La marche de Rosen Hicher pour l’abolition

Mise à jour : Après avoir marché pendant 800 kilométres de Saintes à Paris, Rosen est arrivée à Paris ce dimanche 12 octobre 2014,  plus d’un mois et demi après être partie de Saintes. Rosen s’est ensuite rendue au Sénat pour réclamer l’adoption rapide de la proposition de loi pénalisant les clients. Elle ne compte pas bouger jusqu’à ce qu’une date soit proposée.

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Avec la publication, en avril, d’un rapport parlementaire sur la prostitution qui propose de s’inspirer de la législation suèdoise et de sanctionner les clients de la prostitution, on a vu toute une levée de boucliers pour défendre le « droit » de se prostituer et surtout celui des hommes à être clients. La « liberté de se prostituer », ultime argument du post-féminisme ? Derrière cet oxymore se cache plutôt une théorie économique bien éloignée de toute pensée novatrice : le capitalisme. Ou quand la pénalisation de la prostitution devient une atteinte à la  liberté du consommateur »… Dénoncer l’hypocrisie de la société bourgeoise et les harcèlements multiples dont sont victimes les prostituées, n’empêche pas de lutter pour l’abolition du système prostitutionnel. Il est dramatique qu’il soit toujours envisageable comme « solution » ultime, par désespérance économique, d’avoir recourt à la prostitution pour simplement payer ses études ou son loyer. Zemmour en a fait une chronique pour rappeler tous les grands noms de la littérature française qui étaient des clients… comme si cela pouvait être un argument. Mais Zemmour, on le sait est réactionnaire et misogyne, rien de surprenant. Mais, ce qui est effarant c’est d’entendre, dans des milieux qui se réclament du « féminisme », parfois même du « marxisme » ou de « l’anarchisme », des gens qui dénoncent cette proposition de loi au nom de la « liberté de se prostituer » et surtout, de la « liberté » de consommer des prostitué(e)es.

Malgré toute la littérature complice, la prostitution heureuse n’existe pas. Si la pornographie envahissante prétend le contraire, ce n’est que pour légitimer les clients dans la pratique de ce qui est viol et sadisme. Hommes et Femmes, écoutons la parole des femmes et des hommes en lutte contre le crime et l’hypocrisie. Rosen est de ceux-là. Qui viendra l’accueillir dimanche 12 octobre à Paris ? Elle sera à 10h45 porte d’Orléans, place du 25 aout 1944.

LIRE : C’est parti !

Rosen Hicher, (ici dans l'Essonne) ancienne prostituée, a entrepris début septembre en Charente-Maritime une marche vers Paris pour réclamer la pénalisation des clients. | Marc Chaumeil/Divergences pour Le Monde.

Rosen Hicher, (ici dans l’Essonne) ancienne prostituée, a entrepris début septembre en Charente-Maritime une marche vers Paris pour réclamer la pénalisation des clients. | Marc Chaumeil/Divergences pour Le Monde.

