Sexualité – Pourquoi le porno lesbien plaît tant aux hétérosexuelles

J’en ai déjà parlé notamment dans le texte commun « Sans Compromis pour Féminisme et le Progressisme » et « Progressisme-Info » publié à l’occasion du 8 mars 2015 : la sexualité féminine, au même titre que les autres luttes pour les droits des femmes et l’émancipation, est un combat qui reste à conquérir.

La sexualité reste trop souvent phallocentrée. Logique, elle est l’une des résultantes du patriarcat dans la société capitaliste. Les techniques de coït les plus pratiquées ne sont pas toujours celles les plus à même de procurer du plaisir aux femmes. De nombreuses femmes font passer le plaisir de leur partenaire avant le leur. On les a bien éduquées. Beaucoup plus de femmes qu’on ne le croit n’ont jamais connu le plaisir. Et pour cause, puisqu’il est secondaire (comme le reste emploi, salaires, parité..). Elles simulent ou se soumettent à des rapports forcés car le coït vaginal reste la référence absolue. Or, seulement 30% de femmes ont un orgasme par pénétration. Il augmente dès qu’il y a stimulation du clitoris au préalable et atteint les 83% sans pénétration. Le clitoris, seul organe chez l’être humain exclusivement dédié au plaisir, demeure toujours un inconnu, un impensé. Sa première description rigoureuse remonte seulement à 1998. Les manuels d’éducation sexuelle et les ouvrages anatomiques de référence n’en font quasiment pas mention et reconduisent, comme une évidence, une opposition de nature entre la sexualité prétendument pulsionnelle et mécanique des hommes et celle qui serait passive et complexe des femmes.

En 2015, les femmes n’ont toujours pas une sexualité épanouie, contrairement à ce qu’elles pensent, ou ce qui est prétendument admis. Difficile de l’avouer à leurs partenaires masculins, je le conçois bien, mais de là à subir éternellement la sexualité-corvée pour contenter le plaisir de l’autre… Il faut que ça change. Les femmes doivent avoir une connaissance totale de leur corps, savoir ce qu’elles aiment et le dire pour enfin arriver à l’épanouissement de leurs désirs et à jouir sans honte. Donc une réelle révolution du plaisir féminin doit se faire.

Ce n’est pas parce que l’on accorde moins d’importance à la sexualité des femmes hétéros, à la sexualité des lesbiennes (qui en plus d’être victimes d’homophobie, sont victimes de sexisme comme n’importe quelle femme) que la sexualité phallocentrée doit être une norme et s’en contenter. Chaque femme a le droit et le pouvoir de jouir comme elle le désire. Pourquoi s’en priver ?

Dans le porno, tout n’est pas à jeter. Oui oui, vous avez bien lu. Il peut être féministe dans un contexte bien précis. L’article publié ci-dessous en témoigne. Alors osez vous faire plaisir et osez dire non à votre cher et tendre souvent à côté de la plaque (montrez lui ce que vous aimez sans tabou, instruisez-vous ensemble), en un mot, osez vous épanouir et jouir sans aucune contrainte. Nous sommes quand même en 2015. 

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Side VIew of Two Women With Their Mouths Close to Each Other

Side VIew of Two Women With Their Mouths Close to Each Other

huffingtonpost.fr, 15/07/2015

Au fil du temps, Karen, 35 ans, a pu affiner ses goûts en matière de pornographie sur internet. Trois ou quatre fois par semaine, elle part à la recherche de nouvelles vidéos dans ses catégories préférées : gros seins, femmes fontaines, lesbiennes. Quand nous l’avons interviewée, Karen venait de regarder une vidéo qui avait su répondre à tous ses fantasmes : deux femmes avec de vrais seins et des corps authentiques, des corps de mères de famille. Elles étaient au lit, en train de s’embrasser et de se caresser.

« C’était beau », nous dit Karen. « Et sensuel. »

« Je suis attirée par des choses qui m’excitent rapidement », poursuit-elle. « C’est à dire les plans entre filles. »

Pourtant, Karen est hétérosexuelle.

Il existe peu de données fiables sur le nombre de femmes qui se disent hétéros et visionnent régulièrement des vidéos pornos ne mettant en scène que des femmes. Les quelques éléments dont on dispose suggèrent en tout cas que Karen est loin d’être la seule dans ce cas. En 2014, une étude émanant de Pornhub, fameux site de porno gratuit, en collaboration avec Buzzfeed, a ainsi révélé que la catégorie « lesbiennes » était –de très loin– la plus populaire chez les utilisatrices du site, et le mot clé le plus répandu (les femmes étaient 445% plus nombreuses que les hommes à taper la requête « sexe entre filles »). Bien que cette étude repose sur les statistiques démographiques de Google Analytics, et qu’elle ne tienne pas compte des orientations sexuelles des internautes, la popularité écrasante de ces termes suggère que de nombreuses hétérosexuelles prennent leur pied devant des vidéos lesbiennes. Même constat pour des recherches telles que « lesbienne séduit hétéro », dont le nombre a augmenté de 328% entre 2013 et 2014, selon des données internes à Pornhub.

Et les experts confirment.

« La statistique dont tout le monde parle aujourd’hui, c’est qu’un tiers des consommateurs adultes de porno sont des femmes », révèle la sexologue Kimberly Resnick. « Si nous n’avons aucun moyen de déterminer dans quelles proportions elles sont hétérosexuelles, ce chiffre est trop élevé pour qu’elles soient toutes lesbiennes. Il est donc clair que les femmes hétéros regardent du porno lesbien. »

L’industrie semble en prendre bonne note. Pornhub estime que 7% de ses vidéos appartiennent à la catégorie lesbienne. « La question n’est pas de savoir comment cet intérêt influe sur le secteur du porno, mais force est de constater que nos fournisseurs de contenus n’ont jamais mis en ligne autant de vidéos lesbiennes », écrit Corey Price, vice-président du site, dans un courriel adressé au HuffPost.

Le porno lesbien – que l’on définira dans cet article comme du porno mettant en scène deux femmes ou plus, et non un genre nécessairement destinés aux lesbiennes, aux bisexuelles, ou montrant des actrices se définissant comme telles – permet à de nombreuses spectatrices d’imaginer qu’elles font l’amour avec une autre femme, même si elles se définissent comme exclusivement hétérosexuelles sur l’échelle de Kinsey. A leurs yeux, le porno lesbien n’est qu’un fantasme, pas un désir qu’elles souhaitent concrétiser.

« Internet agit comme un facteur de désinhibition », explique Resnick Anderson. « Les gens se sentent vraiment libres d’explorer des pratiques dont ils n’auraient pas forcément envie dans la vraie vie, mais qui les fascinent ou dont l’observation pourrait se révéler instructive. »

Vickie, 46 ans, est dans ce cas. Elle n’a jamais eu de relations avec une femme, ne l’a même jamais envisagé sérieusement, et pourtant… Elle considère le porno lesbien comme sa « boîte à fantasmes », et visionne trois ou quatre vidéos par mois, souvent en compagnie de son mari. Elle a ses préférences physiques : les femmes plutôt fines aux cheveux longs. « J’aime les jolis ongles », indique-t-elle.

Cela dit, elle n’a jamais éprouvé la moindre attirance sexuelle envers une femme dans la vraie vie.

Selon elle, « le porno lesbien joue beaucoup plus sur les fantasmes ».

Pour d’autres, cet intérêt pour le porno lesbien est un peu plus complexe. Il leur permet d’exprimer une facette inexplorée de leur identité sexuelle. Karen, par exemple, s’est interrogée sur sa sexualité à divers stades de sa vie, particulièrement autour de la vingtaine. Aujourd’hui, elle se déclare hétéro, mais assure rester ouverte à des relations avec une femme… si seulement elle osait. Le porno lesbien l’aide à explorer ce désir de manière virtuelle.

« Je ne suis jamais passée à l’acte, mais j’y réfléchis », assure-t-elle. « Sauf que c’est une chose qui suscite tellement d’appréhension chez moi que je ne franchirai probablement jamais le pas. »

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Selon Resnick Anderson, cet engouement pour le porno lesbien n’a pas grand chose à voir avec les questions potentiellement complexes de fantasme ou de fluidité sexuelle mais s’explique plutôt par le simple fait que les vidéos diffusées aujourd’hui font souvent la part belle à des pratiques qui font réellement vibrer les femmes.

Autrement dit, aux caresses buccales.

« 70 à 80% des femmes ne parviennent pas à atteindre systématiquement l’orgasme par la simple pénétration. C’est pourquoi la stimulation orale leur semblera plus érotique », analyse Resnick Anderson. « Elle implique aussi davantage de préliminaires, alors qu’un porno hétéro débute parfois directement par une scène de sexe ou d’éjaculation. La production lesbienne, qui s’attarde par exemple sur des seins que l’on caresse, est généralement plus tendre, plus intimiste. »

« Certaines pratiques me plaisent plus que d’autres », confirme Vickie. « En gros, le cunni et les sex toys ». Les pornos hétéros ont, selon elle, tendance à se focaliser sur la pénétration et lui donnent l’impression que dès qu’il s’agit de donner du plaisir aux femmes avec leur langue, les hommes n’aiment pas spécialement ça, ou qu’ils ne sont pas particulièrement doués.

« Pour moi, c’est davantage lié au fait qu’une femme saura décrypter le désir d’une autre femme. Et la manière de l’assouvir », ajoute-t-elle. Neuf fois sur dix, Vickie imagine qu’elle est l’objet de ces caresses buccales.

A 50 ans, Hilary fait écho à ce sentiment, et précise que le porno lesbien a déjà servi de manuel d’instruction pour son fiancé.

« Je pense que les mecs se disent : ‘Si je lui fais ça avec mon doigt ou mon pénis, elle va prendre son pied et avoir un orgasme' », confie-t-elle en riant. « Mais je peux montrer à mon homme que le va-et-vient ne fonctionne pas forcément, et que mon corps recèle d’autres parties tout aussi érogènes que mon vagin. Ce n’est pas qu’il n’y connaisse rien, mais en regardant un porno lesbien avec lui, je peux lui dire: ‘Tiens, tu pourrais jouer avec mes seins comme ça’. »

Si la pornographie hétéro répondait mieux aux attentes de ces femmes – préliminaires, caresses buccales, actrices qui donnent l’impression de jouir pour de vrai plutôt que d’en faire des tonnes –, elles affirment en cœur qu’elles s’y intéresseraient peut-être davantage.

En attendant, elles ne se plaignent pas de trouver dans le saphisme des réponses à leurs désirs.

« Le porno hétéro se préoccupe surtout du plaisir de l’homme, ou donne l’impression qu’il est un ‘amant hors pair' », nous écrit Sarah, 23 ans, dans un courriel. « Tandis qu’avec les femmes, les gestes, les mouvements pendant la masturbation mutuelle ou les caresses buccales font beaucoup moins Fast and Furious! »

Le porno lesbien se rapproche le plus de ce à quoi cette jeune femme aspire dans la vraie vie: le sentiment d’un plaisir authentique, avec un(e) partenaire expérimenté(e).

Autrement dit, une vie sexuelle épanouie.

Par respect de leur vie privée, les femmes de cet article ne sont citées que par leur prénom. Cet article a été publié à l’origine sur le Huffington Post États-Unis, il a été traduit par Aurélie Montaut-Pernaudet pour Fast for Word.

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