Sexualité – Consentement sexuel : « Le ‘non’ doit pouvoir intervenir à tout moment »

Même si la plupart des gens sont d’avis que l’activité sexuelle entre partenaires doit être consensuelle, la majorité d’entre eux ne comprennent pas ce qu’est le consentement.

Le consentement doit à la fois être positif (par exemple dire oui, initier et/ou apprécier l’activité sexuelle) et continu (c’est-à-dire être maintenu tout au long de l’activité sexuelle). Mais peu reconnaissent ces deux comportements comme des formes de consentement. Certaines personnes pensent que plus une relation de couple est longue, moins le consentement est important. Que le consentement n’est pas nécessaire ou ne s’est pas interrogé sur sa nécessité entre époux. Ce flottement accroît le risque d’activité sexuelle non désirée, donc le risque de viol. On comprend mieux pourquoi la plupart des agressions sexuelles sont commises par une personne connue de la victime et en qui elle a confiance. 

Peu importe qu’un couple soit ensemble depuis longtemps ou non, le consentement sexuel est toujours requis. 

Ce qui est curieux, c’est que le consentement est parfaitement compris et respecté dans d’autres domaines que celui de la sexualité. Une vidéo drôle et ludique explique le consentement sexuel à l’aide d’une tasse de thé et de personnages animés. L’objectif est d’expliquer au plus grand nombre ce que signifie le consentement sexuel, la différence entre dire « oui, « oui mais », « non merci » « oui mais non »…. 

Un rapport sexuel doit se fonder sur l'accord explicite des deux personnes impliquées.

Un rapport sexuel doit se fonder sur l’accord explicite des deux personnes impliquées.

lexpress.fr, 02/08/2015

Face à des avances, le « non » n’est pas toujours entendu par le partenaire. Pourquoi le consentement est-il considéré trop souvent comme acquis, au point d’entraîner des rapports sexuels sous contrainte?

C’est une histoire presque banale. Après une rencontre dans une soirée, Sophie et Christophe* se revoient quelques jours plus tard. Un repas au restaurant, un dernier verre chez elle, un baiser échangé et les choses s’accélèrent. Un peu trop pour Sophie.  

« Il me plaisait, oui, mais sans vraiment me l’expliquer, je n’avais pas envie d’aller plus loin ce soir-là. Seulement voilà, lui n’a pas compris ou pas voulu comprendre. J’ai pourtant dit non, mais visiblement pas assez fort, puisqu’il est devenu insistant. Alors je me suis laissée faire, en me persuadant que ce n’était pas si grave. Sur le moment, je n’ai pas vécu ça comme un viol. Mais je n’ai éprouvé aucun plaisir, j’ai même eu un peu mal. Lorsque je lui ai dit une fois que c’était terminé que je m’étais sentie forcée, il est tombé de l’armoire. Pour lui, c’était évident que tous les signaux étaient au vert. Il a même ajouté qu’il avait pensé que je lui disais non au départ pour le provoquer. » 

Sophie n’a plus revu Christophe et si porter plainte pour agression sexuelle ne lui semble pas une option -« principalement parce que je n’ai aucune preuve« – , elle a aujourd’hui la certitude d’avoir été violée. Surtout, confie-t-elle, « cette histoire m’a fait réfléchir aux raisons qui font que j’ai, de mauvaise grâce, accepté de coucher avec un homme alors que je n’en avais pas envie. »  

Des témoignages de femmes ayant subi ou subissant même régulièrement avec leur conjoint des rapports sous contrainte, nous en avons recueillis beaucoup dans le cadre de notre enquête. Comment expliquer que souvent, le « non » ne soit pas audible, même dans une relation de couple? Comment oser le faire entendre plus distinctement? 

« Si l’un des partenaires n’est pas ou plus d’accord, il incombe à l’autre de l’entendre »

« Il faut tout d’abord distinguer le cas du viol pur et simple, où la femme a clairement manifesté son désaccord et que l’homme est sourd à toute protestation, voire s’en trouve encore plus excité, des cas où la contrainte est plus insidieuse et résulte non seulement du refus de l’homme d’entendre les réticences de sa partenaire mais aussi de l’incapacité de cette dernière à les formuler de manière implacable », analyse Violaine Gelly, psychopraticienne et sexothérapeute. 

