Algérie : Constitution d’un Front féministe suite à l’assassinat de Razika Chérif

Le féminicide particulièrement violent de Razika Chérif à Magra, dans la wilaya de M’sila a bouleversé un grand nombre d’algérienNEs. Et il nous bouleverse aussi.

La semaine dernière, Razika Chérif refuse les avances d’un automobiliste. L’homme la violente et l’écrase volontairement en lui roulant dessus à deux reprises. Depuis, la violence faite aux femmes et le harcèlement sexuel sont incarnés par la photo de Razika, baignant dans son sang. Tuée en pleine rue pour avoir dit Non à un homme.

Appel-rassemblement

Cet assassinat machiste met le débat du harcèlement sexuel et moral des femmes au cœur de l’actualité civile, progressiste et féministe algérienne notamment : 

Appel à la création d’un front des associations féministes :

«Le contexte politique est caractérisé par le débat sur l’adoption d’une nouvelle constitution qu’on annonce démocratique et civile. Nous considérons qu’aucun système social et politique ne peut être qualifié de démocratique s’il n’instaure pas la citoyenneté et l’égalité de tous les citoyens, sans distinction de genre, de confession et de conditions sociales».

El Watan rapporte que l’ONG Balsam, réseau national de centres d’écoute des femmes victimes de violences, a reçu 29 532 cas d’agression sur des femmes:

« La situation est bien plus inquiétante que le démontrent les statistiques officielles. Tant que l’Etat ne légifère pas des lois plus protectrices, d’autres Razika viendront grossir la liste des victimes de violence ou perdront la vie, assassinées dans la rue par un inconnu dont l’ego a été touché juste parce qu’elles n’ont pas répondu à ses désirs»

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Le groupe «Féministes algériens en mouvement» avait organisé un rassemblement à la Grande-Poste pour honorer la mémoire de Razika. Avec une fleur pour dire non à l’oubli, et stop à la violence.

Tant que le Code pénal de la famille qui prévoit de durcir les sanctions à l’égard des hommes violents ou des harceleurs ne sera toujours pas modifié par le Sénat, les femmes continueront à subir insultes, menaces ou des coups par des hommes dans la rue :

Une violence normalisée

« Je ne passe pas une journée sans me faire insulter, sans que l’on commente ma tenue, ma démarche. J’ai pris l’habitude de marcher vite, la tête baissée, pour supporter tout ça. Mais des fois je craque », Amel, 30 ans.

« Je me souviens qu’une fois j’ai eu très peur, je revenais du marché et je ne m’étais pas rendu compte qu’un homme me suivait, arrivée devant chez moi il m’a pris les sacs que j’avais dans les mains soi-disant pour m’aider, il ne m’a pas donné le choix. Il a commencé à monter dans mon immeuble avec mes courses, alors que je refusais son aide. Il m’a suivie jusqu’à devant ma porte. Puis il m’a demandé de rentrer chez moi pour déposer mes courses. J’ai refusé, il a commencé à prendre un air menaçant exigeant mon numéro. J’ai fermé la porte rapidement et il a crié qu’il resterait là jusqu’à ce que je le lui donne »  », Selma 28 ans.

C’est risquer sa vie pour un Non

« Une fois je descendais vers le centre-ville avec une amie, et au niveau de l’Aurassi deux garçons se sont approchés et voulaient nous parler, nous les avons ignorés mais ils l’ont mal pris et ont sorti un couteau pour nous menacer et nous dire qu’ils allaient nous voler notre sac », Leïla.

« Une fois, un homme a failli me jeter au-dessus du pont de Tafourah. J’étais étudiante. Alors que je passais, il m’a demandé l’heure et quand j’ai regardé il m’a attrapé le poignet et m’a demandé mon numéro, mais j’ai dit que je n’avais pas de téléphone, ce qui était vrai à l’époque. Il s’est rapproché de moi et il me serrait de plus en plus contre la rambarde. Je tremblais comme une feuille et je pleurais. Il s’est mis à hurler, je ne comprenais rien. C’était le matin, et il y avait beaucoup de monde mais personne n’a bougé le petit doigt. En revanche, je croisais le regard des gens qui s’arrêtaient pour le spectacle. Je ne sais pas comment, un moment je me suis retrouvée les pieds dans l’air. Il voulait me jeter ce fou, je criais et le poussais. Et j’espérais qu’on me sauve. Ce jour-là, je ne sais par quel miracle, un de mes oncles passait en voiture. Il l’a poussé et m’a prise dans ses bras et m’a déposée chez moi », Yasmine, 29 ans.