D’après lemonde.fr, humanite.fr, 10/10/2014

De considérables dégâts

Encore une centaine de kilomètres et Rosen atteindra enfin la rue du Colisée, à Paris. « C’est là, dans un bar à hôtesses, que j’ai fait ma première passe. » C’était en mars 1988. Une première passe qui l’entraîne dans la sexualité tarifée vingt-deux ans durant. « J’ai calculé, au moins 30 000 hommes m’ont achetée. » Aujourd’hui, à cinquante-huit ans, l’ex-prostituée marche pour rebaptiser la rue du Colisée « rue de l’Abolition-de-l’Esclavage-Sexuel ». Un symbole, un vœu qu’elle espère voir exaucer au bout de ses 743 km parcourus dans une chaleur étouffante, puis sous la pluie battante. Mais, dans l’immédiat, elle souhaite que son action serve à relancer l’examen du projet de loi contre le système prostitutionnel, bloqué au Sénat, alors qu’il avait été adopté par les députés en décembre 2013. « Je veux avoir une date précise et que l’on arrête de nous faire tourner en rond », dit-elle. Marathonienne confirmée, Rosen semble avaler les distances sans souffrir. La tête baissée, elle avance en se remémorant ses vingt-deux ans de prostitution : « Je n’avais pas pris conscience que toutes ces années de sexualité non désirée provoquaient de considérables dégâts. J’ai mis longtemps avant de me rendre compte que l’on n’était que des trous sur pattes. » Dix ans de thérapie lui ont été nécessaires pour pouvoir mettre des mots sur son mal-être. « À chaque pénétration, ils me déglinguaient un peu plus. Les clients avaient l’impression de m’aider en m’offrant de l’argent, ça les déresponsabilisait. En fait, moi, je subissais tout. Quand je m’en suis sortie, cela a été une révélation. » Rosen, enfant « kidnappée » par son père, adolescente « agressée sexuellement » par son oncle, découvre la violence du monde de la prostitution : « J’ai vécu vingt-deux ans d’indifférence, vingt-deux ans de maltraitance. Comment ai-je pu supporter de me vendre à 30 000 personnes ! » Elle ralentit sa marche et lance : « Et je ne parle pas de toutes les pratiques que l’on nous imposait. Ça retire toute la beauté de l’amour. On ne sait plus aimer. » Elle analyse : « On se prostitue parce que l’on a une mauvaise image de soi, de son propre corps déjà sali. On ne le respecte plus. » Longtemps en quête de rédemption, cette mère de six enfants, divorcée, trouve la force de se poser. « Je me suis rendu compte que j’étais dans le couloir de la mort. » Elle entreprend des recherches, rencontre des associations et, en octobre 2009, elle finit par se poser. « J’ai eu une sorte de guérison miraculeuse. J’ai arrêté définitivement de me prostituer. » Une aire de repos, sur la nationale 20, attire l’attention de la sportive. Elle pénètre dans un café, commande un noir et attaque la discussion avec les quelques hommes qui sirotent le leur. Des chauffeurs de camion pour la plupart. « Est-ce que vous avez déjà consommé des femmes ? », lance-t-elle. Une question intime, taboue, qu’elle ne cesse de poser depuis le début de son périple. Une question qui, pourtant, permet le dialogue. Rosen veut sensibiliser les hommes sur la pénalisation du client, afin d’inverser la charge pesant sur les prostituées, lesquelles sont « des victimes », estime-t-elle. « Le client est le grand absent du système prostitutionnel. Si les femmes sont vendues, c’est quand même parce qu’il y a des personnes pour les acheter. On parle de la prostituée, du proxénète et jamais du client, qui est tout mignon. » Rosen sourit. Elle croit déceler un début de changement de mentalité. « Ça commence à rentrer dans les têtes ; la prostitution est subie, ce n’est pas un choix. Et beaucoup d’hommes se rendent compte des conséquences de l’achat d’un corps humain. » Sur la nationale 20, l’ex-prostituée avance en tentant de « convaincre ». La marche, c’est son « plaisir ». ça l’aide à se « remplir la tête de bonnes pensées ». C’est, pour elle, une thérapie, un engagement militant. « Levez-vous ! Montrez que vous êtes vivantes ! Marcher, c’est exister ! », clame-t-elle à tue-tête à toutes les victimes. Rosen la « survivante » espère que d’autres suivront le mouvement et parleront. La prise de parole, un long processus pour « ces femmes qui ne sont pas vues comme des femmes, soupire-t-elle. C’est difficile de franchir le pas, la honte est sur nous. Mais il faut le faire pour nous et pour protéger nos enfants ». Elle-même s’est longtemps tue. Aujourd’hui, elle prend les devants. Elle marche, suivie souvent par des femmes et des hommes. Dimanche, à Paris, des militant-e-s associatifs et politiques seront à ses côtés (1). Dans un combat commun pour l’abolition de la prostitution.

Elle marche seule, noyée dans ses pensées, au milieu des champs de betteraves. Le bruit assourdissant des camions roulant à vive allure sur la nationale 20 n’ébranle guère Rosen Hicher. Elle avance à grands pas sur le chemin qui la mène, ce jour-là, d’Artenay, dans le Loiret, vers Angerville, la petite commune de l’Essonne. Les yeux cernés, le visage bronzé, elle entame sa vingt-neuvième étape sur les trente-quatre qu’elle entend effectuer d’ici dimanche. Son aventure a commencé le 3 septembre dernier. Partie de Saintes, en Charente-Maritime, commune même où elle a arrêté de se « détruire », elle a programmé son périple de façon à traverser les innombrables villes du Sud-Ouest, comme pour bien se rappeler « à quel point c’est triste la prostitution. On est en mode survie, on n’a pas la force de s’en sortir », susurre-t-elle pudiquement.

Rosen Hicher, ex-prostituée, finit dimanche son périple de 743 km par une arrivée à Paris, où elle s’est vendue pour la première fois en 1988.

Rosen Hicher, ex-prostituée, finit dimanche son périple de 743 km par une arrivée à Paris, où elle s’est vendue pour la première fois en 1988.

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