Sexualité – Quand la jouissance va de soi

La masturbation, taboue dans le couple, est pourtant signe d’une sexualité autonome, nous dit Libé.

Chouette, super idée !

Pourtant dans le couple, c’est le comportement sexuel le moins avoué des partenaires, nous dit-on.

Se masturber, c’est tromper ? La masturbation n’est ni adultérine ni infantile, mais « la marque d’une autonomie sexuelle ».

Pourquoi peut-on se masturber lorsqu’on est en couple ?  

Par plaisir tout simplement, par envie d’un moment à soi ….. sans chercher plus loin que ça.

Pour moi comme pour lui, comme pour elle, comme pour eux.., loin des tabous.

Ce qui est surprenant, c’est qu’on en soit encore en 2015 à expliquer ce genre de choses qui devraient aller de soi pour tout le monde. C’est dire à quel point le poids de la morale patriarcale est lourd dans la société. 

Donc n’hésitez pas ! Masturbez-vous sans modération ! Il n’ y a pas de mal à se faire du bien !!

(Photo Susanne Junker)

(Photo Susanne Junker)

liberation.fr, 308/07/2015

Aujourd’hui, une telle union serait plutôt mal vue mais, à l’époque, c’était demandé par Dieu lui-même. Dans la Genèse, Onan, fils de Juda, coule des jours tranquilles à regarder les chameaux passer et à écouter l’eau des oasis s’écouler lorsque Er, son frère, décède brutalement. Manque de pot, selon la coutume du lévirat, il doit alors épouser Tamar, la femme de son frangin. Cette pratique courante au Moyen-Orient dans l’Antiquité ne plaît pas du tout à Onan. Au moment de s’accoupler, refusant les ordres du créateur, il éjacule sur la terre. Des éclairs, le tonnerre, la colère divine, et l’infortuné marié meurt. Pendant longtemps, les interprétations divergèrent sur la nature de son crime. Etait-ce une faute d’hédonisme, un refus de conception ou de la loi du lévirat ? Ce que l’on sait, c’est que les branleurs à la petite semaine le paient encore aujourd’hui.

Cette honte de l’onanisme n’est pas seulement la faute, contrairement à ce que l’on pourrait croire, de la religion. «Au Moyen Age, les médecins la prescrivaient parfois comme méthode thérapeutique pour se débarrasser d’un surplus de semence qui était considéré comme nocif pour le corps», dit l’historien Patrick Singy. Au XVIIe siècle, patatras, tout change. Un chirurgien britannique, John Marten (qu’il soit maudit), publie en 1710 à Londres Onania, un pamphlet sur les tares supposées du chatouillement de poireau. Puis il est suivi quelques années plus tard par l’Essai sur les maladies produites par la masturbation de Samuel Tissot, diffusé en 1758 à Lausanne.

«LE COMPORTEMENT SEXUEL LE MOINS AVOUÉ»

Le premier n’avait pas ou peu été écouté. Il était souvent considéré comme un charlatan et se serait sans doute retrouvé lors de la conquête de l’Ouest à vendre d’incroyables élixirs comme le docteur Doxey. Le second, proche de Rousseau et de Voltaire, a bonne réputation. Sa parole porte et il n’hésite pas à prendre des exemples terribles pour effrayer ceux qui auraient tendance à se polir à déraison le vit. Ainsi L.D., un horloger dont «l’âme déjà toute livrée à ces ordures n’était plus capable d’autres idées et les réitérations de son crime devinrent tous les jours plus fréquentes, jusqu’à ce qu’il se trouve dans un état qui lui fit craindre la mort. […] L’irritation la plus légère procurait une érection imparfaite, immédiatement suivie d’une évacuation de cette liqueur qui augmentait chaque jour sa faiblesse». Diantre, cela ne donne pas très envie.

Pendant deux cents ans, l’image négative de la masturbation perdura, jusqu’aux travaux des sociologues Masters et Johnson (on conseille sur le sujet la série Masters of Sex sur Showtime et les séances scientifiques d’onanisme des cobayes féminins volontaires) et, en Occident, la libération sexuelle de la fin des années 60, début 70, pour que la tendance s’inverse.

