A Paris, le désespoir des dames pipi, « jetées comme des chiffons »

Ce sont des femmes entre 45 et 65 ans qui ont tout d’un coup perdu leur boulot car le marché a été confié à une autre société. Voilà, c’est ça la précarité, c’est ça la société de profit.

La raison de leur colère ? La société néerlandaise 2theloo, qui a remporté l’appel d’offres de la Mairie de Paris sur six lieux de la capitale, refuse de reprendre les onze salariées de l’ancienne société, Stem Propreté, « Soi-disant, nous ne correspondons pas à ce qu’ils veulent. Eux, ils veulent des femmes sexy qui parlent anglais et font du 36 ».

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Le Monde | 13.08.2015

Plus de travail, plus de salaire, plus de patron, mais pas de licenciement. Du jour au lendemain, le 10 juillet, les onze salariées travaillant depuis quinze à trente ans à l’entretien de certaines toilettes publiques, les lavatories de la Ville de Paris, ont tout perdu.

Elles étaient employées par Stem Propreté jusqu’à ce qu’un appel d’offres attribue le 30 juin ce marché à l’entreprise néerlandaise 2theloo. Mais celle-ci refuse de reprendre ces salariées, comme la loi et la convention collective de la propreté l’y obligent pourtant, selon Force ouvrière (FO), qui soutient ces employées, et leur avocate Me Hortense Betare. Du coup, ces femmes, âgées de 45 à 65 ans, payées environ 1 300 euros net par mois, toutes primes incluses, se retrouvent dans un no man’s land juridique. Et, après trois semaines de lutte, elles sont désespérées.

Mardi 12 août, au pied du Sacré-Cœur, quartier très touristique de la capitale, où se trouve un de ces lavatories, rue Lamarck, la tension était forte. Comme chaque jour, depuis le 22 juillet, date de la réouverture de ce site par 2theloo, les employées et une cinquantaine de syndicalistes de FO ont manifesté devant, avant d’occuper le local. L’évacuation a été demandée par 2theloo. En début d’après-midi, un véhicule de police est arrivé. « On reste là. Il y aura peut-être des blessés, des morts, mais on ne se laissera pas faire, clame Malamine Ndiaye, secrétaire général de FO-Propreté. On ne va pas laisser piétiner notre convention collective, sinon demain ce sera le tour des aéroports, des centres commerciaux, etc. »

Jeudi 13 août et les jours suivants, les employées reviendront rue Lamarck ou bloqueront d’autres sites de 2theloo.

« C’est un métier difficile »

Aucune issue à l’horizon, les salariées ont saisi le conseil des prud’hommes en référé, l’audience est prévue le 26 août. « Nous sommes une société assez humaine et nous sommes hallucinés de voir que Stem ne paye pas ses salariés en attendant le référé, quitte à régulariser la situation ensuite si besoin », ose un représentant de 2theloo.

La société Stem « a déjà fait un effort, en payant les salaires jusqu’au 9 juillet, alors que le marché s’arrêtait le 30 juin », réplique Abbes Keddir, représentant de FO, qui est par ailleurs encadrant chez Stem. Depuis cette date, les employées n’ont pas touché un centime. « Nous attendons que le juge décide quel est l’employeur des salariées et demandons que la loi soit appliquée », souligne l’avocate de FO, Mme Betare.

« C’est dur dur, tout cela me casse la tête, explique Pham, une de ces salariées, les larmes aux yeux. Je dois payer 3 000 euros de travaux pour mon immeuble. Comment je fais ? » « C’est un métier difficile, expliquent Marie, 59 ans, et Gabrielle, 62 ans. Des gens sont dégueulasses, font leurs besoins par terre, se piquent. Mais nous sommes fières de faire ce travail. Il n’y a pas de sot métier. Il y a des clients sympas. Mais voir qu’on nous jette comme des chiffons, c’est écœurant. » La fatigue, la lassitude et l’inquiétude pour l’avenir se lisent sur leurs visages.

« On est vraiment à bout, constate M. Keddir, de FO. Mais on ne lâchera rien. Ce qu’il faut maintenant, c’est que la maire de Paris se réveille. C’est elle le donneur d’ordre. Et elle laisse agir 2theloo comme un patron voyou. » FO fustige « l’irresponsabilité » de la mairie. Selon le service de presse de la municipalité, « la position défendue par la Ville est la reprise des salariées par 2theloo. » Mais selon lui, la loi ne l’impose pas.

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