Comment venir en aide à une femme victime de violence

25/11/2015 : Nous n’en avons toujours pas fini avec les violences faites aux femmes.

Un système de domination : la société dans laquelle nous vivons n’est pas égalitaire. Les hommes exercent sur les femmes des rapports de domination qui se manifestent dans tous les domaines de la vie. Tout rapport de domination se maintient grâce à la violence… et finalement, grâce à l’indifférence. Il est tellement plus pratique de ne rien voir, de ne rien entendre..  :

« Lorsqu’une femme est victime de violence, au sein de son couple, dans son travail ou dans la rue, elle fait souvent face au silence. Au silence des autres, de ceux qui voient mais ne regardent pas. De ceux qui entendent mais n’écoutent pas. Pourtant, chacun peut aider ces femmes à faire le premier pas. Il suffit de : Voir. Ecouter. Comprendre. Ne pas juger. Pour sauver. »

En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint.

"Violences domestiques : se taire c’est participer." Crédit photo : Arnaud Wacker, Fédération Nationale Solidarité Femme. 2010

« Violences domestiques : se taire c’est participer. »
Crédit photo : Arnaud Wacker, Fédération Nationale Solidarité Femme. 2010

hautcourant.com, 25/11/2015

Chez les femmes en bonne santé, la première cause de mortalité n’est ni la cigarette, ni les accidents, c’est les coups. Selon une étude de la Banque Mondiale, le viol et la violence conjugale sont la première cause de mortalité dans le monde chez les femmes de 15 à 44 ans. La violence faite aux femmes tue plus que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le paludisme réunis. Triste constat qui ne touche pas que les pays les plus pauvres. Il en est de même chez les Européennes. Un bilan douloureux où chacun a sa responsabilité. Le 25 novembre 2014, Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU déclarait : « Il nous incombe, à nous tous, de prévenir et de combattre la violence à l’égard des femmes et des filles, en commençant par remettre en question la culture et la discrimination qui la perpétue. »

Selon un bilan publié ce lundi par la Fédération Nationale Solidarité Femmes, le 3919, la ligne téléphonique destinée à aider les femmes victimes de violence, a traité plus de 50 000 appels en 2014, soit deux fois plus que l’année précédente. Une étude qui révèle l’importance des campagnes de communication sur les femmes victimes de violence mais aussi sur chaque citoyen, qui, à tout moment, peut devenir un lanceur d’alerte.

La seule chose à briser, c’est le silence

Les différents types de violences faites aux femmes

« Les femmes sont victimes de violences au pluriel  » :

  • La violence physique : Les coups mais pas que. « Qu’on vous crache au visage, qu’on vous griffe ou qu’on vous étrangle c’est une violence physique même s’il n’y a pas de coups. »
  • La violence sexuelle  : Le viol conjugal.« Beaucoup de femmes pensent encore qu’à partir du moment où elles sont mariées il existe un devoir conjugal. Mais en réalité si c’est contre leur volonté c’est un viol. »
  • La violence psychologique : « Je vois des femmes absolument détruites mais qui n’ont jamais reçu de coups, elles sont quotidiennement humiliées, dévalorisées, insultées, mais n’ont pas de trace. »
  • La violence économique : « Ce sont des femmes qui travaillent et n’ont pas accès à l’argent qu’elles gagnent ou qui doivent rendre compte de la moindre chose qu’elles achètent. » (également le fait que les femmes actives sont 25% de moins payées que les hommes, ressources inférieures se répercutant forcément sur les pensions de retraite)
  • La violence administrative : Elle touche les femmes étrangères. « Les femmes mariées à un conjoint en situation régulière ont peur d’être reconduites à la frontière si elles parlent (ce qui n’est pas le cas). » [1]
Notes
[1Propos d’Aline Fauchère, psychologue et juriste, CIDFF Montpellier

