« Règles élémentaires » : une collecte de produits intimes pour les femmes sans-abri

Une étudiante de Sciences Po vient de lancer Règles élémentaires, une campagne pour collecter des produits d’hygiène intimes pour les femmes sans-abri. Elle a démarré vendredi 27 novembre, jour de la collecte nationale des banques alimentaires, à Sciences-Po Paris, sur fond d’affiches noires et rouges, imaginées par l’étudiante pour interpeller le plus grand nombre.

Les gens ne veulent pas entendre parler de règles c’est tabou, c’est du sang, ça les choque, c’est un sujet qui dégoûte et dont personne ne parle. Il y a pourtant une vraie problématique. C’est bien gentil les conserves de haricots verts et le kilo de nouilles, tout le monde en a besoin. Mais les femmes ont aussi besoin de serviettes hygiéniques ou de tampons.

Ce sont des produits de première nécessité et très difficiles d’accès pour les femmes en situation de grande précarité. Ils coûtent cher (n’en déplaise à C. Eckert) et face à peu de revenus, ce ne sont pas les premiers produits vers lesquels elles se tournent ou la première chose à laquelle elles pensent. Alors elles se protègent comme elles peuvent, avec du papier toilette… ou ce qu’elles trouvent d’ailleurs.

L’identité féminine des femmes à la rue est très mal menée. Donc collecter des produits d’hygiène intime va les toucher et vraiment changer leurs conditions de vie. 

Belle initiative. Bougeons les lignes et changeons les règles ! 

Comment peut-on les aider ?

En faisant un don au Samusocial. Mais, plus largement, vous pouvez nous aider de mille et une façons! En parlant de Règles élémentaires autour de vous, en installant une boîte à dons dans votre entreprise, en lançant une initiative similaire dans votre région. Ou en nous aidant à attirer l’attention des fabricants: si quelqu’un parmi vous travaille chez Procter & Gamble, Johnson & Johnson, SCA, etc., on est preneur! On prend aussi si vous êtes graphiste, designer, community manager ou débordant d’humour, de bonne humeur et de bonnes idées.

N’hésitez pas à leur écrire via leur page Facebook  ou par email : regleselementaires@gmail.com

Pour la campagne, Règles élementaires a fait des affiches choc. Photo : Règles élementaires

Pour la campagne, Règles élementaires a fait des affiches choc. Photo : Règles élementaires.

metronews.fr, mis à jour : 12-12-2015  – créé : 01-12-2015

Être à la rue, c’est dur. Et être une femme à la rue, c’est aussi devoir se coltiner, tous les mois, des règles. Et dans ces cas-là, se procurer des serviettes hygiéniques, des tampons, des produits d’hygiène intime de base, c’est souvent souvent impossible. Trop cher. Alors les femmes bricolent, comme elles peuvent.

« Pour les femmes à la rue, avoir ses règles c’est gore et trash », explique Tara Heuzé, jeune étudiante de Sciences Po Paris. « Elles utilisent du papier toilette, des bouts de tissus, ou rien du tout. Souvent, elles se cachent, anéanties, pendant ce qui est un quart de leur quotidien pendant des années. » Cette réalité est trop souvent oubliée : la rue, ce n’est pas que dormir dehors et avoir faim. C’est aussi toutes les contraintes du corps.

Tara (à droite) et Lauren, de l'association Paris solidaires, qui assure la logistique de l'opération. Règles élementaires

Tara (à droite) et Lauren, de l’association Paris solidaires, qui assure la logistique de l’opération. Règles élementaires.

