Les « dames pipi » toujours en lutte pour sauver leur emploi

Les « dames pipi » toujours entre deux eaux.

Elles ont perdu mardi 29 septembre la première manche dans le combat judiciaire qui les opposait au nouveau gestionnaire de plusieurs toilettes publiques qui refuse de les reprendre. 

Elles ont entre 45 et 65 et ont tout d’un coup, perdu leur boulot car le marché a été confié à une autre société. Plus de travail, plus de salaire, plus de patron certes, mais pas non plus de licenciement. Elles ne peuvent donc pas prétendre au chômage. 

Parce qu’il se défend être une société commerciale, le nouveau gestionnaire n’a qu’une idée en tête, amasser des profits en renvoyant à la maison comme de vieux chiffons, ces 11 femmes après de nombreuses années de boite.

Après des mois de lutte, elles ne comptent pourtant pas se taire et feront appel du jugement scandaleux des prud’hommes.

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lefigaro.fr, 29/09/2015

Les Prud’hommes de Paris ont débouté mardi six «dames-pipi» des monuments parisiens qui réclament d’être reprises par le nouveau gestionnaire néerlandais. Elles ne comptent pas en rester là.

Elles font partie de l’histoire de Paris. Elles appartiennent aux livres de souvenirs de tous les Parisiens de plus de 30 ans. Les dames-pipi, c’est le bruit de la pièce qui tombe dans un cendrier ou dans une petite assiette rapportée de l’étranger. Chacune personnalisait les lieux de sorte qu’on savait reconnaître si l’on était dans les toilettes de Montmartre, de la Madeleine (avec ses carreaux Art Nouveau) ou de Notre Dame. Elles s’appellent Dede, Françoise, Gabrielle, Clémentine. Toutes sont d’origine étrangère, africaine pour la plupart. Elles ont entre 45 et 62 ans, elles ont officié plusieurs dizaines d’années comme dames-pipi.

Elles saisissaient les Prud’hommes de Paris car le nouveau repreneur ne souhaite pas garder les dames-pipi historiques. Mais le conseil les a déboutées de leur procédure d’urgence. Elles entendent donc solliciter l’autorisation d’assigner en appel à jour fixe pour que l’affaire soit examinée le plus rapidement possible.

La société néerlandaise 2theloo (signifiant en anglais «aux toilettes») gère plus de 150 «lavatories», comme on les appelle également, dans 13 pays. L’entreprise reprend le marché de ces lieux jusqu’à présent détenu par la société Stem. Après avoir remporté le marché, qui s’applique depuis le 1er juillet, 2theloo refuse de reprendre les onze salariés du précédent prestataire. Elle préfère travailler avec ses propres agents.

«La Mairie de Paris a retrouvé le sens de la lutte des classes»

Fiodor Rilov, l’«avocat rouge» (celui des Conti et des Goodyear notamment) qui défend six des dames-pipi, entend demander à la cour d’interjeter appel à jour fixe afin de pouvoir de nouveau plaider d’ici quelques semaines. Il pourra s’appuyer sur la nouvelle position de la Mairie de Paris dont le rôle va être crucial pour décider du sort de ces six salariées. «Désormais, nous savons que la Mairie s’est rangée du côté des salariées. Le code du travail contraint en effet de réemployer les anciens salariés, explique Fiodor Rilov. La Mairie a fini par retrouver le sens de la lutte des classes, ils avaient dû égarer le code du travail quelque part mais finalement, ils l’ont retrouvé».

L’article 1224-1 du code du travail stipule que «lorsque survient une modification dans la situation juridique de l’employeur, notamment par succession, vente, fusion, transformation du fonds, mise en société de l’entreprise, tous les contrats de travail en cours au jour de la modification subsistent entre le nouvel employeur et le personnel de l’entreprise». C’est sur cet article que s’appuie la défense des dames-pipi. D’autant plus que c’est la Mairie de paris qui détermine les conditions d’exploitation de ce qui s’appelle désormais les «lavatories» dans les conventions de mises en exploitation.

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