Les femmes, des patientes négligées par la médecine

Les inégalités femmes-hommes se retrouvent aussi dans le domaine de la santé.

Selon le magazine Science et Vie, les médicaments seraient insuffisamment adaptés à la biologie des femmes, voire même dangereux, puisque les tests cliniques sont avant tout effectués sur des hommes. Un constat alarmant mais bien réel. A molécule identique, les effets varient du tout au tout.

Un même médicament, administré à doses identiques, peut engendrer des effets très différents selon que le patient est un homme ou une femme. Par exemple, une demi-dose de vaccin antigrippal protègerait les femmes tout aussi efficacement qu’une dose complète, leur épargnant au passage des effets secondaires. En cause : les femmes auraient un système immunitaire plus réactif, ce qui ne rendrait pas nécessaire l’administration de doses aussi importantes. Autre exemple : le Zolpidem, un somnifère également connu sous le nom de Stilnox. Ce somnifère induit un effet beaucoup plus important chez les femmes que chez les hommes : 8 heures après l’administration du médicament, elles sont ainsi trois fois plus nombreuses que les hommes à somnoler. Enfin, les disparités sont encore plus criantes lorsqu’on observe les effets de l’aspirine. On conseille aux personnes (hommes ou femmes) à risque d’AVC ou d’infarctus d’en prendre un comprimé par jour en prévention secondaire. L’aspirine agit sur le cœur des hommes (prévention crises cardiaques) alors qu’il se localise sur le cerveau des femmes (prévention AVC). A contrario, un médicament jugé peu rentable ou inefficace sur un homme, est carrément retiré des ventes (Herpès) sans se préoccuper de ses bienfaits sur les femmes.

On a prouvé depuis une trentaine d’années, le caractère sexué des cellules. Donc pourquoi ne pas prendre en compte le sexe dans les recherches ? Peut-être parce que la majorité des scientifiques sont des hommes…

Tout commence au stade de la recherche animale. Les essais cliniques et médicaments sont surtout expérimentés sur des rats mâles afin de ne pas « biaiser » les résultats avec des phénomènes hormonaux propres aux femmes, qui bien évidemment, perturbent les analyses. Mais alors justement. Pourquoi ne pas étudier les effets des médicaments en intégrant ces variables hormonales ? Seules les molécules destinées à traiter des problèmes uniquement féminins (ovaires, grossesse, ménopause) sont testées sur le sexe féminin. 

Il faudrait donc traiter les femmes différemment des hommes sur le plan de la santé, puisque leur métabolisme agit différemment sur les molécules administrées. Une évidence pour les biologistes… mais pas forcément pour les médecins. Au quotidien, ils n’en tiennent pas assez compte. Seul l’Institut National de Santé américain (NIH) semble imposer l’égalité : si les résultats ne sont pas analysés selon le sexe, les chercheurs peuvent dire adieu à leurs subventions. Donc encore une question d’argent qui prime sur la santé. Les recherches intégrant le facteur sexe, donc deux variables au lieu d’une, demanderaient un investissement en temps, donc forcément en argent. Les firmes pharmaceutiques refusent bien entendu de s’y impliquer, commerce oblige.

Donc puisqu’au lieu de nous soigner on nous drogue (médicaments surdosés, effets secondaires amplifiés), puisqu’il n’existe pas de cobayes féminins qui permettent d’adapter au plus juste la quantité de molécules qu’ils nous faut, puisqu’il s’agit d’une médecine principalement faite par des hommes et pour des hommes, notre santé est bel et bien entre les mains d’une médecine sexiste.

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MÉDICAMENTS – ILS SOIGNENT MIEUX LES HOMMES QUE LES FEMMES

La gent féminine est sous-représentée à tous les stades de la recherche pharmaceutique. Ce constat fait hausser les sourcils, mais il pose surtout de sérieuses questions de santé si l’on songe que les médicaments n’ont pas les mêmes effets sur elle que sur lui – cela est désormais une certitude. Résultat : la majorité des produits fabriqués et prescrits agissent sur l’organisme masculin, mais pas forcément, ou différemment, sur une femme.

