Où sont les femmes ? Pas dans les programmes du bac littéraire

Au programme du bac L 2014 : Musset, Éluard et Man Ray. En 2013 ? Queneau. En 2012 ? Rabelais. Inutile de continuer, le constat est le même depuis de nombreuses années : en Terminale littéraire (paradoxalement, une filière majoritairement féminine), on n’étudie pas les femmes auteures. Ou très peu.

Seulement 5% des auteur-e-s dans les manuels de français sont des femmes. 3 % des biographies dans les manuels d’histoire sont consacrées à des femmes… Pas facile de casser les stéréotypes quand les femmes sont invisibles !

Colette, 1873-1954.

Colette, 1873-1954.

campus.lemonde.fr, 15.04.2015

« Surtout pas d’impasse ! » Ce conseil aux lycéens, à quelques semaines du bac français, les professeurs le répètent comme un leitmotiv. Il existe pourtant un type de sujet auquel les élèves de terminale littéraire échappent depuis plus d’une dizaine d’années dans leurs deux heures de cours de littérature hebdomadaires : l’étude de l’œuvre d’une femme.

Ce constat indigné, c’est la blogueuse Maureen Wingrove, illustratrice et auteure de bande dessinée, qui le fait dans un post drôle et corrosif intitulé « Femmes de lettres, je vous aime ». La blogueuse a fait ses recherches sur le site de l’éducation nationale. Sous l’improbable onglet « Programmes limitatifs de littérature pour le baccalauréat », elle trouve archivées douze années de programmes littéraires. A quels genre d’auteurs a été « biberonnée » plus d’une génération de futurs spécialistes en lettres, langues et sciences humaines ?

« Des femmes auteurs qui déboîtent »

Un coup d’œil sur les programmes lui permet de se rendre compte que les lycéens ont été appelés à se plonger dans tous les styles de toutes les époques. De l’antiquité au XXe siècle, conteurs, poètes, romanciers, dramaturges ont rythmé dix années de programme. Les lycéens ont croisé, au fil de leurs cours de terminale, Ovide, Chrétien de Troyes, André Breton, Denis Diderot, Jean Giono, Jean de La Bruyère, Franz Kafka, William Shakespeare, Giuseppe Tomasi de Lampedusa, Raymond Queneau, Alfred de Musset… La liste n’est pas exhaustive. Mais pas une femme à l’horizon.

Pourtant « des femmes auteurs qui déboîtent, il y en a eu plein », s’offusque Maureen Wingrove, citant à la volée Madame de Staël, Delphine de Girardin, Colette, Simone de Beauvoir, Virginia Woolf, Elsa Triolet, Marguerite Duras

Rien au programme donc. Si on fouille bien, on retrouve quand même quelques textes de femme proposés lors des épreuves écrites du bac de français, en première. Marguerite Duras figurait ainsi aux côtés de Jean Racine et de Pierre Corneille parmi les auteurs de textes à commenter des lycéens de séries E et ES en Amérique du Nord en 2013.

Des extraits des œuvres de Simone de Beauvoir et de Colette sont également tombés au bac de français en 2007 et en 2013. Enfin en 2014, les lycéens d’Amérique du Nord étaient invités à plancher sur ces mots d’Hélène Cadou :

« Je sais que tu m’as inventée
Que je suis née de ton regard
Toi qui donnais lumière aux arbres
Mais depuis que tu m’as quittée
Pour un sommeil qui te dévore
Je m’applique à te redonner
Dans le nid tremblant de mes mains
Une part de jour assez douce
Pour t’obliger à vivre encore. »

BAC 2014. Exit Duras ou Beauvoir : en terminale, on étudie la littérature des hommes

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