«Femme, tais-toi !»

Le vice-Premier ministre turc, Bülent Arinç s’est nouvelle fois illustré par ses propos sexistes la semaine dernière, lorsqu’il a répondu à une députée qu’elle devait « se taire en tant que femme ». Pour Sevgi Kuru Açikgöz, cet esprit patriarcal n’a plus lieu d’être en Turquie, où les femmes, tout autant éduquées que n’importe quel homme, élèvent de plus en plus la voix.

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zamanfrance.fr, 7/08/2015

Un langage patriarcal est le reflet d’un état d’esprit patriarcal qui tient compte d’une hiérarchie, où les femmes comptent moins et sont censées être moins visibles, moins influentes. Certains pourront sembler courtois envers les autres dans la vie quotidienne.

Ils peuvent cacher leurs vraies intentions et leur vraie personnalité derrière un masque. Mais quand ils sont tentés, leurs masques tombent et révèlent leur véritable identité.

Le cas de Bülent Arinç, haranguant une députée en ces termes : «Femme, garde le silence ! Tais-toi en tant que femme !» est l’exemple ordinaire du masque de l’homme politique turc qui tombe.

Et ce n’est pas la première fois où un homme utilise un langage discriminatoire sexiste.

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Des proverbes discriminatoires mais toujours acceptés

Les femmes font l’objet de discriminations de diverses manières en société et le langage fait partie de ces discriminations. Il existe de nombreux proverbes en turc sur le statut de la femme en société qui ne la définissent qu’en tant que mère ou femme au foyer.

Les proverbes évoquent aussi les caractéristiques acceptables chez une femme comme le travail, la beauté, la politesse, le dévouement et le silence.

Ces proverbes sont toujours communément acceptés non seulement dans les villes et les villages mais aussi là où les familles d’origine rurale viennent s’installer et maintiennent la hiérarchie qui existe dans les campagnes.

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«Se tenir comme une mariée»

Il existe par exemple une tradition commune en Anatolie que l’on appelle «se tenir comme une mariée». Dans cette tradition, la mariée, après avoir échangé ses vœux avec son époux, ne parle pas à son beau-père.

La situation reste telle quelle jusqu’à ce que son beau-père dise «Je veux qu’elle parle» et il n’est pas inhabituel que le «silence» se poursuive pendant plusieurs années.

Ma belle-soeur et la femme de mon beau-frère, qui n’ont que quelques années de plus que moi mais qui se sont mariées 10 ans avant moi, «se sont tenues comme des mariées» pendant environ cinq ans.

La femme de mon beau-frère a vécu avec son beau-père et sa belle-mère sous le même toit. Ils se voyaient presque tous les jours, prenaient leurs repas ensemble mais elle devait garder le silence.

Le «silence» était considéré comme son respect au «chef de famille». Un exemple typique d’une hiérarchie patriarcale.

De vrais défis pour les esprits patriarcaux

La structure de la famille est le reflet de la société. Le «père» de la société est l’Etat et les hommes qui gouvernent. Tout comme une mariée ou une fille de la famille, le citoyen ordinaire de l’Etat est censé rester silencieux jusqu’à ce que le père ou l’Etat donne la permission de parler.

Par conséquent, des concepts comme la liberté d’expression sont perçus comme rustres ou comme un droit conditionnel en Turquie. Les citoyens sont censés garder le silence, même si le silence leur coûte la vie.

Malgré tous les critères désavantageux dont elles font l’objet, certaines femmes qui réussissent à faire des études et qui deviennent visibles dans la vie sociale et politique, sont devenues de véritables défis pour cette hégémonie patriarcale.

Les hommes ayant un esprit patriarcal, tout comme les femmes (car certaines femmes soutiennent ce système) en sont gênés. Chaque fois, ils essayent d’empêcher la prise de parole, les cris ou les rires des femmes.

Souvenez-vous l’année dernière lorsque Arinç avait déclaré dans l’un de ses discours qu’il était honteux qu’une femme rie en public. De vraies sottises pour quelqu’un qui est sur la scène politique depuis des décennies !

L’étatisme en Turquie n’est que patriarcat

J’aurais voulu que le vice-Premier ministre réfléchisse davantage avant de parler. Je voudrais que lui et les individus qui pensent comme lui parlent du système éducatif en Turquie, recherchent des solutions à ce fléau que sont les épouses enfants ou parlent des accusations de corruption ou encore des conditions de vie des réfugiés syriens en Turquie ou même de la raison pour laquelle la Turquie est dernièrement devenue le terrain privilégié d’actes terroristes.

La session où les remarques d’Arinç ont été prononcées devait servir à décider s’il y allait avoir une enquête sur les attaques terroristes dans le sud-est de la Turquie. L’AKP et le MHP ont empêché qu’il y en ait une.

L’étatisme en Turquie n’est que patriarcat. L’Etat peut être handicapé, avoir des défauts, avoir commis un délit. Mais vous n’avez pas le droit de parler des handicaps, des défauts ou des délits de l’Etat.

Car alors on vous qualifiera de traître, comme il est d’usage en Turquie. «Tais-toi en tant que femme» reflète cette philosophie.

Les temps changent

Mais les choses changent et les femmes et autres citoyens ne se «tiennent» plus aussi silencieux que par le passé. De plus en plus de femmes et de citoyens silencieux hier commencent à élever la voix aujourd’hui.

Plus ils continueront de parler, plus il y aura d’espoir que la société connaisse de meilleurs lendemains.

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