« Un rapport sexuel doit se fonder sur l’accord explicite des deux personnes impliquées. A partir du moment où l’une d’entre elles n’est pas ou plus d’accord, il incombe à l’autre de l’entendre. Mais il est aussi de la responsabilité de celle qui n’a pas envie de dire fermement « non ».  » Seulement voilà, dire non n’est pas aussi simple que cela peut paraître, « d’où le nombre de femmes subissant des rapports sexuels contraints », poursuit-elle. 

Quand dire fermement « non » se heurte à la peur de blesser

La sexothérapeute identifie trois raisons pouvant expliquer cette difficulté que certaines femmes éprouvent à dire non. La première « relève de la peur liée à l’image d’un homme prédateur, ancrée profondément dans l’inconscient féminin collectif. « Nous avons derrière nous des siècles de domination masculine. Pour peu que cette peur ait été réactivée pendant l’enfance par une mère elle-même victime d’abus – ‘les hommes peuvent devenir dangereux si tu joues avec eux….’ – il devient très difficile d’oser repousser les assauts masculins. On se convainc alors qu’il vaut mieux fermer les yeux et attendre que cela passe, plutôt que s’exposer à la colère de l’homme rejeté. » Autrement dit, de crainte d’être violée, on accepte… d’être violée. 

Autre explication, la peur de blesser. « Beaucoup de femmes craignent qu’en déclinant les propositions sexuelles de leur compagnon celui-ci se sente délaissé, soit peiné ou même aille voir ailleurs. » « J’ai eu une période après la naissance de mon deuxième enfant où je n’avais aucune libido, aucune envie, jamais. Or mon mari était très tenace et insistait tous les soirs, pendant toute la soirée, jusqu’à ce qu’il s’endorme en faisant la tête à cause de mon refus. J’ai vite compris que lorsque je le laissais faire, il était vite rassasié et s’endormait comme une masse juste après. Entre passer trois heures à essuyer ses avances et un quart d’heure à ‘subir’, j’ai vite fait le second choix », raconte ainsi Céline, qui ajoute, avec une pointe de tristesse: « Pour moi, ce n’est pas un viol puisque je décide de subir, mais ça n’est pas génial non plus. »  

Un cas de figure « fréquent » pour Violaine Gelly, qui peut avoir des conséquences psychologiques et physiologiques non négligeables: « Cette façon de nier le manque de désir peut provoquer des blocages, une incapacité à jouir mais aussi des problèmes gynécologiques, comme des mycoses à répétition, des douleurs vaginales, etc. » Et à celles qui se persuadent qu’elles n’en ont peut-être pas envie mais que l’appétit peut venir en mangeant, Violaine Gelly répond « certes, pourquoi pas », mais « les deux partenaires doivent s’accorder sur le fait que, si l’appétit ne vient pas, même après des préliminaires avancés, le non peut intervenir et être entendu à tout moment« . « Il n’y a pas de point de non-retour et chacun devrait en être conscient. »  

« Pendant trois ans, mon compagnon a fait mine de ne pas comprendre mes refus »

Enfin, troisième cause de ce « oui alors qu’on pense non ou d’un non faiblement prononcé », « la pression sociétale », observe Violaine Gelly. « Le corps de la femme est hypersexualisé de nos jours. Il faut être prête à tout, de peur de passer pour une prude, une fille coincée. » « La question du consentement se pose aussi pour les pratiques telles que la fellation, la sodomie, le libertinage, etc. Et là, la société joue un rôle plus pesant qu’on ne le croit. » 

Bérénice sort « de trois ans d’une relation avec un homme qui pratiquait l’échangisme« . Trois années pendant lesquelles elle a, à son corps défendant, accepté d’accéder aux désirs de son compagnon, qui même lorsqu’elle lui confiait ses réticences ou estimait pouvoir dire non à tout moment, « faisait mine de ne pas comprendre ou avait recours à un immonde chantage affectif« . « Je sentais bien que ça n’était pas normal de subir cela, mais comme j’avais honte de ne pas être capable de dire ‘non’, je prétendais à mes amies que j’étais d’accord avec ça et même que j’aimais ça. » Aujourd’hui séparée de celui qu’elle considère comme « un pervers », Bérénice, « bien abîmée », s’est promis « d’être beaucoup plus ferme dans ses non » et a compris « qu’on ne gagne jamais rien à aller contre son corps« . 