Pour tenter d’y remédier, cette jeune étudiante de Sciences Po Paris, vient de lancer « Règles élémentaires », une collecte de produits hygiéniques pour les femmes sans-abri. « L’idée m’est venue l’an dernier, à Cambridge », explique Tara. « J’ai participé à l’initiative Essentials campaigns, qui a le même but. Ça m’a beaucoup interrogé : je ne m’étais jamais posée la question de savoir comment les femmes sans-abri faisaient lorsqu’elles avaient leurs règles. » En rentrant en France, la jeune femme se renseigne, contacte les associations, le Samu Social, les centres d’accueil de jour ou foyer de nuit. Le constat est alarmant : « Tous m’ont fait la même réponse : il y a un cruel manque sur le terrain », raconte Tara. « C’est un besoin constamment renouvelé et qui n’est absolument pas pris en compte. »

Le Samu social la soutient

S’il existe en effet déjà des collectes de produits non périssables pour la banque alimentaire, le sujet des tampons ou serviettes hygiéniques est peu ou pas évoqué. Pas très « sexy » sans doute. Et donc difficile à « vendre » auprès du grand public du point de vue des associations. « C’est fou », réagit Tara. « Ça existe déjà en Angleterre, au Brésil, aux Philippines… En France, on est sans doute encore trop conservateur sur ce genre de sujet. »

La jeune fille s’est donc rapprochée du Samu social, qui a accueilli 30.000 sans abri dans ses structures en 2014. Dont la moitié de femmes avec enfants. Le Samu social la soutient. Tara lance son projet, avec l’association de son école Paris solidaires, qui apporte sa logistique. Mercredi et jeudi dernier, une première collecte a été lancée dans les locaux de la rue Saint-Guillaume. Une autre aura lieu mercredi 2 décembre. Les colis peuvent être envoyés directement au Samu social (à l’attention de Lolita Dias, 59, rue Ledru-Rollin 94 200 Ivry-sur-Seine). Chacun est invité à venir apporter sa contribution.

 

Gros succès déjà pour l'opération. Ici, le don d'un professeur de l'école. Des colis sont mêmes arrivés de Singapour et des Antilles. Règles élementaires.

Gros succès déjà pour l’opération. Ici, le don d’un professeur de l’école. Des colis sont mêmes arrivés de Singapour et des Antilles. Règles élementaires.

Et déjà, le succès est inespéré. « En 24 heures, on a collecté environ 300 paquets, reçu plusieurs dizaines de milliers de protections hygiéniques », se félicite Tara. « Les gens ont même commencé à adresser des colis directement au Samu social, des amis d’amis se lancent dans des achats groupés. On a même des dons des Antilles et de Singapour. »

Travail d’éducation

Alors d’accord, le sujet ne met pas encore tout le monde très à l’aise : « C’est rigolo : même si les gens participent beaucoup, ça se fait en toute discrétion : on voit des élèves venir déposer des colis, et repartir presque en courant. » Il n’’empêche, la prise de conscience est là : « Au début, les garçons disaient : ‘Ah, c’est dégueu, on ne veut pas entendre parler de ça' », note Tara. « Mais ils sont venus aider à la collecte, et beaucoup sont venus déposer des choses, souvent accompagnés de leur copine ! D’autres posent des questions, demandent ce qu’il faut acheter, combien, comment ça marche. Il y a un vrai travail d’éducation et de sensibilisation. »

Et pour l’avenir, Tara fourmille de pistes afin de pérenniser cette quête. « On voudrait profiter de l’effet d’aubaine, du fait que le sujet intéresse les gens », indique-t-elle. Elle est ainsi en contact avec un fabricant de coupes menstruelles, qui propose des dons. « Cela pourrait convenir à des femmes mal logées, qui ont un accès à un point d’eau pour pouvoir stériliser leur coupe. » Tara planche aussi sur l’installation de « boîtes à dons », à installer dans d’autres universités, ou entreprises. Ou encore de contacter les fabricants de tampons ou les supermarchés pour donner leurs invendus ou leurs produits abîmés. Bref, Tara est lancée, ça ne va pas être facile de l’arrêter.

Contacts : facebook.com/regleselementaires ou regleselementaires@gmail.com

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6 réflexions sur “« Règles élémentaires » : une collecte de produits intimes pour les femmes sans-abri

  1. A reblogué ceci sur Raimanetet a ajouté:
    il est vrai que depuis leurs miradors, ils ne peuvent voir la SOUFFRANCE humaine … honni soit le système qui nous encadre, nous divise pour mieux nous tromper. les temps changent tôt ou tard, tout va changer.

    J'aime

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