Aujourd’hui, s’astiquer ne rend plus sourd (au contraire de l’amour, qui a toujours un effet négatif sur la vue des gens), mais ce n’est pas non plus la fête à la maison ni youplaboum à Palavas-les-Flots. Qui ne se souvient pas de ses premières angoisses à se retrouver surpris par ses parents ou ses frères et sœurs la main dans l’entrejambe, le pantalon sur les chevilles ? Et si, en soirée, certains se vantent du nombre de fois qu’ils ont ensemencé la terre comme Onan – environ 8 000 fois pour un jeune homme de 29 ans de notre connaissance -, pour d’autres, niet, nada, la gêne est totale. Même si c’est parfois une activité quotidienne, pas question d’en parler, encore plus si les gens sont en couple.

Lorsque, pour cet article, on souhaite poser des questions bien innocentes, on se retrouve parfois face à un mur. Comme cet ami, jeune marié, avec qui pourtant on a bu par monts et par vaux et qui nous oppose un «non» catégorique. Ou cette collègue, la personne idéale à interroger, quinze ans de relations sans encombre, qui nous regarde droit dans les yeux : «- Tu m’as bien regardée ? Hors de question. – Mais… – Non.» On n’a pas insisté, de peur de prendre du café et la tasse qui va avec dans la figure.

«Il existe toujours un tabou sur la masturbation, notamment dans le couple, c’est le comportement sexuel le moins avoué des partenaires», confirme Philippe Brenot, psychiatre et sexologue, auteur du Nouvel Eloge de la masturbation (L’Esprit du temps, 2013). Surtout que, même «en dehors du couple, personne n’en parle, car son importance éducationnelle, puis fonctionnelle n’est pas, ou peu, comprise, aussi par les professionnels de santé». Certes, il est loin le temps où Marcel Proust, à 16 ans, demandait 10 francs pour aller au bordel à son grand-père car son paternel, professeur à la chaire d’hygiène de la faculté de médecine de Paris, jugeait qu’il se touchait trop. Mais «il n’est pas neutre de penser que, même pour Freud, c’était encore un « geste » infantile, signant une immaturité, alors que nous savons au contraire qu’elle est la marque de l’autonomie sexuelle», ajoute Philippe Brenot.

Pour certains, l’idée que l’autre se masturbe est insupportable. Elsa (1), 26 ans, ne le fait pas beaucoup. Tout au plus, contre ses draps, elle se«frotte», «se touche la poitrine», «rien de plus». Dans l’absolu, «ça m’a toujours gênée que les mecs fassent ça en couple. J’ai l’impression qu’ils ne pensent pas à moi», avoue-t-elle. Dans sa tête, c’est le drame et tout s’enchaîne : «Du coup, je me de mande ce qu’ils font avec moi. J’ai peur aussi que, quand on couche ensemble, ils pensent encore à d’autres, que je ne sois plus qu’objet, physique, et que leur esprit soit concentré sur autrui.»

«COMME UN SOUS-ORGASME»

«Les femmes ont parfois du mal à se caresser elles-mêmes, regrette Jane Hunt, auteure érotique, notamment de Osez la masturbation féminine(Musardine). Cela prend du temps de changer les mentalités. On a quarante ans de libération sexuelle derrière nous, contre plusieurs milliers d’années de répression. C’est encore tout nouveau.» Elle remarque que trop souvent, dans un couple, «l’orgasme obtenu par masturbation est considéré comme un sous-orgasme. Le seul valable, c’est celui donné par le pénis de l’homme». Il existe une inégalité de pratique assez flagrante entre les deux sexes. Selon deux enquêtes de Philippe Brenot, 87% des hommes ayant une sexualité régulière en couple ont une activité masturbatoire au moins une fois par semaine. A l’inverse, seulement 68% des femmes dans la même situation se tripotent, et, pour les trois quarts, moins d’une fois par semaine. Cette forte différence, notamment sur la récurrence, peut être l’objet de petits mensonges.