Razika-Cherif

Combien de Razika, de Yasmine, de Amel, de Leïla, de Selma, de Fatima faudra-t-il pour qu’une prise de conscience ait lieu ? Déjà qu’en France, seule une minorité de femmes portent plainte, imaginez en Algérie. C’est encore plus difficile de franchir le pas, d’assumer, de convaincre des témoins de soutenir la victime, ou tout simplement, de se dire que ce type de violence n’est pas une normalité.

Tinhinane Makaci, membre de l'association femme tharwa n-soumer

Tinhinane Makaci, membre de l’association femme tharwa n-soumer.

Complément :

12/11/2015 : Taghzout Ghezali, en réaction à cet effroyable féminicide survenu samedi 7 novembre 2015 :

En réaction à l’effroyable événement d’harcèlement sexuel, survenu samedi 7 novembre 2015, et qui se termine par le tragique assassinat d’une femme en plein centre de Magra à Msila par un conducteur, parce qu’elle a refusé de céder à ses avances (l’automobiliste a délibérément foncé avec son véhicule sur sa victime, avant de passer à deux reprises sur le corps de la jeune femme), l’association Tharwa n’Fadhma n’Soumer, dénonce ce qu’elle caractérise de crime sexiste, et réaffirme l’urgence de lutter contre les crimes sexistes et la discrimination de tout genre. On ne peut plus se taire face à la banalisation des violences faites aux femmes et face à la préoccupation grandissante que cela suscite dans la société.
Elle s’appelait Razika Chérif, elle avait 39 ans, et il lui ôté la vie. Pour avoir oser dire non, à un homme qui pensait que son corps lui appartenait. Elle marchait tranquillement pour vaquer à ses occupations, quand un des ses concitoyens décide que le corps de cette femme lui appartenait et qu’il pouvait en disposer, qu’il pouvait en jouir à son gré, qu’il pouvait en faire ce qu’il voulait.

Tharwa n’Fadhma n’Soumer s’inscrit dans une dynamique de solidarité avec la famille de la victime et appelle toutes les voix soucieuses des principes de justice et d’égalité à s’élever contre le sexisme et contre toutes les formes de ségrégation. Le corps de cette femme lui appartient, la jeune femme refuse, il la tue. Razika n’est malheureusement pas un cas isolé, dans notre pays aujourd’hui, les femmes sont tuées par leurs conjoints ou ex-conjoints, ou simplement par des prétendants dans la rue. Les hommes qui abattent les femmes ne le font pas du jour au lendemain, sans aucun signe avant-coureur. Ils le font au terme d’un long parcours de formation en machisme, et en sexisme et de haine des femmes justifiée par les proies du patriarcat et du conservatisme fossoyeur.
Ces expressions sont nombreuses : harcèlement, abus physiques, viols, menaces de mort et tout cela dans l’impunité sociale mais aussi juridique… Ils ne sont pas victimes de « coups de folie », et leurs crimes ne sont pas des « crimes passionnels » ou des « drames familiaux » : ce sont des hommes violents, qui préfèrent tuer leur épouse ou ex-amie, ou des inconnues qu’ils considèrent comme leur propriété, plutôt que d’en perdre le contrôle. Ces crimes sexistes il faut les nommer : ce sont des féminicides. Des crimes politiques, des crimes de haine encore ignorés et banalisés en Algérie.
Tharwa n’Fadhma n’Soumer, appelle toutes les forces progressistes soucieuses de faire respecter la justice et les principes d’égalité, proclamés tout au long de l’histoire de notre pays, à rejoindre sa lutte, à s’élever contre les violences faites aux femmes, en tout genre. Il y’a aujourd’hui urgence à pénaliser les violences conjugales et la discrimination de genre dans un premier temps. Mais il faudra également s’atteler à l’abrogation du code de la famille sur lequel repose le fondement juridique de l’infantilisation des femmes, qui justifie l’horreur. Il faut empêcher que ces féminicides soient reconnus comme des circonstances aggravantes de mort par notre société, mais aussi prendre des positions fortes pour rendre justice. viols, violences conjugales, prostitution, harcèlement sexuel, mariages forcés, crimes dits « d’honneur », polygamie… ces violences, loin d’être des faits isolés, sont le produit d’un système patriarcal instituant un rapport inégalitaire entre les femmes et les hommes. Aujourd’hui ont dit NON ! ON dit STOP aux crimes contre les femmes.

Justice pour les victimes de crimes sexistes,
Pénalisation des violences faites aux femmes,
Abrogation du code de l’infamie,
A bas la discrimination,
tous et toutes unis pour l’égalité !

18/11/2015 : Taghzout Ghezali, lance un Appel pour la constitution d’un front unitaire contre les violences faites aux femmes :

Alger, le 18 Novembre 2015

APPEL POUR LA CONSTITUTION D’UN FRONT UNITAIRE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES.

Razika Cherif a été violentée et assassinée par un individu qui l’a battue avant de l’écraser avec son véhicule, en pleine rue à Magra, un village situé à 60 km de M’sila. Ce drame effroyable a bouleversé la société algérienne et plusieurs rassemblements en soutien à la famille de Razika ont eu lieu à Magra, à Alger et à Béjaïa.
Les différentes mobilisations ont vu remettre sur la scène publique des revendications pour la pénalisation des violences faites aux femmes et l’abrogation du code de la famille. Les différentes parties prenantes considèrent que le crime de Magra n’est pas un fait isolé mais bel et bien la conséquence de rapports sociaux injustes aggravés par un arsenal juridique qui institutionnalise le patriarcat et l’inégalité des sexes. Il survient dans un contexte marqué par la multiplication des actes de violences contre les femmes (harcèlement verbal et physique, violence conjugale, viol, crime sexiste…).
L’association Tharwa N’Fadhma N’Soumer appelle les organisations féministes, les organisations de défense des droits de l’Homme et toutes les forces vives de la société civile, soucieuses de construire un État de droit et une société égalitaire à s’unir au sein d’un front commun afin de conjuguer leurs efforts et leurs réflexions pour mieux agir.
Le contexte politique est caractérisé par le débat sur l’adoption d’une nouvelle constitution qu’on annonce démocratique et civile. Nous considérons qu’aucun système social et politique ne peut être qualifié de démocratique s’il n’instaure pas la citoyenneté et l’égalité de tous les citoyens sans distinction de genre, de confession et de conditions sociales.
La loi condamnant les violences conjugales étant actuellement gelée au Sénat, nous relevons l’urgence de promulguer ce texte, de l’enrichir et de l’étendre à toute forme de violence à l’égard des femmes dans l’espace public, de pénaliser la discrimination de genre et toute forme de harcèlement. Et nous inscrivons notre initiative dans le combat historique pour l’abrogation du code de la famille qualifié naguère d’infâme et d’inique.
Nous appelons toutes les forces vives de la société civile et tout citoyen se sentant concerné par notre démarche à se joindre à nous, pour constituer une force de réflexion, de proposition et de pression, afin de redonner souffle au pôle féministe et progressiste luttant pour la pénalisation des violences faites aux femmes, pour l’abrogation du code de la famille et pour des lois civiles et égalitaires ; en solidarité avec toutes les victimes et pour que cesse la discrimination à l’égard des femmes.

La réunion qui verra la naissance d’un front «abrogationniste» se tiendra le mercredi 25 Novembre à 16h30 au Centre des Ressources sis 8, Rue les Frères Adder, Alger Centre (en face du Musée Mama).

Halte aux violences faites aux femmes,
Stop aux crimes sexistes,
Non au code de la famille,
Tous unis pour des lois civiles et égalitaires.

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3 réflexions sur “Algérie : Constitution d’un Front féministe suite à l’assassinat de Razika Chérif

  1. cette initiative n’est pas individuelle, c’est l’appel d’un association veuillez corrigez cela. au plus vite, tharwa n’fadhma n’soumer

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  2. non madame ce n est pas le cas, cette appelle a ete partager par des centaine de personne , c est l apele d une association tharwa n fadhma n smooumer , si vous êtes journaliste vous devrez prendre en compte ma remarque

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