En avoir ou pas ? « Maman ? Non merci ! »

Diktat de la maternité.

Un sujet encore tabou et facteur d’inégalités entre les sexes puisque ce sont surtout les femmes ne souhaitant pas avoir d’enfant qui subissent une énorme pression sociale.

Avoir des enfants n’est pas un passage obligé dans la vie d’une femme. Certaines préfèrent rester sans enfants et l’assument plutôt bien. Mais on refuse d’entendre qu’il puisse être épanouissant de ne pas vouloir d’enfants car on considère que la maternité fait partie de leur identité. Emilie Devienne, auteur d’Etre femme sans être mère (Ed. Robert Laffont), est l’une des premières à avoir écrit là-dessus. A l’époque, elle avait eu du mal à trouver un éditeur : « on me disait qu’il n’était pas question de toucher à la famille, ou on pensait que j’étais lesbienne ».. 

Rares sont celles qui acceptent aujourd’hui encore de témoigner. On les accuse d’être égoïstes, bizarres, volages, ou encore d’avoir peur d’abîmer leur corps. Comme si la maternité était la seule sexualité possible et admise pour une femme dans la société. L’entourage essaye aussi souvent de les faire changer d’avis, de les convaincre qu’elles ont un problème psychologique, un traumatisme, qu’elles vont le regretter, ou alors parce qu’elles n’ont « pas trouvé le bon » et « vont changer d’avis ». On préjuge même qu’elles doivent en souffrir. Malgré les quelques espoirs permis vers l’égalité femmes-hommes, on associe donc toujours pourtant les femmes à la maternité. 

Une femme qui ne veut pas d’enfant est finalement une femme qui ne remplit pas son rôle dans la société patriarcale qui a tout prévu pour elle : petites études, petits boulots, mari, mariage, enfants. Enfanter, c’est renouveler la future main d’oeuvre d’une société de profit. Enfanter, c’est aussi se tenir à carreau dans une vie bien rangée de « bonne épouse et bonne mère de famille ». 

Finissons-en avec ce diktat de la reproduction et rappelons une bonne fois pour toute qu’avoir un enfant ne relève pas de l’altruisme, c’est un choix personnel, ni plus ni moins légitime que celui de ne pas en avoir. Ne pas vouloir d’enfants est un droit. Donc foutez la paix à nos utérus !

Dossier de 9 articles sur le sujet : 100 sans enfants

Le documentaire « Maman ? Non merci ! » met en relief le ras-le-bol de femmes sans enfants, projeté en première aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal les 15 et 17 novembre.

La blogueuse et réalisatrice Magenta Baribeau. Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

La blogueuse et réalisatrice Magenta Baribeau. Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

ledevoir.com, 12 novembre 2015

« Je suis une prune desséchée, une source tarie, un cul-de-sac génétique. » Comme d’autres femmes, la blogueuse Magenta Baribeau en a soupé des interrogatoires indélicats sur l’état de son utérus et des sommations à concevoir. Dans Maman ? Non merci !, plongeon documentaire dans la réalité des femmes qui ont fait une croix sur la maternité, la jeune réalisatrice fait le point sur l’un des derniers tabous de la réalité féminine : le non-désir d’enfant.

Ce fut un long parcours du combattant pour la documentariste, qui, depuis 2008, a ouvert sur le Web, dans le blogue du même nom, la discussion sur l’état du mouvement « childfree » au Québec, sondant l’humeur de ces femmes qui nagent à contre-courant dans une société soi-disant nataliste.

« Pourquoi tout le monde s’intéresse à mon utérus ? » lance d’emblée la réalisatrice, en ouverture de ce documentaire, qui sera projeté en première aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal les 15 et 17 novembre. « Des femmes m’ont écrit de partout pour me remercier de parler cette réalité tue, surtout dans les milieux ruraux. Mais quand j’ai cherché à recueillir des témoignages, peu de femmes ont accepté de s’afficher à la caméra. Il plane encore un tabou sur la non-maternité de ces femmes », avance la documentariste.

Si bouder la maternité constitue encore un aveu dérangeant pour plusieurs femmes, les gérants d’utérus et les prosélytes du bonheur parental, eux, s’expriment sans censure, affirme-t-elle. Peuvent en témoigner les nombreuses mères qui, au premier renflement de bedaine, voient les quidams sonder sans scrupule l’état de leurs entrailles, et voient trotter les mains baladeuses sur leur rondeur naissante.