Maxime fréquente une jeune femme depuis cinq ans. Tout se passe bien avec sa compagne et l’onanisme est un sujet qu’ils ont déjà évoqué. Mais… pas jusqu’au bout. «Ma copine sait qu’il m’arrive de me masturber, elle relie ça aux moments de « creux » dans notre activité sexuelle commune, mais je ne détaille pas la fréquence, témoigne-t-il. Inconsciemment, cela reste considéré comme un palliatif aux rapports sexuels. En gros, tu te branles si tu ne peux pas baiser, et lorsque tu es en couple, tu n’es pas censé avoir de problème. Ça peut être perçu comme un aveu d’échec. Alors que ce n’est pas comparable. La masturbation, c’est plus comme une clope que tu fumes presque machinalement, alors qu’un rapport sexuel, c’est un bon repas.»

La pornographie, à cause de son image négative, et parce qu’elle reste encore majoritairement visionnée par des hommes, peut être un sujet de discorde. Après la peur d’avoir oublié un onglet ouvert sur l’ordi des parents, vient celle que sa petite amie fouille l’historique (règle numéro 1 : toujours se mettre en navigation privée). Ainsi, Maxime se garde bien de détailler ses«supports masturbatoires» et évite de montrer que les tags «blowjob» ou «cumshot» n’ont aucun secret pour lui sur les plateformes X.

«Cet acte n’est en rien un équivalent du coït, encore moins un comportement « adultérin » ! Or c’est aujourd’hui une réaction fréquente qu’une femme vive comme tromperie la découverte d’une page de site porno « oubliée » par son compagnon, alors qu’il s’agit d’un comportement normal, mais incompris en l’absence d’information et d’éducation», analyse Philippe Brenot. Pour le sexologue, ce serait lié à des besoins différents, afin d’atteindre la jouissance. Les hommes auraient plus besoin d’un signal visuel, les femmes d’un fantasme érotique.

Mais il n’y a pas que les femmes qui peuvent vivre mal les caresses solitaires de leur partenaire, les hommes aussi. Bénédicte aime bien se masturber, «au moins une fois par semaine». «Avec mon mec actuel, ce n’est pas un sujet tabou, mais avec d’autres, c’était plus difficile, dit-elle. Ils ressentaient parfois de la gêne ou ils prenaient ça pour une injonction à la performance et à la disponibilité sexuelle à toute épreuve.» Qu’une fille se touche peut en exciter certains, pour d’autres, malheureusement, cela renvoie aux vieux schémas. «C’est plus dur pour les femmes parce que beaucoup d’hommes ont encore une vision de la femme très duale, genre la copine et la putain,pense-t-elle. La copine doit être plus discrète sur ses désirs, le plan cul peut plus facilement se lâcher.»

«UNE PETITE FÊTE POUR SOI-MÊME»

Evidemment, tout le monde n’est pas dans une position de défiance vis-à-vis de cette pratique. Cela peut même parfois très bien se passer. Stella, qui vit à Berlin, est «particulièrement pro-masturbation». Elle y perçoit «une manière de garder un contact avec son corps sans coucher avec autrui. En allemand, y’a une expression idiomatique qui dit qu’à chaque orgasme, on s’organise une petite fête pour soi-même. C’est ça aussi prendre soin de soi, être à l’écoute de ses désirs et de ses envies». Elle n’hésite pas à en discuter avec ses petites copines : «Parfois, mes séances incluent du porno hétéro, par exemple, et je leur en parle, c’est très transparent.»

Nulle idée ici de vous forcer à aborder la question entre la poire et le dessert, chacun a le droit à ses secrets. Mais, au moins, à la plage, la montagne, où que vous soyez cet été, si vous avez envie d’un petit plaisir solitaire alors que votre moitié discute avec belle-maman, c’est comme une bonne glace, n’ayez pas honte.

(1) Les prénoms ont été modifiés à la demande.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :