Sexisme au festival de BD d’Angoulême : une sélection 100% masculine

Grand prix du sexisme. #womendobd

Discrimination évidente, négation totale de notre représentativité, machisme dans la bande-dessinée.

Sur la liste des nominés pour le Grand Prix d’Angoulême 2016, le couperet est tombé : 30 noms, 0 femme. Depuis 43 ans, Florence Cestac est la seule femme à avoir reçu cette distinction.

Ok donc maintenant ils font même plus semblant, pour la parité… Le sexe n’est certes pas un critère au génie mais quand même. Il n’y aurait donc aucune dessinatrice de talent… Ça gonfle les pectoraux, ça veut rester entre dominants, pas étonnant, pas surprenant, blasant oui.

Dessin de Pochep.

Dessin de Pochep.

Deux auteurs, Daniel Clowes et Riad Sattouf (L’Arabe du futur) ont refusé de figurer dans une liste de nominés qui ne compte aucune femme :

Riad Sattouf : «Cela m’a fait très plaisir ! Mais, il se trouve que cette liste ne comprend que des hommes. Cela me gêne, car il y a beaucoup de grandes artistes qui mériteraient d’y être. Je préfère donc céder ma place à par exemple, Rumiko Takashi, Julie Doucet, Anouk Ricard, Marjane Satrapi, Catherine Meurisse (je vais pas faire la liste de tous les gens que j’aime bien hein !)… Je demande ainsi à être retiré de cette liste, en espérant toutefois pouvoir la réintégrer le jour où elle sera plus paritaire !»

Daniel Clowes : « Je rejoins très volontiers le boycott et refuse que mon nom soit pris en considération pour ce qui s’avère être un “prix” vide de sens ».

Comme eux, Joann Sfar et Etienne Davodeau se retirent de la liste :

Etienne Davodeau : « J’ai appris hier que mon nom figurait dans la liste des auteurs éligibles au grand prix du festival d’Angoulême. J’en suis très honoré.
J’aime autant la bande dessinée que je déteste les clichés qu’elle traîne depuis des décennies.
Le fait que cette liste de trente auteurs ne comporte aucun nom féminin contribue à alimenter l’un des pires de ces clichés : celui qui voudrait que la bande dessinée soit par essence un art non-féminin.
Il se trouve que les femmes sont de plus en plus nombreuses à pratiquer – et à lire – la bande dessinée. Et, de mon point de vue, cette évolution figure parmi les meilleures choses qui nous soient arrivées ces dernières années.
Je regrette que les instances du festival n’aient pas tenu compte de ce fait incontournable.

C’est pourquoi je demande, moi aussi, que mon nom soit retiré de cette liste. » 

Réaction du Collectif  des créatrices de bande-dessinée contre le sexisme

Le festival de BD d’Angoulême zappe les femmes, Twitter prouve qu’il a tort

Soutien aux autrices

bd-contre-sexisme

Dessin de Julie Maroh. JULIE MAROH

Le Monde

Trente noms, et des « grands » noms de la bande dessinée mondiale : Frank Miller, Chris Ware, Alan Moore, Milo Manara, Stan Lee, Emmanuel Guibert, Quino, Jirô Taniguchi, Joann Sfar… Trente noms incontestables, mais uniquement d’hommes, aucun de femme.

L’annonce de la liste des auteurs éligibles au Grand Prix du prochain Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (28-31 janvier) a suscité un certain émoi dans le milieu du 9e art, ce mardi, au point qu’un collectif d’auteures a appelé au boycott du vote, censé désigner les trois finalistes de ce scrutin réservé aux professionnels du secteur. L’un des auteurs nominés, Riad Sattouf, a demandé que son nom soit retiré de cette liste.

« Nous nous élevons contre cette discrimination évidente, cette négation totale de notre représentativité dans un médium qui compte de plus en plus de femmes », a protesté sur son blog le Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme, qui rassemble environ 200 auteures, en appelant à ne pas participer au scrutin.

Deux fois lauréat du Fauve d’or du meilleur album (en 2010 pour le tome 3 de Pascal Brutal et en 2015 pour le premier volume de l’Arabe du futur), Riad Sattouf, lui, s’est exprimé sur son compte Facebook :

Sans titre

« Je rejoins très volontiers le boycott et refuse que mon nom soit pris en considération pour ce qui s’avère être un “prix” vide de sens » a déclaré Daniel Clowes.