Aline Fauchère est psychologue clinicienne et juriste au Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) de Montpellier. Le premier constat, c’est l’efficacité du 3919 (numéro gratuit et anonyme, qui n’apparaît pas sur les factures) : « ça a permis à beaucoup de femmes et de témoins de rompre le silence. » Mais le combat n’est pas encore gagné. Encore beaucoup de femmes sont dans un isolement total, en particulier les femmes issues de milieux dits privilégiés, traditionnels où le tabou est encore plus fort. « Les menaces de l’agresseur isolent la victime, ce qui fait qu’elle a du mal à aller vers les associations qui peuvent l’aider ». D’où l’importance du rôle du témoin. Qu’il soit un voisin, un ami, un membre de la famille, un collègue, un médecin, un gendarme. De témoin il peut devenir lanceur d’alerte, et sauver des vies. Mais comment ?

Je suis témoin d’une agression dans un espace public
Même si la situation reste rare (pas forcément d’accord..), le risque de mort est bien réel. Il faut avertir les forces de police. « Comme tout citoyen, vous intervenez, sinon c’est non-assistance à personne en danger. »

Je suis témoin d’une agression dans le huit-clos conjugal
Si c’est une scène où n’il y a pas d’urgence, «  le risque de s’interposer quand vous êtes un citoyen lambda, c’est que les deux se retournent contre vous. » Même si c’est délicat, «  si vous entendez la scène, la première chose à faire, c’est appeler le 17.  »

J’entends des bruits inquiétants mais j’ai des doutes
Tout d’abord, informez. Donner de l’information peut s’avérer plus efficace qu’il n’y paraît.« Il n’y a pas très longtemps, une étudiante est venue. Dans une cité universitaire elle entendait des bruits suspects. Mais elle ne savait pas qui. Elle est venue ici chercher des affiches avec le 3919 qu’elle a placardé dans tous les halls d’entrée. »

Une amie, une connaissance se confie à moi
Sans doute la situation la plus difficile. « Il ne faut absolument pas parler au conjoint, ça ne ferait qu’affaiblir la victime. » Ouvrir la porte, mais rester en retrait. Il faut avoir « une position d’ouverture mais très respectueuse. Souvent elle n’est prête ni à se séparer de cet homme, ni à demander de l’aide. Elle pense qu’elle maîtrise la situation, qu’elle est capable de s’en sortir toute seule. Il faut faire preuve de prudence. D’abord lui dire que vous avez été témoin, que ça s’appelle de la violence, que ce n’est pas une scène de ménage anodine. Surtout, évitez de porter un jugement sur le conjoint. Ne pas dire « c’est un salaud », etc. Lui dire que c’est défendu par la loi. Ce qui est important, pas dans l’urgence mais dans la rapidité, c’est de travailler avec elle à ce qui pourrait la protéger. Lui demander à elle quels seraient ses points de repli.

Est-ce qu’il pourrait y avoir un code entre elle et vous en cas d’agression. Un mot, un geste qui veut dire qu’il faut appeler la police. Ne surtout pas faire les choses à sa place, ne pas l’obliger à porter plainte et rester disponible.  » Aline Fauchère le sait, « c’est une posture frustrante et difficile ». Le lanceur d’alerte doit être patient et rester aux aguets.

La psychologue raconte l’histoire d’une femme qui habitait dans un immeuble à Montpellier. Tous les indices d’un « danger de mort » étaient là. Elle l’a poussé à parler à sa voisine, et à mettre en place un code. Si elle tapait trois fois sur le mur, elle était en danger. Un soir, devant leur bébé, le mari étrangle sa femme. Grâce au code la voisine contacte les gendarmes et les pompiers, qui sauvent in extremis la femme qui ne respirait plus.« C’est clairement l’intervention de la voisine qui a sauvé cette jeune femme. »

Des professionnels formés à donner l’alerte ?

Médecins généralistes, gynécologues, policiers et gendarmes. Des corps de métiers qu’une femme violentée rencontre inévitablement. Mais des professionnels plus ou moins aptes à déceler la violence, alors qu’ils devraient être les premiers lanceurs d’alerte.

