En Afrique du Sud, des femmes noires osent « l’émancipation du vagin »

‪#‎SexualitéAfro‬

Un exemple du Sud à suivre au Nord !

Pour lutter contre les Tabous et les préjugés sur la sexualité des femmes noires, Mmabatho Montsho rencontre avec sa caméra, des femmes de tous âges et de tous horizons et leur pose des questions sur la sexualité et sur leur rapport au sexe. Ces témoignages sont réunis dans un projet intitulé « Women On Sex », et diffusés sur YouTube depuis août.

Petit bémol. L’accès à internet reste cher et n’est pas accessible à toutes les classes sociales, notamment aux jeunes femmes issues des quartiers les plus pauvres. Autant dire, à celles qui en auraient peut être le plus besoin. Paroles d’une étudiante : 

« La plupart des femmes qui parlent dans ce projet sont issues de la classe moyenne. Je ne pense pas que ce contenu soit vraiment accessible pour les jeunes filles les plus pauvres, celles qui vivent dans les townships notamment. »

Souhaitons que des choses soient faites en ce sens. Vivre une sexualité épanouie concerne TOUTES les femmes et à fortiori, leurs partenaires.

 A ce sujet, lire l’ouvrage Volcaniques une anthologie du plaisir, des nouvelles écrites par 12 femmes auteures du monde noir évoquant le plaisir féminin. Sous la direction de Léonora Miano.

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Leur corps, leurs désirs, les pressions qu’elles subissent : le projet « Women On Sex » donne la parole à des Sud-Africaines noires pour qu’elles se réapproprient leur sexualité.

(De Johannesburg) Tout a commencé par une conversation autour d’un verre entre Mmabatho Montsho, 31 ans, et sa meilleure amie :

« Nous parlions de notre vie, de notre sexualité, et au fil de la discussion, je me suis rendue compte que je n’était pas vraiment sûre de mon opinion sur le sexe. J’ai pris conscience que tout ce que je pense sur le sujet, on me l’a inculqué. »

Difficile pourtant d’imaginer le poids des préjugés et de la tradition lorsqu’on rencontre la trentenaire urbaine et branchée dans un bar de Johannesburg.

Le tabou de la sexualité féminine

Actrice pour la télévision, Mmabatho a tourné dans plusieurs soap operas très populaires en Afrique du Sud. Elle a également étudié la réalisation à Los Angeles et participé à de nombreux festivals à travers le monde.

Mais comme beaucoup de Sud-Africains, elle dit avoir grandi dans un environnement très religieux, marqué par le tabou de la sexualité féminine. Elle soupire :

« On m’a toujours parlé de pureté. On m’a toujours dit d’être une bonne fille et de rester pure. »

Un discours problématique selon Mmabatho Montsho, qui imagine alors engager un dialogue avec d’autres femmes :

« Je voulais remettre en cause l’idée que les femmes de couleur sont des victimes sans défense, incapable de parler de leur sexualité de manière intelligente et progressive. »

Le projet est simple : avec sa caméra, Mmabatho Montsho rencontre des femmes de tous âges et de tous horizons, et leur pose des questions sur la sexualité et sur leur rapport au sexe. Ces témoignages sont réunis dans un projet intitulé « Women On Sex », et diffusés sur YouTube depuis août.

« Les femmes noires parlent de sexe tout le temps. Ces conversations ont lieu chaque jour, mais on ne les entend jamais dans l’espace public », pointe la jeune réalisatrice.

Mmabatho Montsho a d’abord proposé son projet à la télévision. Mais, raconte-t-elle, les producteurs ont eu du mal à comprendre son idée.

« Ils pensaient que je voulais faire quelque chose d’osé, de très sexuel. Ils m’ont demandé de tourner un pilote et c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je ne voulais pas avoir à vendre ce projet. Je savais exactement ce que je voulais, je savais qu’il y avait un public pour ça, et je ne voulais surtout pas en débattre, ou me heurter aux standards moraux de certaines chaines. »

Leur donner une voix, c’est révolutionnaire

Surtout, elle considère que la diffusion sur Internet est le meilleur moyen de « faire vivre les témoignages » : « Chaque épisode est le début d’une conversation. »

Les premiers épisodes mis en ligne abordent des sujets divers :

  • « la virginité »,
  • « l’argent, le pouvoir et le sexe »
  • ou « l’émancipation du vagin ».

