Porter le hijab par solidarité dessert la cause des femmes

Deux journalistes musulmanes demandent aux jeunes filles américaines d’arrêter de porter le voile par « solidarité ». Ces actes censés lutter contre le racisme anti-musulmans ne feraient que renforcer un islam ultra-conservateur.

« S’il vous plaît, ne portez pas de foulard par « solidarité » envers une idéologie qui nous contraint au silence. Rassemblons nous plutôt avec courage contre l’islamisme qui nous demande de nous couvrir les cheveux. »

Donc lorsque des femmes s’emparent du voile comme d’un étendard pour lutter contre le racisme anti-musulman, là il y a franchement un problème. Si on lutte avec force contre le racisme et contre le sexisme, on ne peut le faire avec un objet d’oppression. C’est un non sens. Il existe d’autres moyens pour contester que le voile. D’ailleurs une majorité de musulmanes ne portent pas de voile mais subissent les mêmes violences racistes et patriarcales. A un moment, il faut faire preuve de discernement et ne pas tendre le fouet pour se faire battre.

Lire : Des égyptiennes, des iraniennes ou des saoudiennes se libèrent de leurs voiles

  Elles se libèrent de leurs burqas en quittant les zones contrôlées par Daesh

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Asra Nomani et Hala Arafa demandent aux jeunes filles non-musulmanes d’arrêter de porter le voile par « solidarité ». (New York, le 6 octobre 2015.) Photo Getty Images

Alors que les actes terroristes revendiqués par Daech se multiplient dans le monde, de nombreuses jeunes filles américaines se sont mises à porter le voile. Elles ne sont pas musulmanes, pratiquent parfois une autre religion mais il leur arrive de se couvrir la tête et les cheveux le temps d’un évènement ou d’une journée. À Chicago par exemple, des lycéennes avaient décidé de porter le voile au sein de la salle de classe pour lutter contre l’islamophobie. Dans une ville au sud-ouest de Salt Lake City, des adolescentes s’étaient également rendues dans une mosquée le visage encadré par un foulard.

Ces actes « de solidarité » partent manifestement d’une bonne intention. Mais selon deux journalistes américaines, Asra Nomani et Hala Arafa, elles-mêmes musulmanes, elles sont loin d’aider la communauté. Pire, elles desserviraient la cause des femmes.

Le « hijab », un symbole de domination

Asra Nomani et Hala Arafa sont des figures de l’Islam aux États-Unis. Elles ont rassemblé leurs idées dans un article à quatre mains publié dans le Washington PostElles y dénoncent ces démonstrations de solidarité et implorent les jeunes filles d’arrêter de porter le voile.

« En tant que femmes musulmanes modernes, nées en Égypte et en Inde, le spectacle de ces jeunes femmes à la mosquée (référence aux adolescentes de la mosquée de Salt Lake City, NDLRa été un douloureux rappel de la domination – bien financée – des conservateurs dans les sociétés musulmanes modernes », écrivent-elles. Pour ces deux femmes, le hijab n’est absolument pas un « symbole de pudeur et de dignité ».

Élevées dans des familles « conservatrices mais ouvertes d’esprit », on ne leur a jamais dit de se couvrir les cheveux. « Le « hijab » est le symbole d’une interprétation de l’Islam que nous rejetons et qui croit que les femmes sont des distractions sexuelles pour les hommes, qui sont quant à eux faibles et ne doivent pas être tentés par la vue de nos cheveux », expliquent-elles. « Cette idéologie ne fait que promouvoir une société qui décharge les harceleurs sexuels de toute responsabilité. »

Le hijab est un rideau, non un simple « foulard »

Dans les articles des médias américains, on retrouve souvent le terme headscarf (que l’on traduit en français par « foulard » ou « voile »), utilisé pour désigner le hijab. L’usage de ce terme est incorrect, selon les deux journalistes :

« « Hijab » signifie littéralement « rideau » en arabe. Cela veut aussi dire « cacher », « obstruer », isoler » quelqu’un ou quelque chose. Il n’apparaît jamais dans le Coran pour désigner un simple foulard », expliquent-elles avant de citer les travaux de plusieurs théologiens qui affirment que les musulmanes n’ont pas à cacher leurs cheveux. 

Les deux journalistes s’attachent à décrypter le Coran pour mieux défendre leurs propos :

« Dans les dictionnaires arabes, le mot hijab fait référence à une « barrière », mais pas nécessairement entre un homme et une femme, aussi entre deux hommes ». Le terme renverrait également à un mur de séparation ou à un obstacle métaphorique entre le paradis et l’enfer, par exemple.

« Nous essayons de reprendre possession de notre religion. […] En tant qu’Américaines, nous croyons en la liberté de religion », affirment Asra Nomani et Hala Arafa avant de conclure dans un dernier appel : « S’il vous plaît, ne portez pas de foulard par « solidarité » envers une idéologie qui nous contraint au silence. Rassemblons nous plutôt avec courage contre l’islamisme qui nous demande de nous couvrir les cheveux. »

madame.lefigaro.fr, 23 décembre 2015.

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