Journée mondiale de la contraception : pourquoi les hommes sont ils exclus ?

Aujourd’hui, comme chaque 26 septembre, c’est la Journée Mondiale de la contraception. Mais de la contraception de qui ? 

Depuis sa légalisation en France dans les années 1960, la contraception pèse essentiellement sur les femmes, ce qui n’était pas le cas auparavant et d’autant plus, depuis l’arrivée de la pilule. Les hommes étaient responsables de la contraception (méthode de retrait) et les femmes, de l’avortement. Autrement dit, « j’ai raté mon coup, débrouille-toi ».

Comment comprendre l’absence d’implication des hommes depuis ?

Entre la frilosité de certains médecins, une offre technique limitée et une certaine représentation de la masculinité, diverses raisons ont été invoquées dans cet article.

D’abord, la plupart des hommes sont attachés à leur virilité et auraient peur de la prendre, soutenus par de trop rares recherches ou études sur leurs pratiques contraceptives. Pourtant, deux méthodes homologuées par l’OMS existent. Alors pourquoi n’y a t il pas de publicité dessus ?

Ensuite, une histoire d’intérêts pour les firmes pharmaceutiques :  les contraceptions définitives ne rapportent rien aux laboratoires, qui dictent souvent les pratiques des médecins. À l’inverse, la pilule rapporte gros. 

Donc la contraception féminine continue d’avoir le monopole. En France comme ailleurs, la contraception est toujours un enjeu d’appropriation par les femmes de leur corps. De quoi nous plaignons-nous après tout ? C’est aussi ce qu’on revendique la majorité du temps.

Journée mondiale de la contraception

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madame.lefigaro.fr, 26/09/2015

C’est un fait : les hommes n’ont jamais eu accès à la pilule. Et pourtant. « Les études historiques montrent qu’au niveau psychologique, ils ont longtemps été vus comme responsables de la contraception. C’était quelque chose qui se transmettait de père en fils », explique Cécile Ventola, chercheuse en santé publique à l’Inserm (1), lors d’une conférence donnée jeudi au centre Hubertine Auclert. « Les femmes, elles, étaient surtout en charge de la gestion de l’avortement et des cas où celui-ci échouait », poursuit-elle.

La baisse de la fécondité, constatée depuis le XVIIIème siècle en France, s’explique en effet en grande partie par la pratique du « retrait », comme le décrypte une étude récente menée par des experts de l’Inserm (2). Mais avec l’arrivée de la pilule dans les années 1960, les femmes se sont mises à porter quasi exclusivement la responsabilité de la conception. Et si aujourd’hui, cette culture de la contraception féminine est très ancrée en France, « les femmes en ont marre de cette responsabilité, elles sont prêtes à partager avec les hommes », affirme Catherine El Mghazli conseillère au planning familial, également présente à la conférence.

En Angleterre, où la culture de la contraception est également axée sur les femmes, les hommes sont pourtant davantage impliqués : 50 % de la contraception est assurée par des méthodes dites masculines. « Sur l’année 2014, 21 % des Anglais ont eu recours à la vasectomie et 30 % ont déclaré utiliser un préservatif selon les chiffres de l’ONU. En France, seul 0,2 % de la population a eu recours à la vasectomie – longtemps considérée comme une mutilation – et 13 % optent pour le préservatif », chiffre la chercheuse. Comment expliquer cette dichotomie ? Cécile Ventola qui étudie précisément cette question met en cause des pratiques médicales différentes

Outre-Manche, le prescripteurs des contraceptifs sensibilisent davantage qu’en France les hommes à la question. Là-bas, ils sont proposés par le médecin généraliste, alors qu’en France, ils sont majoritairement préconisés par le gynécologue, s’adressant à un public uniquement féminin. Par ailleurs, les médecins anglais, rémunérés de manière forfaitaire, n’auraient aucun intérêt à ce que leurs patients reviennent. Ils seraient donc plus enclins à proposer des vasectomies. « Cela ne veut pas dire que les médecins sont motivés seulement pas l’appat du gain mais ce sont des choses qu’il faut prendre en compte », précise la chercheuse. Des intérêts économiques que cite également Catherine El Mghazhi du planning familial : « Les contraceptions définitives ne rapportent rien aux laboratoires, qui dictent souvent les pratiques des médecins. À l’inverse, la pilule rapporte gros. »

À ces raisons structurelles, vient s’ajouter une réticence culturelle. Interrogés sur la possibilité de créer une pilule masculine, certains médecins français ont indiqué que les hommes, attachés à leur virilité, auraient peur de la prendre. « La plupart des études se focalisent sur le point de vue des femmes (…) comme si les hommes n’étaient pas concernés. Et si leur sexualité est largement explorée par les recherches, les études sur leurs pratiques contraceptives sont rares », déplore l’étude précédemment citée. Et si aujourd’hui, la pilule masculine n’existe pas, d’autres méthodes disponibles ne seraient pas utilisées. 

Selon Pierre Colin, président de l’Ardecom, une association pour la recherche et le développement de la contraception masculine, certains procédés pourraient être popularisées : une injection hebdomadaire de testostérone et l’autre, la méthode dite thermique, qui freine la production de spermatozoïdes à l’aide d’un slip compressant les testicules et augmentant leur température. « On propose deux méthodes homologuées par l’OMS pourquoi n’y a t il pas de publicité là-dessus ? », s’interroge-t-il. Dautres méthodes seraient encore en cours de production, comme le Vasalgel, un contraceptif réversible et sans hormone mis en place par une ONG américaine. Mais pour l’heure, force est de constater que la contraception féminine continue d’avoir le monopole. 

(1) Cécila Ventola est auteure d’une thèse sur la contraception masculine.
(2) Men’s contraceptive practices in France: evidence of male involvement in family planning, février 2015 par Mireille Le Guena, Cécile Ventola, Aline Bohet, Caroline Moreaua, Nathalie Bajos, pour le groupe FECOND.

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