Irlande : un projet photo met un visage sur les femmes exilées pour avorter

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Les 11 premières Irlandaises à avoir donné un visage à l’exil pour avorter. Photo X-ile Project

La série photographique « X-ile Project » met un visage sur ces Irlandaises obligées de s’exiler pour avorter.

25 000 irlandaises ont été contraintes de se rendre en Angleterre ou au Pays de Galles pour avorter ces cinq dernières années.

La législation anti-avortement en Irlande du Nord a été déclarée contraire aux droits des femmes par la justice mais rien ne change. En Irlande, avorter est toujours un crime et puni de 14 ans de prison. Les obscurantistes catholiques imposent toujours leur morale en considérant qu’une femme et un fœtus ont les mêmes droits.

Au délà de ce projet photos, les irlandaises se mobilisent toujours. En organisant une chaîne humaine devant le Trinity College Dublin ou avec le hashtag #repealthe8th, en envoyant des messages parlant de leurs règles sur le compte Twitter du premier ministre, pour obtenir une réforme de la législation anti-avortement. 

Rappelons-nous :

En 2012, une femme s’était vu contrainte par les institutions irlandaises de porter et mettre au monde un enfant issu d’un viol, jusqu’à ce qu’on lui accorde une césarienne à la 25ème semaine de grossesse. Parce qu’en Irlande, l’avortement n’est autorisé que pour des situations marginales mettant la vie d’une femme en danger. Mettre au monde un enfant non désiré, issu d’un viol, puis être obligée de l’élever, n’est pas considéré par les institutions irlandaises comme une situation pouvant mettre la vie en danger d’une femme rendue mère par obligation, ni d’un enfant issu d’un viol né à cause d’une loi restrictive. Que sont devenus cette femme et cet enfant ? On n’en sait rien et ce n’est plus le problème des institutions irlandaises.

Du décès de Savita Halappanavar, morte dans un hôpital en Irlande après s’être vu refuser l’interruption de sa grossesse alors qu’elle faisait une fausse-couche. Elle était enceinte de 17 semaines quand elle est arrivée dans un hôpital avec d’importantes douleurs dans le dos. Après avoir été informée qu’elle était en train de faire une fausse couche, elle a demandé à plusieurs reprises que l’on mette un terme à sa grossesse. Le médecin avait alors  répondu : « Tant qu’il y a un rythme cardiaque fœtal, nous ne pouvons rien faire. C’est la loi. Vous êtes dans un pays catholique. » Deux jours après, le coeur du foetus s’est arrêté. Puis celui de Savita, décédée d’une septicémie.

Ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres en Irlande.

Documentaire français sur la question de l’avortement en Irlande réalisé par Séréna Robin et Camille Hamet, narré par Catherine Deneuve : Take The Boat – Video Dailymotion

Les cinq fondactrices du projet. Photo X-ile Project

Les cinq fondactrices du projet. Photo X-ile Project

Elles ont entre 20 et 50 ans, sont blondes, brunes ou rousses. Le point commun entre ces onze femmes ? Elles sont Irlandaises et ont toutes été obligées de traverser la mer pour pouvoir avorter.

La série photographique « X-ile Project » leur a donné un visage et un sourire, rapporte le Guardian. Une manière de « déstigmatiser l’avortement en montrant des femmes ordinaires », explique Katie O’Neill, photographe et l’une des initiatrices du projet. Elle souhaite que le public et le gouvernement irlandais « voient ces femmes comme leurs sœurs, mères, compagnes qu’ils croisent tous les jours dans la rue », peut-on lire sur le site internet du projet. « Tout le monde connaît quelqu’un qui a voyagé jusqu’en Angleterre et nous voulons mettre un visage sur ces histoires », ajoute la photographe. 

12 exils quotidiens

Le projet digital a été lancé ce jeudi 10 décembre, pour coïncider avec la journée internationale des Droits de l’Homme et devait être accompagné d’une action In Real Life, c’est-à-dire sur le sol irlandais. 12 activistes se sont rendues devant le Trinity College Dublin, selon le Guardian, pour former une chaîne humaine de 12 minutes. 

Un chiffre qui peut paraître ridicule à première vue mais qui symbolise le nombre de femmes obligées de se rendre chaque jour en Grande-Bretagne pour pouvoir pratiquer une IVG. Dans les hôpitaux irlandais, cette option est pratiquement bannie. 

Une loi limitée

Depuis une loi votée en 2013, le gouvernement irlandais autorise l’avortement dans des cas très limités. Il est ainsi légal lorsque la poursuite de la grossesse entraînerait la mort de la mère. Si cette dernière est suicidaire, le recours à l’IVG est également possible. Mais en cas de viol, par exemple, les Irlandaise ne peuvent pas prétendre à ce droit. La loi est particulièrement stricte et prévoit même une peine de 14 ans de prison pour tout personnel médical qui aiderait une femme à enfreindre la législation. 

Le projet photographique de ces militantes pro-choix est ouvert à toutes les femmes, précisent encore les cinq fondatrices de « X-ile Project ». Le combat continue.

madame.lefigaro.fr

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Lire sur Le Parisien du 14 décembre :

Plus exactement, ce sont 19 947 femmes et filles, originaires de la République d’Irlande, et 4 652, d’Irlande du Nord, qui ont été obligées de quitter leur pays pour pouvoir avorter. Des chiffres communiqués par le Département de la Santé à Londres, encore loin de la réalité, à en croire l’ONGI, qui précise que ces données s’appuient sur la bonne volonté des jeunes femmes à communiquer leur adresse irlandaise aux cliniques dans lesquelles elles ont été opérées.

