En Norvège, les migrants suivent des cours sur les femmes

Les femmes expliquées aux Nuls, pourrait-on titrer.

En Norvège, mais aussi en Autriche et en Allemagne, des cours sont dispensés aux migrants masculins pour leur expliquer comment se comporter avec les femmes. Ces consignes leur sont transmises dans un manuel pour distinguer le « bien » du « mal » :

« Beaucoup de réfugiés viennent de cultures où l’égalité homme-femme n’existe pas, et où les femmes sont la propriété des hommes » nous dit-on.

Parce que l’égalité homme-femme existe en Europe ? Elle n’existe nulle part dans le monde. Donc pourquoi uniquement des cours en direction des hommes migrants ? N’est-ce pas aussi le cas pour les autres hommes ? Les violences patriarcales ne seraient qu’un phénomène propre aux hommes migrants ? Il suffit pourtant de lire la presse. Chaque jour dans le monde, des milliers de femmes sont victimes de violences patriarcales.

En Norvège comme en France, les violences conjugales, les viols, le harcèlement de rue… ne sont pas le fait de migrants mais potentiellement de tous les hommes, sans distinction d’origines ou de classes sociales.

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Les femmes migrantes, grandes oubliées des programmes.

Si n’importe quel homme peut être coupable de violences machistes, n’importe quelle femme peut être victime de violences machistes. Qu’elle soit européenne ou pas, chaque femme sera au moins une fois dans sa vie, victime de violences. Il est donc lamentable d’invisibiliser à ce point les violences faites aux femmes migrantes. N’ont-elles pas le droit, elles aussi, de ne plus subir de violences alors qu’elles sont les plus vulnérables ? Des cours sur les droits des femmes européennes, destinés exclusivement aux hommes migrants voudrait dire : vous ne touchez pas aux Norvégiennes, aux européennes, mais vous faites ce que vous voulez avec vos femmes. Toutes les femmes ont le droit d’être respectées.

Une fois de plus, on cible les migrants comme des violeurs potentiels alors que ces cours sur les droits des femmes devraient s’appliquer à tous les hommes sans distinction d’origines et en particulier, aux hommes signalés pour des actes de violences.

Si certains États comme la Hongrie, emploient la manière forte pour contenir l’immigration, les pays européens ne sont pas en reste. Ils stigmatisent les migrants d’une manière bien sournoise..

La Norvège offre des cours aux migrants qui souhaitent apprendre les cours sociaux européens. Photo AFP/JONATHAN NACKSTRAND

La Norvège offre des cours aux migrants qui souhaitent apprendre les cours sociaux européens.
Photo AFP/JONATHAN NACKSTRAND

La Norvège a mis en place un programme à destination des migrants de sexe masculin. L’objectif : leur apprendre les codes socio-culturels européens.

Un homme voit une femme en tenue légère boire de l’alcool et embrasser une autre personne dans un bar. En Norvège comme en France, cette scène est banale. Mais pour le migrant Abdu Osman Kelifa, seule les prostituées se comportent ainsi dans son pays, raconte-il à un journaliste du New York Times.

Cet homme a quitté l’Érythrée pour migrer au nord de l’Europe, en Norvège. Il a alors choisi de suivre un programme – controversé dans le pays – qui apprend aux hommes issus de cultures différentes et non occidentales les codes d’une société où les femmes ont le droit de s’habiller comme elles le souhaitent et de montrer des signes d’affection, le tout dans un lieu public.

Connaître la différence entre « le bien et le mal »

La plupart des pays européens ont renoncé à ces questions d’adaptation, souligne le New York Times. Par peur de stigmatiser les migrants comme violeurs potentiels et d’encourager les discours des politiques anti-immigration. Des activistes se sont alors emparés du sujet pour offrir des cours hebdomadaires, où les inscriptions sont libres et basées sur le volontariat. Une initiative soutenue financièrement par le gouvernement norvégien et organisée par la fondation Alternative to Violence.

L’objectif est simple : faire en sorte que les participants « sachent au moins la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal », explique l’une des organisatrices du programme suivi par Abdu Osman Kelifa. Les élèves de ce projet reçoivent même un manuel dans lequel on peut lire que « forcer quelqu’un à avoir un rapport sexuel n’est pas autorisé en Norvège, même si vous êtes marié à cette personne ».

« Les hommes sont faibles »

En évoquant la loi du pays, l’organisation peut ainsi contourner les questions liées à la religion. « Le plus grand danger pour tout le monde, c’est le silence », explique le psychologue Per Isdal. « Beaucoup de réfugiés viennent de cultures où il n’y a pas d’égalité hommes – femmes, et où les femmes sont les propriétés des hommes », ajoute-t-il. L’adaptation et la compréhension des comportements des Norvégiennes peuvent alors être compliquées pour ces nouveaux arrivants.

« Beaucoup de réfugiés viennent de cultures où il n’y a pas d’égalité hommes – femmes »

Abdu Osman Kelifa confirme au New York Times : « Les hommes sont faibles et quand ils voient quelqu’un leur sourire, c’est difficile de se contrôler. » En Norvège, les choses sont différentes et Abu Osman Kelifa l’a bien compris : « Les Norvégiennes peuvent exercer n’importe quel métier, de Premier ministre à conductrice de camion, et peuvent aussi s’amuser dans les bars ou dans la rue sans être ennuyées », ajoute-t-il. 

Cette initiative est inédite en Europe. La Bavière, région du sud-est de l’Allemagne, expérimente ce type d’enseignement mais dans un seul refuge dédié aux migrants adolescents. Au Danemark, les choses sont peut-être sur le point de bouger. Les hommes de loi du pays demandent en effet l’instauration de cours obligatoires d’éducation sexuelle et de langue à tous les réfugiés.

madame.lefigaro.fr, 22 décembre 2015

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Une réflexion sur “En Norvège, les migrants suivent des cours sur les femmes

  1. Vous êtes un peu sévère mais vous avez raison. La citation du manuel me parait plus correcte que les commentaires du psychologue et ceux… du Figaro.
    « Les femmes expliquées aux nuls, pourrait-on titrer ». J’ai considéré que un tel manuel serait vraiment nécessaire ! Tous les hommes sont nuls… parce qu’ils restent dans le déni sur le vécu féminin. C’est pas moi, c’est les autres et… est-ce bien vrai : le discours féministe qui part de constat mais s’énonce aussi comme plainte est peu accessible… tant qu’on est nul et qu’on reste dans le déni de cette plainte ou dénonciation. J’estime donc qu’un tel manuel doit faire aussi la déconstruction du masculin, des travers du vécu masculin. Car c’est là que doit se faire le changement pour que le discours féministe soit audible et convainquant. Mais c’est aux hommes à faire ce boulot. Tout en appuyant les revendications féministes.

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