Les femmes, oubliées des crises humanitaires

Dans ces épreuves humanitaires, les femmes et les hommes ne sont pas égaux.

L’idée même que, dans les conditions de détresse, les femmes puissent en plus des souffrances communes aux réfugiés des 2 sexes, connaître des difficultés liées au fait d’être femme, ne sont pas ou peu prises en compte. 

Etre une femme précaire et notamment une femme réfugiée, c’est être confrontée aux violences économiques, racistes et machistes. C’est avoir des besoins spécifiques qui sont aussi importants que le fait de se nourrir et d’avoir un toit. 

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lemonde.dr, 3/11/2015

Les images sont dans tous les esprits. Celles des cohortes de réfugiés jetés sur les routes de l’exode par la guerre civile en Syrie. Celles des plus de 160 000 personnes touchées, en mars 2015, par le cyclone tropical Pam, dans l’archipel du Vanuatu, dans le Pacifique sud. Ou celles des victimes de la série de séismes qui, en avril, ont fait plus de 8 000 morts et autant de blessés au Népal. Dans ces épreuves, tous ne sont pas égaux. En particulier, les femmes sont souvent les « oubliées » de la réponse humanitaire apportée à ces crises. C’est sur cette carence que se focalise le rapport sur l’état de la population mondiale 2015, publié, jeudi 3 décembre, par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).

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« Plus de 100 millions de personnes ont actuellement besoin d’aide humanitaire : un record depuis la fin de la seconde guerre mondiale », note en préambule le rapport. Une situation due aux conflits armés, mais aussi aux catastrophes naturelles, dont le nombre a doublé en un quart de siècle, selon les données du Centre de recherche sur l’épidémiologie des catastrophes (CRED). Au cours des deux dernières décennies, une moyenne annuelle de 340 désastres (sécheresses, inondations, tempêtes, séismes et tsunamis principalement) a été enregistrée, touchant 200 millions de personnes et faisant en moyenne 65 000 victimes par an.

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Si les catastrophes naturelles les plus nombreuses sont les inondations (43 % du total) et les tempêtes, et si les séismes et les tsunamis sont les plus meurtrières (près de 750 000 morts entre 1994 et 2013), ce sont les sécheresses qui affectent le plus grand nombre de personnes (plus d’un milliard au cours des vingt dernières années, majoritairement en Afrique). Pour la seule année 2014, ces événements ont entraîné le déplacement de 19,3 millions de personnes dans le monde.

Inégalité entre pays riches et pauvres

Face à ces épreuves apparaît une première inégalité, entre pays riches et pauvres. Sur les deux dernières décennies, les pays à revenu élevé ont subi 56 % de l’ensemble des catastrophes naturelles, pour 32 % des décès, tandis que les pays en développement enregistraient 68 % des morts, pour 44 % des catastrophes. « Le niveau de développement économique, plus que l’exposition aux catastrophes en elle-même, constitue l’un des facteurs déterminants de la mortalité », constate le rapport.

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Mais il existe aussi une autre inégalité, entre hommes et femmes. Sur les plus de 100 millions de personnes actuellement « déplacées ou déracinées » par un conflit ou une catastrophe naturelle, un quart sont des femmes ou des adolescentes, âgées de 15 à 49 ans, dont « les besoins essentiels en matière de santé sont souvent négligés dans le cadre des interventions humanitaires ».

Si le rapport insiste sur ce point, c’est, souligne le Dr Babatunde Osotimehin, secrétaire général adjoint des Nations unies et directeur exécutif de l’UNFPA, que « pour une femme enceinte sur le point d’accoucher, ou pour une adolescente qui a survécu à la violence sexuelle, les services de santé sont d’une importance tout aussi vitale que l’eau, la nourriture et l’abri ».

Services essentiels de santé sexuelle et procréative

Déjà souvent en situation de plus grande pauvreté et de plus grande fragilité dans leur communauté de vie habituelle, les femmes et les jeunes filles sont exposées, en cas de conflit ou de catastrophe, à « plusieurs niveaux de risques disproportionnés » mettant en cause« leur santé et leurs droits en matière de sexualité et de procréation », pointe le document. « Le déclenchement d’une crise accroît la vulnérabilité des femmes et des adolescentes aux infections sexuellement transmissibles, dont le VIH, aux grossesses non prévues et non désirées, à la morbidité et à la mortalité maternelles, ainsi qu’à d’autres problèmes de santé qui peuvent aussi concerner les nourrissons, détaille-t-il. Les femmes et les adolescentes sont également plus exposées à la violence sexiste, notamment au sein du couple, aux viols, à la traite et au mariage précoce. »

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« Pour les femmes et les filles, l’accès en temps de crise aux services essentiels de santé sexuelle et procréative, comme les soins de sages-femmes et la prévention du VIH, représentent bien souvent une question de vie ou de mort », ajoute le rapport. Or, ces services sont souvent inexistants en temps de crise humanitaire. Ainsi, près de trois décès maternels sur cinq surviennent aujourd’hui dans des pays affectés par un conflit ou une catastrophe. Chaque jour, 507 femmes ou adolescentes meurent de complications liées à leur grossesse ou leur accouchement dans des situations d’urgence.

Financements insuffisants

« Les droits humains fondamentaux ne cessent pas d’exister, et les femmes ne cessent pas de donner naissance, quand un conflit éclate ou qu’une catastrophe frappe, commente M. Osotimehin. La santé et les droits des femmes et des adolescentes ne doivent pas avoir une place secondaire dans l’action humanitaire. » D’autant, fait valoir le rapport, que protéger ces droits contribue à « la résilience à long terme des communautés et des pays ».

Face aux crises, l’UNFPA, qui est intervenue cette année dans 38 pays, souhaite mettre en œuvre « une nouvelle approche » de l’action humanitaire, qui « mette désormais l’accent sur la prévention et le renforcement de la résilience des nations, des communautés, des institutions et des individus ». Mais, déplore l’organisation onusienne, sa capacité d’intervention est bridée par l’insuffisance des financements dont elle dispose.

En 2014, les Nations unies ont lancé 31 appels de fonds en vue de recueillir 19,5 milliards de dollars (18,4 milliards d’euros), pour répondre aux multiples situations d’urgence humanitaire sur la planète. Elles n’ont reçu, des gouvernements ou de donateurs privés, que 12 milliards de dollars. « La santé et la vie de millions de personnes sont en danger », prévient l’UNFPA. A commencer par celles de femmes et de jeunes filles.

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