Le crime passionnel n’existe pas

Traitement par la presse du #féminicide de Perpignan :

« Ca ne va pas tarder […] Il est dans une relation passionnelle. Elle ne voulait plus de lui. Il a essayé de la récupérer. Il a perdu le contrôle […] Ça faisait un bon moment qu’elle ne voulait plus de lui. »

Yahou.com : « Une histoire orageuse ».. Méditons sur le lien entre les orages et le fait d’égorger quelqu’un !

Francebleu.com : sort une nouvelle expression patriarcale : le « crime affectif »!

Nouvel’Obs.com : « Jeune fille retrouvée égorgée à Perpignan : son petit ami avoue un crime passionnel »

Conclusion retrouvée dans tous les articles de presse : « Il l’aimait tellement qu’il l’a tuée ».

Pourtant, il n’y a rien de « passionnel » dans un crime. C’est un #féminicide. Un #féminicide n’est pas un crime ordinaire, ni un « crime passionnel », ni un « crime affectif » ou un « drame familial » et les chiffres le montrent par la fréquence des assassinats de femmes par un homme qui leur est proche (conjoint, ex-conjoint). Chiffres suffisamment conséquents pour que ces crimes soient nommés #féminicide et fassent l’objet de poursuites particulières de leurs auteurs.

A contrario me dira-t’on, le « crime passionnel » des femmes existe aussi, oui, mais il est en majorité commis par les femmes pour se défendre ou mettre un terme à la violence quotidienne de ces hommes.

La violence de l’homme étant le vecteur commun du passage à l’acte des hommes ou des quelques femmes, mais pas pour les mêmes raisons.

Un complément intéressant qui parle du concept de la « passion » en rapport avec la loi : Le «crime passionnel» est-il un crime à part ?

Voici un article de Libé de 2014 qui illustre pourquoi le « crime passionnel » n’existe pas.

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«Papy Marcel, jugé pour un crime passionnel commis à 90 ans» (1) ; «Gard : la thèse du crime passionnel privilégiée à Sernhac» (2) ; «Drame de la séparation à Metz : le mari tue sa femme» (3).

Ces titres sont explicites, et pourtant ils sont faux. Le crime passionnel n’existe pas : il n’a jamais fait partie du code pénal.

Le drame, lui, est un genre théâtral. «Crime passionnel», «drame de la séparation», «drame familial» ne sont pas des expressions journalistiques correctes pour qualifier des meurtres.

Et pourtant, les médias en abusent et contribuent à minimiser d’emblée la responsabilité du meurtrier présumé, voire à l’effacer.

La passion, c’est ce qui nous dépasse.

Le drame évoque l’accident, et occulte la violence.

A chaque fois qu’un(e) journaliste utilise ces termes, c’est l’argumentaire du meurtrier qui est retenu. La version de la victime ? Elle n’est plus là pour raconter. Pour la rubrique fait divers, ce genre journalistique qui emprunte à l’inconscient romanesque et se délecte des archétypes, il n’y aurait que de l’amour déçu et des meurtriers malgré eux.

Alors que ces histoires forment un phénomène de société, un des nombreux visages que prend la violence faite aux femmes par les hommes.

Le «crime passionnel» de Papy Marcel ? Il a défoncé le crâne d’une amie et a jeté son corps dans un ruisseau parce qu’elle se refusait à lui.

Celui de Sernhac ? Le mari poignarde son épouse à plusieurs reprises dans le cou, parce qu’elle voulait le quitter.

Derrière ces titres, se cache une réalité chiffrée :

  • En 2013, 159 personnes ont été tuées par leur partenaire, selon le ministère de l’Intérieur. 129 femmes et 30 hommes (4).
  • Dans la plupart des cas, le meurtre est commis dans un contexte de séparation, et après une longue histoire de violences.

Précisons aussi que la moitié des femmes devenues meurtrières étaient victimes de violences répétées infligées par leur compagnon, selon la même enquête.