« À 30 ans, tout le monde s’est mis à me poser la question, à me dire : “Tu vas voir, tu vas changer d’idée. Tu n’as pas rencontré la bonne personne.” Je suis toujours stupéfaite que des gens qui me connaissent depuis quelques minutes semblent pouvoir me connaître mieux que moi-même », relate Magenta Baribeau.

Cette même harangue incrédule, infantilisante, plusieurs « non-mères » en témoignent dans Maman ? Non merci !. Interviewée, Lucie Joubert, auteure de L’envers du landau, affirme qu’avouer son désintérêt pour un poupon relève, encore aujourd’hui, du « coming out ». « Encore en 2015, dit-elle, les filles doivent se justifier de faire ce choix. Les parents doivent-ils justifier leur choix d’avoir des enfants ? »

L’inconfort de ces femmes dépasse le simple irritant de l’intrusion maladroite. L’interrogatoire, réservé aux femmes, témoigne du fait que la parentalité est encore perçue comme une responsabilité féminine. « C’est comme si cette décision était mon fardeau. On m’en parle à l’écart de mon conjoint. Toute l’attention est sur les femmes », témoigne Patricia dans Maman ? Non merci !

Une société nataliste ?

L’investigation de la documentariste s’épivarde sur le Vieux Continent, où les pressions natalistes s’avèrent pires qu’au Québec, affirme-t-elle. À Bruxelles, on assiste notamment à la fête des non-parents, où convergent femmes et hommes sans enfants, ainsi que des dénatalistes et antinatalistes purs et durs, railleurs ou provocants, mus par une idéologie plus qu’une pulsion venue du fond des tripes. Trinquant avec des biberons remplis de bière, ils et elles décrient à grands traits nos sociétés obsédées par la famille. « C’est curieux, chez les hommes, c’est souvent une question rationnelle et idéologique, alors que chez les femmes, c’est une émotion, une décision personnelle », estime Magenta Baribeau.

Il aura fallu plus de six ans à l’auteure pour accoucher de ce cri du coeur, sociofinancé, qui, espère-t-elle, changera la perception de la société envers les femmes qui ne rêvent pas de poupons joufflus. « Ce qui m’a poussée à faire ça, c’est l’absence de représentation dans les médias et la société de ce choix. Les magazines sont inondés de femmes avec des enfants et de vedettes qui s’extasient sur leurs bedons. Quand on parle de femmes sans enfants, on dit qu’elles sont aigries, vilaines ou carrément moches », pense la jeune auteure.

L’organisation d’une première fête des non-parents en juin dernier à Montréal, par pur plaisir, a valu à la réalisatrice son lot de commentaires ulcérés. « Il y a eu de l’intérêt, mais aussi des courriels de menaces, des insultes. Pourtant, je ne revendique rien, je voulais célébrer un choix différent », dit-elle. Idem pour la bédéiste française Véronique Cazot, auteure de Quand est-ce que tu t’y mets ?, oeuvre qui caricature la monomanie qui semble régner dans l’Hexagone. « Les femmes qui ne font pas d’enfants sont encore perçues comme des filles qui ne pensent qu’à elles, qu’à leur ligne. Qu’on nous foute la paix ! »

Femme sans mission

L’incompréhension autour du non-désir d’enfant aboutit inévitablement aux contingences du genre : « Que vas-tu faire de ta vie ? Fais-tu du bénévolat ? » « Est-ce qu’on doit faire plus pour justifier notre choix ? Ça véhicule l’idée qu’une femme sans enfants est incomplète », ajoute la réalisatrice.

Né aux États-Unis, le mouvement « childfree », qui rallie tout un spectre d’idéologies, a connu sa part de dérives, dont la revendication de lieux « sans enfants » ou l’abandon de mesures fiscales profamille. Au Québec, défend Mme Baribeau, cette mouvance est encore le fait « d’expressions individuelles et isolées », dit-elle.

Chez certaines mères, invoque Magenta Baribeau, le désir d’enfant a été alimenté par une construction sociale, exacerbé par les rôles idéalisés servis aux femmes. « J’ai reçu beaucoup de messages de femmes qui ont eu des enfants et qui le regrettent. C’est d’une tristesse absolue. C’est grave pour elles et pour leurs enfants. Peut-être devrait-on parler davantage de cet autre choix », invoque la réalisatrice. Bref, un documentaire qui fera à coup sûr jaser. La projection sera d’ailleurs suivie de la table ronde « La maternité, un idéal à repenser », organisée par la Fédération des femmes du Québec.

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