en question. Suzanne a fait appel de la décision sans succès. Pourtant, la SPJC avait reconnu que les propos de l’avocat général étaient déplacés.

Les universitaires scandalisés

Selon le groupe d’experts chargé d’évaluer l’ampleur du problème, la faute serait à chercher du côté d’une « mauvaise interprétation » des nouvelles directives nationales sur le viol délivrées aux policiers et aux procureurs. Mais cela n’explique pas les différences selon les régions. Certaines où les condamnations étaient nombreuses ont fait preuve d’une soudaine clémence envers les violeurs. C’est le cas notamment dans l’Est de l’Angleterre (18% de condamnations en moins l’an dernier).

Outre-Manche les intellectuels et les associations de défense des victimes de viol se mobilisent. Marianne Hester, professeur à l’Université de Bristol sur la violence et le genre, accuse la police et la justice dans les colonnes de The Independent :

Le nombre de condamnations devraient être beaucoup plus élevé. La plupart des cas ne vont même pas devant les tribunaux et ce n’est pas parce que le viol n’a pas eu lieu. La police ne fait pas son travail d’investigation. Beaucoup estiment que les victimes sont trop fragiles pour passer devant la justice. D’autres se méfient des femmes qui ont subi plusieurs agressions. »

Des études ont démontré que seul 12% des agressions sexuelles entraînent une condamnation et 6% une condamnation pour viol. Des chiffres qui stagnent depuis bientôt dix ans au Royaume-Uni. La mise en place de centres spécialisés dans la collectes de preuves médico-légales ou encore les campagnes de soutien aux victimes semblent sans grands effets.

Un temps d’avance en Suède

La véritable solution serait de faire évoluer les mentalités sur le viol. Arrêter de blâmer les victimes en les soupçonnant d’être responsables de l’agression. En Europe, le meilleur exemple de prise en compte de la gravité de cet acte demeure la Suède. Paradoxalement, ce pays est celui où l’on enregistre le plus d’agressions de ce type. Selon le baromètre européen sur le viol, en 2007, on enregistrait 53 plaintes pour 100 000 habitants (cf. le document ci-dessous). Mais cela ne veut pas dire qu’il y a plus de viols dans ce pays. On porte dix fois plus plainte pour viol en Suède que partout ailleurs en Europe.

Eurobaromêtre en anglais

La raison ? Une définition plus large de ce crime. En effet, dès 2005, la Suède considère comme un viol tout acte sexuel non consenti ou si la victime se trouve dans un « état d’impuissance » (ivre, endormie…).  Il n’est pas nécessaire qu’il y ait eu violence ou menace de violence pour engager des poursuites.

Les campagnes de sensibilisation sont nombreuses afin de libérer la parole sur le viol et rien ne permet, d’après les associations féministes, d’affirmer que le problème « est particulièrement aigu » en Suède.

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