« Il y a malheureusement peu de femmes dans l’histoire de la bande dessinée. C’est une réalité »

Une seule femme, la Franco-Iranienne Marjane Satrapi, figurait dans la liste de 26 noms communiquée en amont du festival d’Angoulême l’an dernier. Deux en faisaient partie – Marjane Satrapi déjà, et la Britannique Posy Simmonds – lors de l’édition 2014, qui correspondait alors au nouveau mode de désignation du Grand Prix : un suffrage à partir d’une sélection préétablie, et non plus un système de cooptation par les précédents lauréats. Depuis ce changement de formule, la liste des « nominés » est établie par la direction artistique du festival.

Joint par le Monde mardi soir, son délégué général, Franck Bondoux, s’est défendu de tout sexisme :

« Le concept du grand prix est de consacrer un auteur pour l’ensemble de son œuvre. Quand on regarde le palmarès, on constate que les artistes qui le composent témoignent d’une certaine maturité et d’un certain âge. Il y a malheureusement peu de femmes dans l’histoire de la bande dessinée. C’est une réalité. Si vous allez au Louvre, vous trouverez également assez peu d’artistes féminines. »

En 42 ans de festival, une seule femme a réussi à s’incruster dans le palmarès des grands prix : Florence Cestac, désignée par ses pairs en 2005. Claire Bretécher, qui fut longtemps la seule en France à porter le flambeau de la BD féminine, avait, elle, reçu un prix du « dixième anniversaire » en 1983 – le Grand Prix étant cette année-là décerné à Jean-Claude Forest.

Les femmes sont encore très minoritaires dans le métier aujourd’hui. D’après le dernier rapport de l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD), qui recense chaque année la production de la BD dans l’espace francophone, les créatrices représentent 12,4 % des professionnels.

L’argument avancé par le festival « est fallacieux, c’est le serpent qui se mord la queue, dénonce Joanna Schiffer, l’une des chevilles ouvrières du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme. Les femmes sont présentes depuis fort longtemps dans la bande dessinée. Le problème est qu’elles n’arrivent jamais au finish, on ne mise pas sur elles. La bande dessinée n’échappe pas à l’entre-soi qui règne dans les milieux artistiques et culturels, où les hommes s’élisent entre eux. 

Un dessin de Florence Cestac. Florence Cestac.

Un dessin de Florence Cestac. Florence Cestac.

« Il faut forcer les choses, comme en politique ou dans les milieux dominés par les hommes. S’il n’y a pas de représentativité, il n’y a pas d’exemple. Et sans modèle, il est impossible de se projeter pour une jeune auteure », estime de son côté Catel Muller, dite Catel, spécialiste de biographies d’avocates de la cause féminine (Edith Piaf, Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges…) et lauréate, l’an dernier, du « grand prix Angoumixte », une distinction non officielle remise en marge du festival d’Angoulême.

Ce soupçon de sexisme tombe d’autant plus mal que l’année écoulée a vu « la parution d’excellents albums signées par des femmes », comme le rappelle Chantal Montellier, la présidente de l’association Artemisisa, qui promeut la BD féminine à travers un prix annuel. Citons le Piano oriental (Casterman) de Zeina Abirached et California Dreamin’ (Gallimard) de Pénélope Bagieu que le Monde.fr a prépubliés cet été, mais aussi Glen Gould, une vie à contretemps (Dargaud) de Sandrine Revel ou Fatherland (Ici même) de Nina Bunjevac.

  • La liste des nominés pour le grand prix d’Angoulême : Brian M. Bendis (Etats-Unis), Christian Binet (France), Christophe Blain (France), François Bourgeon (France), Charles Burns (Etats-Unis), Pierre Christin (France), Daniel Clowes (Etats-Unis), Richard Corben (Etats-Unis), Cosey (Suisse), Etienne Davodeau (France), Nicolas de Crécy (France), Edika (France), Carlos Gimenez (Espagne), Emmanuel Guibert (France), Hermann (Belgique), Alejandro Jodorowsky (Chili), Stan Lee (Etats-Unis), Milo Manara (Italie), Taiyô Matsumoto (Japon), Lorenzo Mattotti (Italie), Frank Miller (Etats-Unis), Alan Moore (Grande-Bretagne), Quino (Argentine), Riad Sattouf (France), Joann Sfar (France), Bill Sienkiewicz (Etats-Unis), Jirô Taniguchi, Naoki Urasawa, Jean Van Hamme (Belgique), Chris Ware (Etats-Unis).
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