Agression sexuelle dans un train : les réseaux sociaux bousculent la SNCF

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Le collectif Paye ta Shnek (contre le harcèlement de rue) a relayé le témoignage glaçant d’une internaute suite à une agression sexuelle dont elle a été témoin, la semaine dernière dans son train. En un mot, toujours la même rengaine : l’invisibilité et la non-réaction dans les transports en commun. Le manque de courage civique dans la société individualiste.

REVOIR : « Je suis à l’heure », ce court-métrage qui montre l’inaction d’un homme, témoin d’un viol dans un train de banlieue.

LIRE : Témoin d’une agression sexuelle : Cinq réflexes pour éviter le pire.

Sans titre

rue89.nouvelobs.com, 28/10/2015

Sur Facebook, le témoignage d’une internaute racontant une agression, la semaine dernière dans un train, révolte des internautes. Au silence dans le wagon, s’oppose une discussion très riche en commentaires.

« Le 24 octobre, dans le train en direction de Mantes-la-jolie, vers 20h40, dans l’avant-dernier wagon décoré de camélias, une femme s’est fait agresser sexuellement sous mes yeux. »

Elle raconte ce qui semble malheureusement être devenu une banalité. L’invisibilité d’une agression pourtant ostensible :

« Je n’ai rien vu. Rien vu avant qu’un homme, à l’accent italien s’énerve, se lève, et interpelle les gens de mon wagon blindé. Si cet homme me lit, je veux lui dire merci. Merci de m’avoir sortie de mon livre et d’avoir essayé d’aider cette femme. Merci de s’être levé pour une femme. Cette femme, qui, quatre rangs devant moi, depuis le départ du train, subissait les attouchements de l’homme qui s’était assis à côté d’elle. On avait bien entendu quelqu’un dire avec force : “Ne me touchez pas, je vous dis de ne pas me toucher.” Mais on ne savait pas qui.

On avait cru à un malentendu, une maladresse, on était sûrs de rien, on n’avait rien vu. Puis plus rien entendu. On était repartis dans nos bouquins, sur nos smartphones. Et puis cet homme s’est levé après avoir plusieurs fois demandé à l’agresseur d’arrêter et nous à tous pris à partie en criant : “ Et vous, vous ne faites rien. Une femme se fait agresser devant vous et vous ne dites rien ? Il la touche depuis tout à l’heure et personne ne fait rien ? Ça pourrait être votre femme ou votre mère et vous ne faites rien ?” »

« Bah elle est pas morte ! »

Puis l’internaute décrit l’expérience du malaise. Que feriez-vous dans une telle situation ? C’est triste à dire mais on peut douter du courage de chacun.

« Trois hommes se sont levés, d’autres ont accouru puis sont repartis, les gens ont changé de place, d’autres sont descendus de l’étage parce qu’ils arrivaient à leur station. »

L’histoire pourrait s’arrêter là. On la connaît malheureusement déjà. Elle est arrivée tellement de fois. Sauf qu’à cette violence-là, s’est ajouté le mépris d’un agent SNCF, toujours selon l’internaute, qui dit avoir essayé de le prévenir :

« J’ai cogné à la vitre du conducteur, celui-ci a immédiatement signalé le problème au personnel de gare.

A la demande d’intervention suivante : “Une femme se fait agresser sexuellement dans mon train”, la voix masculine au bout du talkie-walkie a ri et répondu : “Bah elle est pas morte !” »

D’autres témoignages

Ce témoignage est lisible ci-dessous, et il est en train de devenir viral (à l’heure où nous publions, plus de 7 000 comptes l’ont liké, et plus de 2 000, l’ont partagé).

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Il est intéressant de parcourir les commentaires : il s’y passe quelque chose de singulier. Tout le monde se parle, ou du moins, essaye de se parler.

C’est comme un petit noyau de communication, tout dense. La SNCF est tout de suite interpellée. Et les internautes font preuve d’une exigence toute journalistique. Ils veulent des réponses.

« SNCF, il faudrait réagir et former vos employés au lieu de trouver des réponses inutiles aux commentaires qui ne vous plaisent pas ! J’espère que les CM [community managers, ndlr] vont voir cette publication […]. »

L’entreprise a en effet répondu dans la foulée, sur la page Facebook de la témoin. En langue de bois.

Capture d’écran de la réaction de la SNCF - Facebook

Capture d’écran de la réaction de la SNCF – Facebook

Dans le fil, d’autres internautes témoignent :

« Je me suis fait agresser dans le RER B mardi soir dernier vers 18 heures par un homme qui ne payait pas de mine et s’est permis de me mettre la main aux fesses ( je précise que j’étais en pantalon et en doudoune). Je me suis alors redressée et retournée et défendue, je l’ai frappé à la nuque et des hommes présents dans le wagon l’ont jeté dehors à l’arrêt Gare du Nord. L’agent RATP présent sur le quai n’a pas bougé ! Messieurs du wagon MERCI de votre geste car cela n’existe quasiment plus. Les gens ont applaudi… Réagissez ! ! ! ! Ne laissez pas faire ! »

De cheminots, aussi

Des personnes, qui se présentent comme des agents SNCF, s’expriment aussi. Notamment sur leurs conditions de travail :

« Bonjour,

Je suis cheminot, conducteur de train plus précisément. Je suis, bien entendu, tout comme vous outré et horrifié de ce qui c’est passé. Ce n’est malheureusement pas la première fois et plus malheureusement encore, pas la dernière. Je voudrais juste vous dire que nous sommes en train de nous battre depuis quelques années contre ce que nous appelons l’Equipement agent seul (EAS).

Autrement dit, des trains avec pour seul agent à bord un conducteur. Je ne sais pas s’il y avait eu un ASCT (contrôleur) dans le train, si ça aurait changer quelque chose mais peut-être… La direction veut que ce soit la norme sur tous les TER et RER. J’espère vraiment que ça n’arrivera pas et que ces agressions sexuelles et autres incivilités ne se reproduiront plus et ne seront pas monnaie courante. Quant au collègue qui a trouvé dans cette sordide histoire matière à rire, j’espère qu’un jour son cerveau lui servira à quelque chose. Tout mon soutien à la victime… »

Ce fil de discussion est d’une grande richesse et finalement, seule une voix manque dans les commentaires : celle de la SNCF.

Exigence

Nous les avons appelés. Une cellule de crise est sur le dossier, mais au téléphone, la communication de la société est bien embêtée, prise de court : 

« Nous prenons très au sérieux ce témoignage et les faits évoqués. Nous avons déjà diligenté une enquête. Pour l’instant, il n y a pas de dépôt de plainte et notre souci aujourd’hui est de rassembler les éléments pour reconstituer les faits, le lieu, le jour, les personnes impliquées. On est en train de tout chercher pour voir si les faits sont avérés.

Le sujet vit fort sur les réseaux sociaux mais on attend d’avoir des éléments pour répondre. On ne peut pas dire n’importe quoi. »

Ou comment les internautes contraignent l’entreprise à une réaction de qualité.

Le témoignage dans son intégralité : Paye Ta Shnek

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