De manière plus triviale, il est bon de rappeler que pour être en mesure d’identifier son désir ou son absence de désir, mieux vaut conserver sa lucidité. L’abus d’alcool ou l’usage de toute substance désinhibante font perdre cette assurance interne qui peut permettre aux femmes de dire « oui » ou « non » en toute conscience et aux hommes d’entendre et de respecter cette parole. Ce qui ne dédouane évidemment pas les agresseurs sexuels qui profitent d’une incapacité à exprimer un refus. 

Élevées dans l’idée que la convoitise de l’homme leur donnerait leur valeur de femme

« Il faut se respecter suffisamment dans son corps de femme pour parvenir à refuser les manifestations de désir de l’autre », commente Violaine Gelly. « Nombreuses sont celles qui ont été élevées dans l’idée que la convoitise de l’homme leur donnerait leur valeur de femme. Tourner le dos à ce désir revient pour elles inconsciemment à se dévaloriser. » 

Se référant à la vidéo ci-dessus, laquelle utilise la métaphore d’une tasse de thé pour expliquer le consentement, Violaine Gelly ajoute: « C’est d’une simplicité confondante mais c’est assez fou comme il nous paraît extrêmement facile de décliner l’offre d’une tasse de thé et comme il semble évident à celui qui la propose d’accepter ce refus. Alors que lorsqu’il s’agit de notre corps, il devient beaucoup plus complexe des deux côtés de comprendre ce qu’un ‘non’ signifie! » 

« Le ‘non’ doit être enseigné dès l’enfance »

C’est pour cette raison, souligne-t-elle, que le non doit être enseigné dès l’enfance, que l’on doit apprendre à nos filles qu’elles n’existent pas uniquement dans le regard que pose l’homme sur elles. Quant aux garçons, le but est de leur faire comprendre quun homme doit « savoir attendre le désir de sa partenaire ». 

« On n’a cessé de répandre cette fausse vérité selon laquelle les femmes ont des désirs et les hommes des besoins irrépressibles », déplore Violaine Gelly. « Une façon de légitimer la domination des hommes: une femme qui aurait des besoins sexuels identiques à ceux des hommes pourrait être dangereuse, après tout il faudrait la satisfaire! » En revanche, sous-entendre que le désir de l’homme est irrépressible et relève du besoin physiologique « conduit les femmes à ne pas oser le refuser ».  

Les hommes et les femmes ont autant besoin de rapports charnels, assurent la plupart des psychologues. Rien ne prouve scientifiquement que l’homme aurait des pulsions plus difficiles à réfréner que les femmes. « C’est parce qu’on leur a laissé penser depuis l’enfance que leur pénis leur conférait une toute puissance presque magique, que certains estiment pouvoir en abuser. C’est donc à un travail de reconstruction des modèles qu’il faut s’atteler », recommande Violaine Gelly.  

*Les prénoms ont été changés 

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3 réflexions sur “Sexualité – Consentement sexuel : « Le ‘non’ doit pouvoir intervenir à tout moment »

  1. Je suis d’accord pour l’essentiel avec ces textes, mais j’ai difficile à imaginer un discours masculin qui irait en ce sens. Car le texte est presqu’unilatéralement féminin. On reste dans la relation : la femme a le droit de dire non quand l’homme fait des avances. Il faut d’abord construire une vie où l’homme ne ferait pas d’avances, et aurait le droit de dire non aux avances féminines. Il y a bien longtemps, ma jeune épouse l’avait très mal vécu, car à la frustration immédiate s’ajoutait un sentiment de dévalorisation aussi. Situation peu courante, n’est-ce pas ? Effectivement, l’homme se trouve (classiquement) devant le triple devoir de célébrer la femme pour sa beauté corporelle, sa ‘féminité’, de lui faire des avances (conjointement de surpasser son premier NON qui énonce sa réputation sociale de fille non ‘facile’) et de montrer sa puissance et son désir par une bandaison de son sexe masculin. Sortir de cette triple

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  2. …’mission virile’ suppose que sa partenaire ne soit pas en attente de ces pratiques viriles, comme légitimation de sa ‘féminité’. Ensuite cela suppose que l’homme puisse gérer sa frustration du désir et sa dévalorisation émanant du refus en n’y mèlant pas sa virilité. CE travail de déconstruction n’est pas fait ; et le discours unilatéral sur le consentement féminin, pour légitime qu’il soit, me parait maintenir une relation hiérarchique homme/femme qui n’est pas dépassable sans qu’on y travaille. Non ?

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