Comment les anti-avortement pratiquent la désinformation sur le Web

A l’occasion de la Journée Mondiale pour le droit à l’avortement, Samuel Laurent republie cet article sur les méthodes des anti-IVG pour fabriquer de vrais faux sites « d’info » sur l’avortement.

Car les anti-avortements avancent masqués et autant le savoir.

« Ce matin, j’ai reçu une jeune femme qui a appelé le numéro recommandé sur un site. Ils lui ont dit qu’elle aurait de l’argent et un appartement si elle gardait l’enfant ! Avec les alloc’ ! » 

La plupart des femmes qui souhaitent avorter, sont passées sur internet avant de venir consulter. Et les sites anti-avortement qui se présentent comme des sites de conseil, sans parti pris, arrivent vite sur les moteurs de recherche animés par des associations réactionnaires. D’apparences neutres et proposant un n° vert, ces sites tentent en réalité de dissuader les femmes de recourir à l’IVG.

Google s’engage contre les annonces mensongères des anti-IVG

Plongée dans les nouvelles méthodes des anti-IVG

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Derrière des sites comme « écouteIVG.org », « IVG.net » et d’autres, souvent très bien référencés, se cachent des associations « pro-vie » comme Alliance Vita, qui profitent de ces plateformes supposées objectives pour distiller des conseils orientés. | capture

En ce lundi 28 septembre, Journée mondiale pour le droit à l’avortement, le gouvernement a lancé un numéro vert pour renseigner sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), le 0800 08 11 11, associé à un site officiel, ivg.gouv.fr et à une campagne de communication. Car sur ce sujet sensible, l’information sur Internet est pléthorique mais loin d’être neutre.

Tapez « IVG » ou « avortement » sur un moteur de recherche, et vous trouverez, parmi les premiers liens, des sites comme ivg.net ou encore ecouteivg.org . En apparence, ce sont des sites d’information ou d’aide pour des femmes confrontées à la question de l’avortement. Pour certains, c’est bel et bien le cas, et l’information, plus ou moins abondante, est fournie de manière neutre. Mais, comme l’a découvert l’AFP, qui a enquêté longuement sur le sujet, relayée par LeFigaro.fr, ce n’est pas le cas de tous, loin de là. Derrière l’apparence de l’information se cache en fait une manipulation.

Prenons ivg.net. Le site apparaît en troisième place dans le moteur Google, lorsque l’on recherche « IVG ». Il propose un numéro vert d’écoute, des rubriques « droit », « santé », « que faire »… et un lien vers un « centre de documentation médicale sur l’avortement ». De quoi orienter une femme ou une jeune fille en quête de réponses sur ces questions douloureuses. Mais en réalité, ce site, que tout présente comme objectif et neutre, ne l’est pas : il est conçu et animé par une association baptisée « SOS détresse » et un certain René Sentis, par ailleurs auteur d’ouvrages chrétiens sur l’amour et la fécondité. 

Beaucoup de témoignages négatifs

Tout son contenu véhicule un argumentaire anti-avortement. Les témoignages publiés sont essentiellement négatifs – dix pages de commentaires sur « j’ai mal vécu mon IVG », contre une page sur « j’ai bien vécu mon IVG » – et mettent en valeur les femmes qui ont « gardé » leur bébé. La partie médicale ne parle quant à elle quasiment que des « dangers » de l’IVG sous toutes ses formes.

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Selon plusieurs témoignages, dont celui de la blogueuse Gaëlle-Marie Zimmermann, la « hotline », loin de donner des conseils objectifs, tend à diffuser une information dramatisant l’acte d’avorter et incitant à s’en détourner. Idem pour la page Facebook, qui publie le témoignage d’un médecin racontant son vécu négatif d’un centre d’interruption volontaire de grossesse. Bref, sous des apparences d’aide et de conseil, ce site fait tout pour détourner les femmes de l’IVG. Ce qui pourrait se comprendre, s’il ne tentait pas de se faire passer pour un service d’écoute objectif et non orienté.

Une stratégie assumée d’Alliance Vita

Ce cas est loin d’être isolé. En réalité, les « pro-vie » opposés à l’avortement tirent parti du manque de référencement des sites officiels sur l’IVG pour placer un maximum de leurs sites sur la première page de résultats Google. Et derrière ces sites d’apparence neutre, des associations parfois de taille considérable se livrent à une forme de manipulation. Prenons par exemple ecouteivg.org ou sosbebe.org.

Les deux sites ont été conçus par la même société de création de sites, Cephas, propriété de Pierre Gauer, qui est également le webmaster du site d’Alliance Vita et un militant de cette association créée par Christine Boutin, qui s’oppose à l’avortement, à l’euthanasie et au mariage homosexuel. SOS bébé a d’ailleurs pour responsable identifiée Caroline Roux, secrétaire générale d’Alliance Vita.

Et là encore, derrière une « vitrine » objective, les deux sites font l’apologie de la maternité de préférence à l’IVG, et ne ratent pas l’occasion de mettre en avant les « risques » de l’avortement. S’il n’est jamais précisé explicitement qu’il est mieux de ne pas avorter, les contenus sont très fortement orientés. Ainsi, cette chanson sur « Mon secret » qui raconte les regrets d’une femme après un avortement – une vieille chanson, déjà utilisée en 2005 pour une campagne de « teasing » des pro-vie.

Ce site, qui a toutes les apparences de l’outil d’information neutre, est en fait clairement partisan. Ce n’est que très récemment (après une première version de cet article paru en avril 2013) que la page « qui sommes-nous » de SOS bébé précise que le portail est « animé par Alliance Vita depuis 2000 ». Sans que soit fourni un lien ou une explication sur l’engagement d’Alliance Vita. On pourrait multiplier les exemples à l’envi. La stratégie n’est pas récente.

Depuis, Alliance Vita est devenue, par le biais de la polémique autour du mariage homosexuel, plus visible. Et n’apprécie pas tellement qu’on évoque ces méthodes, qu’elle assume pourtant. Voici ce que disait son délégué national, Tugdual Derville, interpellé en 2013 sur Twitter :

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Et Alliance Vita semble décidé à propager le « bien » sur Internet : on compte pas moins de 90 noms de domaines enregistrés par M. Gauer, le webmaster de l’association, dont au moins deux sont ouvertement opposés à l’avortement : auxlarmescitoyennes.org et le site d’un « collectif de sages femmes contre l’IVG », Sages-Femmes.info.

les-decodeurs, lemonde.fr, 28/09/2015

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3 réflexions sur “Comment les anti-avortement pratiquent la désinformation sur le Web

  1. Vous, vous êtes neutres, bien sûr.
    Autrement dit il est mauvais de dénoncer les dangers de l`avortement. Liberté d’expression.

    J'aime

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