Pour que le traitement journalistique soit juste, et contextualisé, il conviendrait de rappeler ces chiffres à chaque article traitant de ce type de violence. Et de toujours se souvenir de ces deux questions : qui est l’auteur ? qui est la victime ?

S’intéresser au passé violent de l’auteur, aux possibles plaintes, mains courantes déposées par la victime et le concernant.

Les femmes en situation de violence doivent comprendre grâce aux médias qu’elles ne sont pas responsables de la situation qu’elles subissent, et qu’elles peuvent s’en échapper. Un numéro existe aussi pour elles, il suffirait de quelques signes pour le rappeler quand on évoque ce genre de sujet :

C’est le 3919

Les expressions doivent aussi être choisies avec soin. Elles ont un sens, nous l’avons vu. Bannissons le «crime passionnel» de nos colonnes, comme l’a fait la justice du code pénal. Les termes «meurtre conjugal» ou «meurtre par partenaire intime» (qui incluent l’amant, ou le prétendant éconduit) reflètent mieux la réalité.

En Espagne, des médias ont adopté dès 2001 une charte de bonnes pratiques journalistiques sur le traitement de la violence faite aux femmes. La France devrait s’en inspirer.

Le fait divers ne vaut d’être raconté que s’il est contextualisé, pour ce qu’il dit de notre société, et ce qu’il nous permet de ne plus reproduire.

Le crime passionnel n’existe pas. La violence faite aux femmes, elle, est bien réelle.

Par le Collectif Prenons la Une (5) via Libération

(1) BFMTV, 26 mars. (2) «Midi libre», 17 août. (3) «L’Est républicain», 26 juin. (4) Source : Etude nationale sur les morts violentes au sein du couple. Année 2013, ministère de l’Intérieur, délégation aux victimes. 
(5) Prenons la Une est un collectif de femmes journalistes qui se bat pour la juste représentation des femmes dans les médias.

Pourquoi l’expression «crime passionnel» est critiquée

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6 réflexions sur “Le crime passionnel n’existe pas

  1. Merci pour cet article, je n’en pouvais plus d’entendre les journalistes parler de « crime passionnel » de la part d’un malheureux amoureux éconduit. Qu’on appelle un chat un chat et un meurtrier un meurtrier!

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  2. Merci pour cette réaction et pour ce lien.
    J’ai aussi été choqué du traîtement journalistique d’un crime mafieux en Belgique aujourd’hui : accessoirement et en fin d’article, on signale que la femme a été blessée dans l’attaque : (voir mes coupures 🙂 :
    « Le meurtre de Silvio Aquino, 41 ans, abattu d’une balle dans la tête jeudi alors qu’il circulait en voiture dans le zoning industriel d’Opglabbeek, marque la disparition d’une des figures du « clan Aquin », considéré par la justice comme l’une des principales organisations d’importation et de distribution de drogues en Belgique et en Europe.
    L’affaire avait été mise au jour au terme de 56 perquisitions menées par la police judiciaire qui avait procédé à la saisie d’armes, de 66 véhicules de luxe, de GSM et même d’un hôtel. Les frères, qui sévissent depuis le début des années 90, sont les fils d’un mineur de fond qui avait émigré à Maasmechelen.
    (je passe TREIZE lignes sur les retards procéduriers du procès).
    Une autre exécution a eu lieu jeudi à Roermond, de l’autre côté de la frontière belgo-néerlandaise. Les enquêteurs n’excluent pas un lien avec celle de Silvio Aquino, dont l’épouse a été blessée lors de l’attaque.

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  3. Les femmes ne représentent que 4% des prisonniers en France , et souvent ells ont suivi leur mari dans leur délinquance , quand les groupes d’extrème droite cherchent a accuser tel ou tel groupe ethnique, ils devraient regarder ce chiffre , la délinquance de crime ou de délit : ce sont les hommes avant tout (avec H minuscule)

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