Le déficit de formation des professionnels de santé
Aline Fauchère, également formatrice auprès des professionnels de santé, milite pour que les médecins soient formés à repérer et à aider les femmes qui n’osent pas crier au secours. La psychologue déplore l’absence de questions relatives à la violence subie par la patiente lors du questionnaire habituel d’antécédents médicaux des médecins généralistes. Il suffirait de poser la question : « Avez-vous été victime de violence dans votre vie ?  » « Une question très simple. », qui pourtant est rarement posée. « Les médecins traitent une sorte de dépression ou de souffrance diffuse sans poser la question de l’origine. »
Il y a 15 ans, une formation spécifique aux urgences existait en lien avec le CIDFF, pour que la victime soit prise en charge par une assistance sociale dès sa venue au service des urgences. Mais cette formation a été supprimée et confiée en interne. Malheureusement, Aline Fauchère constate que souvent, aux femmes qui se présentent aux urgences suite aux coups qu’elles ont reçu, « on ne leur pose pas la question ». Il existe des formations auprès des professionnels, mais qui restent largement insuffisantes. Les violences conjugales ne sont pas enseignées en formation initiale à la faculté de médecine. « C’est quand même très dommage de ne pas former les jeunes professionnels », déplore Aline Fauchère.

Une prise de conscience des forces de l’ordre
La juriste note une importante différence entre les gendarmes et les policiers. «  Depuis 10 ans, il y a un énorme effort de formation du côté des gendarmes, avec dans chaque brigade deux référents des Violences Intra-Familiales (VIF). Deux gendarmes volontaires et particulièrement formés aux violences conjugales. Ils disposent d’une grille d’audition qui permet de donner au procureur des éléments importants pour prendre une décision. »
Mais la police, ne dispose que d’une formation en interne, jugée insuffisante par la psychologue, qui a encore des échos de plaintes mal enregistrées.

Il a lancé l’alerte

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Crédit : HELP©. Dany Masson

 Vincent Lagalie, formateur dans un centre de formation pour adulte, est venu en aide à des femmes victimes de violence. C’est dans le cadre d’entretien avec des stagiaires qu’il a repéré les premiers signes qui l’ont alerté. « Souvent il ne s’agit que de quelques mots…. l’expression d’une difficulté familiale ou conjugale qui passe par un problème d’hygiène, de fatigue, d’un stress, d’un mal être. » Les mots finissent par se transformer en maux. Lorsque les langues se délient, Vincent explique à la personne ce qu’est le CIDFF, lui dit qu’il va les contacter et lui propose de la mettre en relation avec la structure, afin de faciliter sa démarche.
Comment réagit la personne ? « Par l’étonnement d’abord que l’on puisse lui proposer un accompagnement, puis un soulagement et des remerciements. » Vincent note l’importance d’agir vite, surtout lorsqu’il y a urgence et assure à la personne concernée la rapidité de la prise en charge. Il se fait alors le relais, souvent nécessaire entre la victime et les professionnels. Il déclenche la prise en charge simplement en écoutant et en informant.

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2 réflexions sur “Comment venir en aide à une femme victime de violence

  1. M’intéressant aux sujet dans le cadre d’un travail scolaire, j’ai du mal à comprendre vos chiffres sur la violence conjugale: « La violence faite aux femmes tue plus que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le paludisme réunis », « Il en est de même chez les Européennes ». Les accidents de la route représente en france plus de 3000 mort par ans 63 000 femmes pour le cancer. Si on prend votre estimation d’une femme tous les 3 jours qui meurt à cause de la violence conjugale on arrive seulement à 125 victimes. Pourriez-vous m’indiqué ou se trouve mon erreur?

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    • Bonjour, pas d’erreur, c’est à peut près le chiffre, plus précisément en 2014, 134 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. Chaque année en moyenne, 223 000 femmes sont victimes de violences conjugales et 84 000 femmes majeures sont victimes de viols.
      La différence que vous trouvez se situe dans un chiffre qui additionne les femmes victimes de violences conjugales décédées (féminicides) et des femmes victimes de violences non-décédées.
      Sachant qu’il y a aussi toujours un décalage entre les femmes qui ont porté plaintes (10%) et celles qui ne sont pas comptabilisées.

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