Le roi Abdallah, ce féministe « discret »

Selon la Présidente du FMI, le défunt roi d’Arabie Saoudite était « de façon très discrète, un ardent défenseur des femmes ». Rares sont celles et ceux qui l’attendaient là : Christine Lagarde a choisi de placer son hommage au roi Abdallah sur le terrain des droits des femmes : « C’était un grand dirigeant, qui a mis en oeuvre de grandes réformes dans son pays, et de façon très discrète (in a very discrete way), il était un ardent défenseur des femmes (a strong advocate of women). C’était très progressif et approprié au pays, mais j’en ai souvent parlé avec lui, il y croyait fermement ». C’est un peu comme si on affirmait que le FMI était « de façon très discrète, un ardent défenseur des pauvres ».

Pourtant, le pays se classe au 130è rang (sur 142) du Global Gender Index produit par le Forum Economique Mondial. Les saoudiennes restent des mineures sans droits ni liberté de choix. Elles ne peuvent ni étudier, ni travailler, ni voyager, ni bien entendu disposer de leurs propres ressources financières sans dépendre d’un homme de leur famille. L’Arabie saoudite est le seul pays au monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire.     

Par « réformes progressives et appropriées au pays, » elle entendait sans doute la concession du droit de vote aux femmes en 2011 (effectif depuis seulement 2015, ce qui est quasi-symbolique dans une monarchie absolue contrôlée depuis sa fondation en 1932 par la même famille). 

 Il y a tout juste une semaine, une femme se faisait décapiter en plein jour dans les rues de la Mecque.* (cf. la charia).

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LEXPRESS.fr, publié le 23/01/2015
Les hommages au roi Abdallah se succèdent après le décès du souverain. Notamment ceux de la présidente du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde pour qui Abdallah « était un grand leader ». « Il a mis en place un certain nombre de réformes en Arabie saoudite et était, de manière discrète, un grand défenseur des femmes ».
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En 2011, le roi Abdallah a en effet autorisé les femmes à voter et à se présenter aux élections locales de 2015. Elles peuvent aussi être désignées désormais membres de l’Assemblée consultative de la Choura dont le rôle n’est que de suggérer des lois. Le nombre de femmes y est limité à 20% et celles-ci ne peuvent intervenir que dans des domaines considérés comme « féminins » tels la famille. En 2009, le roi avait désigné pour la première fois une femme comme ministre… en charge de l’éducation des femmes.

Soumises à l’autorisation d’un homme pour à peu près tout

Pour la première fois, deux femmes saoudiennes ont été autorisées à participer aux Jeux olympiques, à condition de porter une tenue islamique et sous la surveillance de gardes masculins. Dans leur pays, les femmes n’ont pourtant pas le droit de faire du sport. Après la diffusion du film Wadjda en 2013, les femmes ont été autorisées à faire du vélo. Mais pas dans n’importe quelle condition: elles doivent être accompagnées d’un homme de leur famille, le vélo doit seulement servir à se divertir ou faire du sport et non être utilisé comme moyen de locomotion. De plus, elles ne peuvent circuler dans les zones de forte affluence.

Dans leurs derniers rapports annuels, les associations Amnesty International et Human Rights Watch rappellent que les femmes continuent de devoir demander la permission d’un homme avant de pouvoir se marier, voyager, accepter un travail salarié, subir une opération chirurgicale ou suivre des études supérieures. Les femmes restent exclues de certaines professions même si depuis 2012, elles peuvent exercer la fonction d’avocat. En juillet 2012, le ministre du Travail a établi une liste de quatre activités professionnelles pour lesquelles les femmes ne sont plus obligées d’avoir une autorisation masculine: vendeuses dans des magasins de vêtements, caissières ou dans des emplois dans la préparation des repas ou les parcs d’attraction.

Interdites de conduire en voiture

Les femmes saoudiennes mariées à des étrangers ne peuvent pas transmettre leur nationalité saoudienne à leurs enfants, contrairement aux hommes de leur pays. Les femmes sont toujours interdites de prendre le volant en voiture. Les lois concernant le divorce et le mariage sont favorables aux hommes et les violences conjugales faiblement punies. En mai 2013, un homme qui avait battu sa femme au point que celle-ci soit envoyée à l’hôpital a été condamné à apprendre par coeur cinq passages du Coran et 100 propos du prophète Mahomet.

Les femmes qui enfreignent la loi sont soumises à des flagellations, rappelle le Journal des femmes. S’il était réformateur, Abdallah l’a donc été, comme l’a si judicieusement mis en valeur Christine Lagarde, « de manière discrète ».

Pour aller plus loin : 

Femmes du Maroc, 19 janvier 2015 :

Lundi, dans les rues de la Mecque, une femme a été décapitée en plein jour. La vidéo de la scène filmée discrètement a été retirée de Youtube, mais continue tout de même de circuler sur le web.

Laila Bint Abdul Muttalib Basim, femme d’origine birmane, vivait en Arabie saoudite. Condamnée par la justice saoudienne à la peine de mort, elle a été décapitée en plein jour, dans l’espace public, après avoir été jugée coupable d’avoir sexuellement abusé de sa belle-fille de sept ans et de l’avoir tuée.

Juste avant son exécution, alors qu’elle est maintenue à terre par plusieurs hommes, la condamnée hurle son innocence, jusqu’au coup de sabre fatal…

Une scène d’une rare violence, difficilement concevable à notre époque, mais justifiée au nom de la Charia.

Selon des médias Saoudiens, l’auteur de la vidéo aurait quant à lui été arrêté.

La charia, c’est quoi ?

La charia désigne un ensemble de prescriptions et de normes théologiques, issues du Coran et des Hadith, qui ont donné naissance dans la pratique à des dispositions légales et juridiques. Or, tous les cas de figures n’étant pas recensés dans ces deux sources, c’est donc par extension, dit “qiyâs”, autrement dit par raisonnement analogique, que les jurisconsultes saoudiens appliquent la peine de mort. La peine capitale fait partie de qu’on appelle communément en Arabie Saoudite les “hudûd Allah”, c’est-à-dire les “limites fixées par Dieu”.

De l’application de la Charia en Arabie Saoudite

La charia couvre la quasi totalité des aspects politiques, économiques, sociaux et culturels. Le droit de la famille (mariage, divorce, adoption, héritage), est ainsi strictement soumis aux normes de la charia. C’est également le cas du droit commercial (vente, achat, contrats), de la finance islamique et de la justice. La partie pénale de la charia (peine capitale, amputation, lapidation, etc.) est la plus connue de toutes en raison de son caractère violent.

En Arabie saoudite, dix condamnés à mort ont été exécutés depuis le début de l’année. Sont passibles de peine de mort le viol, le meurtre, l’apostasie, le vol à main armée et le trafic de drogue. Selon un décompte de l’AFP, en 2014, 87 condamnés à mort ont été exécutés, contre 78 en 2013.

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