L’Irlande, l’un des pays les plus restrictifs sur l’avortement
Toujours selon ces chiffres, 152 IVG concernaient des filles de République d’Irlande, âgées de moins de 16 ans, 69, de la même tranche d’âge, venant d’Irlande du Nord. L’Irlande est l’un des pays les plus restrictifs, en matière d’avortement, cette pratique n’étant autorisée qu’à condition que la vie de la mère soit en danger. Le huitième amendement de la Constitution irlandaise confère, de plus, les mêmes droits qu’un citoyen au fœtus et ce, dès les premières semaines de grossesse.

AFP

AFP

Une législation qui viole les droits des femmes
« Les lois sur l’avortement dans les deux juridictions violent les droits des femmes et des filles, les forçant à voyager à l’étranger et à rechercher de la compassion et une aide médicale professionnelle en dehors de leur pays. Il est temps pour les gouvernements du Nord et du Sud de mettre fin à cette hypocrisie des lois qui criminalisent les femmes », dénonce Colm O’Gorman, le directeur exécutif d’Amnesty International en Irlande. Des propos qui font écho à la récente déclaration de la Haute Cour de justice d’Irlande du Nord qui a reconnu, fin novembre, que la législation très restrictive sur l’avortement, dans cette région, violait les droits des femmes.
« L’interdiction de l’avortement ne veut pas dire que les femmes et les filles n’y ont pas recours, cela veut dire qu’elles ont recours à des mesures désespérées, voire même parfois dangereuses, ou qu’elles vont chercher ces services ailleurs, en dépensant beaucoup d’argent », déplore, de son côté, Grainne Teggart, militante d’Amnesty International, pour la campagne My Body, My Rights, œuvrant pour que les femmes puissent faire entendre leurs droits.
Reste à voir si les gouvernements entendront ces récriminations. Le Premier ministre irlandais ne semblait pas prêt de changer ses positions. Interpellé sur les réseaux sociaux par des irlandaises, Enda Kenny a récemment indiqué qu’il ne comptait pas revenir sur le huitième amendement de la Constitution.

Et le Parisien du 10 décembre :

Elles ont été contraintes de traverser la mer, pour pouvoir avorter. 11 Irlandaises s’exposent sur Internet, pour mettre en lumière leur périple, en Grande-Bretagne, afin d’accéder à une interruption volontaire de grossesse, quasiment interdite dans leur pays natal. Le projet, baptisé « X-ile Project », a été lancé ce jeudi, à l’occasion de la journée des droits de l’homme. L’IVG n’est possible, en Irlande, qu’en cas de danger vital pour la mère. Et reste conditionné par le huitième amendement de la Constitution, qui confère au fœtus les mêmes droits qu’un citoyen, dès les premières semaines de grossesse.
Katie O’Neill, photographe du projet « X-ile », explique, au Guardian, que le but est ici de « dé-stigmatiser l’avortement », en montrant des femmes ordinaires, contraintes de quitter leur pays, pour pouvoir avoir accès à une IVG : « Ce que nous essayons de faire, par le biais de ce projet, c’est de forcer le public irlandais et le gouvernement à regarder ces femmes qui s’exilent en dehors de leur pays, et de voir que ces femmes sont leurs sœurs, leurs mères, leurs conjointes, des personnes qu’ils croisent chaque jour dans la rue ».
« Tout le monde connaît quelqu’un qui a voyagé en Angleterre et nous voulons mettre un visage sur ces histoires », ajoute-t-elle. La photographe ajoute que, chaque jour, « environ 12 femmes quittent l’Irlande pour la Grande-Bretagne », afin de pouvoir mettre un terme à leur grossesse non désirée, « ce qu’elles devraient pouvoir faire chez elles ».

11 femmes irlandaises, contraintes de s'exiler en Angleterre pour avorter, s'exposent à visage découvert sur le site «X-ile Project». Capture X-ile Project

11 femmes irlandaises, contraintes de s’exiler en Angleterre pour avorter, s’exposent à visage découvert sur le site «X-ile Project». Capture X-ile Project

« C’est aussi à propos de changer la loi et la législation, mais aussi créer une communauté et un réseau de soutien pour les femmes ». En parallèle de ce projet, une dizaine d’autres femmes devraient, selon le Guardian, former une chaîne humaine, devant la plus ancienne université d’Irlande, le Trinity College Dublin, pour réclamer une légalisation de l’avortement sur le territoire irlandais.
Sur les réseaux sociaux, les Irlandaises se mobilisent également pour faire entendre leur droit à l’avortement.Sous le hashtag #repealthe8th (en français abroger le 8ème amendement), ces dernières tweetent, depuis quelques jours, avec humour, les détails de leur cycle menstruel, à l’adresse du Premier ministre irlandais Enda Kenny, qui s’était prononcé, récemment, contre un référendum pour la réforme du huitième amendement. En quinze jours, le mot clé a été utilisé plus de 10 000 fois sur le réseau social.
En septembre, des people irlandais s’étaient aussi mobilisés pour le droit à l’avortement, au travers d’une pétition, réclamant l’abrogation de la huitième constitution.
L’avortement devrait en tout cas occuper une place importante lors des élections législatives en Irlande, qui se tiendront en février prochain.D’autant plus que la Haute Cour de justice d’Irlande du Nord a reconnu, fin novembre, que la législation très restrictive sur l’avortement, dans cette région, violait les droits des femmes.

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