La Norvège teste les dortoirs mixtes dans ses casernes

Intéressant constat de nos voisins norvégiens : la mixité dans les dortoirs de l’armée (le service militaire y est obligatoire pour les hommes et les femmes) a fait drastiquement diminuer les problèmes de harcèlement.

En 2013, la Norvège a rendu obligatoire le service militaire pour les deux sexes. Une première sur le continent européen.

En 2013, la Norvège a rendu obligatoire le service militaire pour les deux sexes. Une première sur le continent européen.

TV5.org

Alors que l’armée française est soupçonnée de taire les violences faites aux femmes soldats au point que le ministre de la Défense diligente une enquête interne, la Norvège, elle, ose les dortoirs militaires mixtes. Un dispositif innovant aux résultats surprenants. D’après une étude récente, faire dormir dans un même espace hommes et femmes contribuerait à juguler le harcèlement sexuel au sein des troupes norvégiennes.

Camille Sarret avec l’AFP« Nous avons été très surpris. Nous pensions a priori que ces chambres mixtes encourageraient le harcèlement ou en tout cas ne le réduiraient pas », a déclaré lundi à l’AFP Ulla-Britt Lilleaas, une des deux auteurs du rapport L’armée: l’avant-garde, l’arrière-garde et le champ de bataille de l’égalité des sexes.

Sans fournir de données statistiques, les deux chercheurs se sont appuyés sur une série d’entretiens avec 20 soldats, 10 femmes et 10 hommes, et avec les cadres d’une garnison de l’armée de terre où les dortoirs sont mixtes. Leur recherche a mis en lumière un seul cas grave de harcèlement alors que ce fléau s’est avéré beaucoup plus répandu dans une autre unité, appartenant quant à celle de la Marine, où les chambres étaient séparées.

Les stéréotypes s’effacent

Un soldat et une soldate norvégiennes déployés en Afghanistan.

Un soldat et une soldate norvégiennes déployés en Afghanistan.

Dans un dortoir mixte, « les soldats sont davantage des camarades, des amis, presque des frères et soeurs. Il n’y pas ce clivage « nous/elles » », a expliqué Mme Lilleaas.
Suivant un phénomène de « dégenrisation », « les stéréotypes s’estompent : les garçons mettent un bémol à l’humour traditionnel qui se fait aux dépens des femmes, des étrangers ou des homosexuels; et les filles badinent et bavardent moins », a-t-elle ajouté. Les conditions sont alors réunies pour une véritable camaraderie entre frères et soeurs d’armes.

« Il n’y a pas de genres à l’armée,
a déclaré une soldate citée par Kilden, un centre d’information sur les questions d’égalité des sexes. Nous sommes tous en vert. ».« Ici, il faut être une équipe et vous devez donc vivre ensemble pour vous faire confiance mutuellement », a dit une autre.

Service militaire obligatoire pour tous, même pour les femmes

Selon Mme Lilleaas, les dortoirs unisexes ne sont pas la seule explication à cette diminution du harcèlement : s’y ajoutent des différences de culture entre armée de terre et marine, et de leadership. L’an dernier, la Norvège a décidé d’étendre le service militaire obligatoire aux femmes, probablement à compter de 2015. Cette mesure a été adoptée au nom de l’égalité des sexes et pour diversifier les compétences au sein de l’armée, et non pas par manque de conscrits : seuls 8 000 à 10 000 Norvégiens sont effectivement appelés sous les drapeaux chaque année, sur les 60 000 hommes en âge de l’être. Les Norvégiennes peuvent déjà faire leur service sur une base volontaire et représentent aujourd’hui environ 10% des conscrits, un chiffre que les autorités veulent porter à 20% d’ici à 2020.

Scandale dans l’armée américaine et française

A l’opposé, l’armée américaine a bien du mal à briser le tabou de la violence pratiquée à l’encontre des femmes dans ses propres rangs. On estime que près d’une militaire sur trois est victime d’agression sexuelle pendant son service aux Etats-Unis. C’est le documentaire, The Invisible War (La guerre invisible)de Kirby Dick qui a, en 2012, levé le voile sur cette situation dramatique.

En France, les deux journalistes Leila Minano et Julia Pascua se sont inspirées de ce film pour mener le même genre d’enquête dans l’armée de la République et ont abouti à des résultats similaires. Dans l’ouvrage qu’elles ont titré La guerre invisible en référence au documentaire américain (co-édition Causette – Les Arènes), elles racontent comment les victimes doivent souvent quitter l’armée, ou sont mutées, mais restent toujours humiliées, affaiblies psychologiquement alors que les agresseurs, eux, restent en poste ou en trouvent parfois un autre toujours au contact des femmes ! Pour éviter toute polémique, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a diligenté une enquête interne dès que le livre est sorti en librairie… mais n’a pas (encore) émis l’idée de créer des dortoirs mixtes.

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