Pendant cinq à dix minutes, des femmes de couleur parlent de leurs combats quotidiens et des pressions qu’elles subissent. Les intervenantes sont des actrices, des personnalités sud-africaines de la radio ou de la télévision, mais aussi des médecins, des activistes, une jeune community manager, une femme d’affaires ou des travailleuses sociales.

Le simple fait de leur donner une voix est en soi révolutionnaire, selon Thola Antamu, qui a découvert le programme via Twitter. « En tant que femme noire, en Afrique du Sud, il est très difficile de parler simplement de notre corps ou de ce que nous aimons », affirme la jeune femme de 26 ans.

Contre le monopole des hommes

Performeuse et actrice à Cape Town, elle travaille sur le thème de la féminité dans ses spectacles et échange beaucoup avec le public :

« Les femmes noires sont toujours représentées soit comme hyper sexualisées, soit comme des victimes qui élèvent leurs enfants seules. Ce sont deux images extrêmes. J’adore l’idée de montrer un autre visage de la femme noire, qui a le contrôle d’elle-même et de son corps. »

Pour Khosi Jiyane, le projet « Women On Sex » est aussi « courageux qu’iconoclaste ». Cette psychologue et activiste aux longues dreadlocks poivre et sel s’est tout de suite portée volontaire lorsque Mmabatho Montsho lui a parlé de son idée. « Dans notre culture, la question de la sexualité est monopolisée par le point de vue de l’homme, comme si les femmes n’y avaient pas accès », remarque-t-elle.

Dans l’un des épisodes de la série, Khosi Jiyane explique avoir rencontré de nombreuses jeunes filles incapables d’imposer l’usage du préservatif à leur partenaire, alors même que le sida fait des ravages en Afrique du Sud. Les témoignages proposés dans « Women On Sex » doivent permettre de dédramatiser ces questions selon Tshegofatso Senne, une community manager de 23 ans.

« Les femmes ressentent souvent de la honte face à leur désir ou à leur plaisir. Alors ça fait du bien de voir que des actrices connues ont les mêmes problèmes que nous. »

Dans la mini-série, elle raconte avoir assisté sur Twitter à des débats enflammés sur la question de l’étroitesse du vagin. Si le rapport sexuel n’est pas douloureux, certaines femmes s’inquiètent d’avoir « un vagin détendu », certaines allant même jusqu’à ingurgiter des décoctions « magiques » ou à se frotter au gros sel pour tenter de resserrer leur intimité :

« Nous avons toutes été éduquées différemment, mais le dénominateur commun, c’est que nous manquons d’éducation sexuelle. Quand la sexualité féminine est évoquée dans les médias sud-africains, cela tourne systématiquement autour du sida ou des grossesses adolescentes. Pas autour de notre corps ou de notre plaisir. »

Grâce à Internet, l’éveil au féminisme

Internet reste pour l’heure le meilleur moyen de s’informer sur ces questions, selon elle. Tshegofatso, comme Thola ou Mmabatho Montsho, disent toutes s’être éveillées au féminisme et à la sexualité féminine grâce aux blogs et aux articles glanés en ligne. La portée éducative d’un projet comme « Women On Sex » est indéniable selon elles.

Mais Mosa Ramphele nuance cette idée. Etudiante à l’université de Stellenbosh, la jeune fille de 21 ans regarde la minisérie sur son smartphone. « Tout le monde ne peut pas le faire, car ça coûte cher en forfait internet », remarque-t-elle. Elle ajoute :

« La plupart des femmes qui parlent dans ce projet sont issues de la classe moyenne. Je ne pense pas que ce contenu soit vraiment accessible pour les jeunes filles les plus pauvres, celles qui vivent dans les townships notamment. »

Finalement, Mosa Ramphele aimerait voir ces témoignages diffusés un jour… à la télévision, pour toucher un plus large public.

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