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Ce n’est pas seulement une question d’hormones ! Femmes et hommes sont bel et bien différents jusque dans la moindre de leur cellule. Rien d’étonnant, donc, à ce que les symptômes de l’infarctus ne soient pas les mêmes chez monsieur que chez madame, ou que les cancers ne se logent pas aux mêmes endroits. De même, les femmes sont plus sujettes aux tumeurs provoquées par le tabac que les hommes qui, eux, sont plus sensibles à la toxicité du plomb. Chez une femme, l’aspirine agit sur le cerveau, alors qu’elle protège le coeur des hommes. Quant à certains somnifères, ils provoquent chez les femmes des réactions plus fortes et durables que chez les hommes, au-delà des écarts de poids et des variations de dosage.

Et pourtant, la plupart des recherches médicales ne mentionnent même pas le sexe de leurs sujets d’études. Et celles qui le font révèlent une écrasante majorité d’hommes parmi les volontaires – ou de mâles dans les phases de tests sur les animaux. En cancérologie ou en pathologies cardovasculaires, révèle Science et Vie, un tiers seulement des personnes testées sont des femmes.

Chercheurs, laboratoires… La politique de l’autruche ?

Voici déjà trente ans que des chercheurs japonais ont mis en évidence le caractère sexué des cellules. Une découverte qui aurait dû initier une révision des protocoles de recherche. Or il a fallu attendre 2001 pour que l’Institut de médecine américain publie un premier rapport sur l’importance du sexe des patients en médecine. Ce n’est que depuis mai 2014 que l’Institut national de la Santé américain demande aux laboratoires de tenir compte du sexe de leurs sujets d’étude, animaux ou volontaires. Depuis peu, certaines publications scientifiques exigent que ce facteur soit mentionné dans les papiers qui leur sont soumis.

Pourquoi personne n’a-t-il réagi plus tôt ? Peut-être parce que la majorité des scientifiques sont des hommes… Certains évoquent la source potentielle d’erreur que sont le cycle hormonal mensuel et la prise de contraceptifs chez les femmes. Mais alors, raison de plus pour étudier les effets des médicaments en intégrant ces variables. D’autres insistent sur les risques éventuels que la prise de médicaments méconnus pourrait faire courir aux futurs enfants des volontaires. La réalité est certainement plus prosaïque : intégrer le facteur du sexe des sujets dans les cohortes d’études représente un investissement de temps et d’argent, que les entreprises pharmaceutiques n’ont pas forcément envie d’engager.
Le Distilbène était prescrit contre les risques de fausses couches et de prématurité. Reconnu responsable d'anomalies chez les filles des patientes, il a été interdit en France aux femmes enceintes en 1977.

Le Distilbène était prescrit contre les risques de fausses couches et de prématurité. Reconnu responsable d’anomalies chez les filles des patientes, il a été interdit en France aux femmes enceintes en 1977.

Une médecine plus pointue : nouvelles pistes de développement ?Anégliger les femmes, les laboratoires ne se sont-ils pas privés de produits qui, à terme, leur auraient permis de rentabiliser quelques années d’efforts et de recherches ? Le magazine scientifique cite le cas d’un vaccin contre l’herpès, abandonné car son effet restait insatisfaisant sur les hommes. S’il avait été testé sur des femmes, une efficacité de 73 % serait apparue, qui aurait incité à le perfectionner et à le commercialiser avec profit.Ainsi l’exploration des inégalités des sexes face à la médecine peut-elle constituer, à l’avenir, une nouvelle source de découvertes pour la recherche médicale et d’innovation pour l’industrie pharmaceutique. Il existe déjà des spécialisations selon l’âge des patients : les pédiatres pour les enfants et les gérontologues pour les personnes âgées. Mais la seule distinction qui soit entre hommes et femmes, avec l’andrologie et la gynécologie, concerne uniquement les organes génitaux. A quand les « gyniatres » et les « andriatres » ? Et si l’avenir de la médecine passe par la différenciation des sexes, les femmes ne sont pas toutes les mêmes, et les hommes pas tous les mêmes non plus. Peut-être cette prise de conscience annonce-t-elle l’avènement d’une médecine personnalisée ?

TV5.org, 07.08.2014

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