Afghane, Sonita Alizadeh rappe contre les mariages forcés

Les droits et acquis sont fragiles pour les femmes afghanes malgré la chute des talibans. Certaines ont osé poser souriantes en mini-jupes devant l’université de Kaboul l’année dernière quand d’autres se consacrent discrètement au sport en faisant du vélo ou du skate.

Malgré les intimidations des religieux radicaux et comme le fait admirablement bien Paradise Sorouri, qui continue de dénoncer haut et fort les violences dont 87% de femmes afghanes sont victimes avec sa musique, Sonita Alizadeh, 18 ans, fait elle aussi du Rap sur Youtube pour dénoncer les mariages précoces et forcés, destins de très nombreuses jeunes filles qui n’auront pas sa chance d’y échapper.

Chaque minute dans le monde 27 mineures sont mariées de force.

La barbarie patriarcale et misogyne qui sévit en Afghanistan résulte surtout du manque d’instruction et de culture. La principale clé pour sortir de l’obscurantisme consiste en l’accès à l’éducation des garçons et des filles, et à l’ouverture vers toutes formes de cultures.

"Ma voix ne doit pas être entendue, car elle est contre la charia. Les femmes doivent se taire. C'est une tradition chez nous", rappe ironiquement la jeune Sonita Alizadeh, pour dénoncer les mariages forcés en Afghanistan. REUTERS/Toby Melville

« Ma voix ne doit pas être entendue, car elle est contre la charia. Les femmes doivent se taire. C’est une tradition chez nous », rappe ironiquement la jeune Sonita Alizadeh, pour dénoncer les mariages forcés en Afghanistan. REUTERS/Toby Melville

D’après les propos recueillis sur ouest-france.fret l’express.fr, octobre 2015

Sonita Alizadeh est d’origine afghane. Á 18 ans, elle rappe pour les droits des femmes dans son pays. Elle a déjà échappé à deux mariages forcés. Réfugiée d’abord en Iran, elle vit aujourd’hui aux Etats-Unis.

Passionnée de musique, la jeune femme rappe loin de son pays et de sa famille. Elle chante contre la pratique du mariage forcé.

Lors du sommet annuel de l’association Women in the World à Londres, sa chanson intitulée, Brides for sale (en français Jeunes mariées à vendre), a été diffusée. Cette rencontre était organisée par Tina Brown Live Media au Cadogan Hall.

La vidéo choc est l’occasion pour Sonita Alizadeh de crier sa colère. Par deux fois, ses parents ont tenté de la marier de force. La première fois, elle avait 10 ans. La deuxième fois, le futur mari devait acheter la jeune afghane de 16 ans, pour 9 000 dollars.

Briser le silence

Toute de noir vêtu et avec un code barre sur le front, elle explique la position féminine dans son pays :

« Comme les autres filles, je suis en cage. Je suis vu telle une brebis prête à être dévorée. »

En robe de mariée, elle poursuit avec rythme et rage :

« Laisse-moi hurler. Je n’en peux plus de ce silence. Ote tes mains de mon corps. »

Le visage gravement tuméfié, elle scande :

« je hurle pour combler le silence des femmes. Je crie pour un corps épuisé et enfermé dans sa cage. » « Peut-être que la fuite et le suicide sont terriblement stupides. Mais que faire quand on n’a pas de soutien ? »

La jeune Afghane pose des questions aux réponses cruciales et au combien difficiles.

« Je voudrais que vous étudiez le Coran. Je souhaite que vous sachiez que les femmes ne sont pas à vendre. »

Elle finit son rap par une demande aux parents pour leur fille :

« Ne la laissez pas pleurer comme moi. Ne la vendez pas. »

Sur son art et sa condition féminine, elle raconte au New York Times :

« Dans mon pays, une gentille fille doit rester silencieuse. Une gentille fille est comme un chien, avec qui on joue. Mais je suis une chanteuse et je veux un avenir radieux. Ma musique était le cauchemar de ma mère. Maintenant, elle est l’une de mes plus grands fans. »

Á travers ses chansons, la chanteuse espère faire entendre sa voix et ainsi faire évoluer les mœurs en Afghanistan. Toujours émue par le sort des jeunes filles dans son pays d’origine, la jeune femme souhaite retourner un jour en Afghanistan et lutter pour le droit des femmes. En novembre prochain, un documentaire lui sera consacré dans un festival à Amsterdam.

En Europe, une vidéo publiée récemment sur internet avec Marie Gillain, tente de sensibiliser le public francophone sur les mariages forcés. Elle rappelle qu’aujourd’hui encore de nombreuses jeunes filles subissent cette pratique.

Chaque minute dans le monde 27 mineures sont mariées de force.

Cette vidéo lui a aussi permis d’obtenir une bourse pour étudier la musique aux Etats-Unis, où elle vit désormais. 

« Comment peux-tu vendre ta fille ? »

« Ma musique était le cauchemar de ma mère. Maintenant, elle est l’une de mes plus grands fans », assure-Sonita Alizadeh, espérant faire évoluer les moeurs en Afghanistan. « Je lui ai demandé : comment peux-tu vendre ta fille ? Elle m’a répondu que c’est une tradition », décrit Sonita Alizadeh. « Dans mon pays, une gentille fille doit rester silencieuse. Elle ne parle pas de son avenir et doit écouter sa famille même quand on lui dit d’épouser ce type, ou celui-ci, ou celui-là. Une gentille fille est comme un chien, avec qui on joue. »

Emue par le sort des jeunes filles afghanes, elle est révulsée par l’histoire de Farkhunda, une jeune femme de 27 ans battue à mort, brûlée et jetée dans le lit d’une rivière à Kaboul, par une foule furieuse qui l’accusait à tort d’avoir brûlé le Coran, en mars dernier.

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