Canada : 22 sièges à combler par des femmes

Parce qu’on est en 2016 – Quand le Canada décide de taper fort. 

Un groupe de 80 signataires propose d’attribuer tous les sièges vacants à des femmes pour atteindre la parité.

Parce que dès qu’on évoque la parité féminine, on interroge de suite les compétences. Mais lorsqu’il s’agit d’une majorité d’hommes nommés à des postes, c’est normal et les compétences, on s’en moque :

Céline Hervieux-Payette : « La moutarde me monte au nez », dit-elle, quand elle entend que la priorité devrait plutôt être donnée à la compétence. On est 17,5 millions de femmes au Canada. Je ne peux pas croire qu’on n’en trouverait pas 22 qui sont compétentes. Je trouve ça insultant. Les gens reviennent tout le temps avec cette histoire de compétence. Quelqu’un a-t-il jamais posé des questions sur la compétence des hommes ? »

Signataire de la lettre, l’ancienne ministre libérale Sheila Copps (ici en 2012) estime que la présence des femmes est nécessaire. Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne

Signataire de la lettre, l’ancienne ministre libérale Sheila Copps (ici en 2012) estime que la présence des femmes est nécessaire. Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne

ledevoir.com

« Parce qu’on est en 2016 », quelque 80 femmes de renom demandent à Justin Trudeau de combler les 22 sièges vacants au Sénat non pas par des sénateurs, mais des sénatrices. Ce geste d’éclat permettrait d’instaurer à la Chambre haute la même parité que le premier ministre a imposée à son cabinet.

La demande a été formulée dans une lettre adressée à M. Trudeau un peu avant Noël par un groupe d’anciennes parlementaires, de journalistes ou encore de professeures dont fait partie la seule première ministre que le Canada a eue, Kim Campbell. Le groupe est piloté par Donna Dasko, la cofondatrice du groupe À voix égales, qui milite pour augmenter le nombre de femmes dans les instances démocratiques au pays.

« Pour réaliser la parité des sexes le plus rapidement possible, les 22 postes vacants devraient être pourvus par des femmes de divers milieux, y compris des femmes autochtones, des femmes issues de minorités linguistiques, de communautés raciales et ethniques et autres, est-il écrit dans la lettre. Il s’agit d’une occasion historique. »

À l’heure actuelle, le Sénat compte 52 hommes et 31 femmes. Si les 22 sièges déjà vacants devaient être comblés uniquement par des femmes, alors la parité parfaite de 50 % serait atteinte. Les signataires proposent que les futurs départs à la retraite (quatre en 2016 et huit en 2017) soient compensés par des parts égales d’hommes et de femmes.

« Il y aura assez de départs à la retraite pour à la fois atteindre la parité et continuer à nommer des hommes », souligne en entrevue Mme Dasko, question de diffuser les critiques éventuelles.

Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau a promis de combler les sièges vacants rapidement, dont cinq au cours des prochaines semaines. Un nouveau comité indépendant sera mis sur pied pour recommander des nominations non partisanes. Il a pour consigne de viser l’atteinte de « l’équilibre » entre les sexes, mais Mme Dasko trouve cette formulation trop molle. « Avec les changements envisagés par le premier ministre pour rendre le Sénat non partisan, il se pourrait que le Sénat gagne en importance », note-t-elle. La parité devient d’autant plus importante.

En entrevue avec Le Devoir, la sénatrice Céline Hervieux-Payette applaudit l’initiative. « Je suis tout à fait d’accord ! Il n’y a aucune raison qu’on ne fasse pas cela. » Selon elle, cette parité est nécessaire « parce que les femmes n’ont pas le même cheminement mental, n’ont pas la même vision du pouvoir, pas la même façon de travailler ». Elle-même pilote un projet de loi au Sénat pour obliger les grandes entreprises à nommer au moins 40 % de femmes sur leur conseil d’administration.

« La moutarde me monte au nez, dit-elle, quand elle entend que la priorité devrait plutôt être donnée à la compétence. On est 17,5 millions de femmes au Canada. Je ne peux pas croire qu’on n’en trouverait pas 22 qui sont compétentes. Je trouve ça insultant. Les gens reviennent tout le temps avec cette histoire de compétence. Quelqu’un a-t-il jamais posé des questions sur la compétence des hommes ? » Craint-elle que la nomination de femmes seulement soit mal perçue ? « Par qui ? réplique la sénatrice du tac au tac. Par les dinosaures ? Oui. »

Rétablir l’équilibre

L’ancienne ministre libérale Sheila Copps est l’une des signataires de la lettre, elle dont l’autobiographie intitulée Nobody’s Baby faisait écho au « quiet down, baby ! » que lui avait lancé au Parlement le ministre John Crosbie. Elle estime que la présence des femmes est nécessaire pour s’assurer que leurs préoccupations sont prises en compte. « Tous les sondages montrent que les questions qui touchent les femmes sont différentes. Les femmes sont plus touchées par les questions d’environnement et de santé, par exemple. »

Mme Copps estime que le Sénat a essuyé un recul en matière de présence féminine. « Avec Jean Chrétien, on a nommé plus de femmes pour arriver à l’égalité, et on l’avait presque atteinte, mais depuis que les conservateurs sont là, il n’y avait plus de cible. Il faut combler le déficit. » De fait, Jean Chrétien a nommé 75 sénateurs, dont 33 femmes, pour un ratio de 44 %. Sous Stephen Harper, ce taux a chuté à 32 % : seulement 18 des 57 sénateurs nommés étaient des femmes. En ce moment, 37 % des sénateurs sont des femmes.

Pour sa part, la sénatrice conservatrice Diane Bellemare n’est pas entièrement pour cette idée. « La parité au Sénat est un objectif souhaitable et qu’on doit viser, mais pour les 22 nominations, ça ne doit pas être la plus haute priorité », dit-elle. Considérant les récents événements ayant entaché le Sénat, « la plus haute priorité, dans le contexte où on cherche à redonner au Sénat son importance dans le processus parlementaire, devrait être de nommer des gens compétents, indépendants d’esprit et reconnus dans leur province. Alors tant mieux si ce sont des femmes, mais pas des femmes absolument. »

En outre, Mme Bellemare craint que la nomination exclusive de femmes ne se retourne contre celles-ci. « L’action positive, ou l’affirmative action, à moyen et long termes, n’est jamais bonne pour le groupe visé, car il subsiste toujours un doute à propos de la compétence de ces personnes. »

Pour l’instant, le gouvernement n’a donné aucune indication quant à son ouverture à la demande. « Nous partageons le souhait des signataires d’atteindre un équilibre entre les hommes et les femmes au sein du Sénat », a tout au plus indiqué le porte-parole de la ministre responsable de la Réforme démocratique, Maryam Monsef. Donna Dasko tente d’obtenir une rencontre avec Mme Monsef ainsi que le leader du gouvernement en Chambre, Dominic LeBlanc.

Céline Hervieux-Payette croit-elle Justin Trudeau ouvert à l’idée ? « J’ai envie de vous répondre : “On est en 2016 !” »

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