Arabie saoudite – Samar Badaouia brièvement arrêtée

Menacée d’être envoyer en prison si elle poursuivait ses activités, la militante Samar Badaoui a été arrêtée mardi 12 janvier à Jeddah avec sa fille de deux ans, puis incarcérée à la prison de Dhahran. 
Elle a été arrêtée sous l’accusation d’avoir publié une photo de l’intérieur de la prison de son ex-mari, Raef Badaoui, militant des droits de l’Homme qui purge une peine de 15 ans de prison et d’avoir animé son compte Twitter @WaleedAbulkhair.

Depuis sa première fugue à l’âge de 13 ans pour échapper à un père qui la battait, Samar Badaoui n’a cessé de se révolter contre toutes formes de pouvoir. D’abord militante féministe en lutte contre l’interdiction faite aux Saoudiennes de conduire une voiture, de faire du sport à l’école ou de voyager à l’étranger sans l’aval d’un parent masculin, elle s’est peu à peu transformée en une opposante plus directement politique, quand le pouvoir s’est acharné sur sa famille pour les faire taire.

Samar Badaoui fait l’objet d’une interdiction de quitter le royaume depuis décembre 2014.

Soumise à un questionnaire obligatoire, elle a finalement été remise en liberté sous caution ce mercredi.

Animateur du site Internet Liberal Saudi Network, Raif Badawi s’est vu décerner le 29 octobre 2015 le Prix Sakharov pour la liberté d’expression décerné par le Parlement européen. VINCENT KESSLER / REUTERS

Animateur du site Internet Liberal Saudi Network, Raif Badawi s’est vu décerner le 29 octobre 2015 le Prix Sakharov pour la liberté d’expression décerné par le Parlement européen. VINCENT KESSLER / REUTERS

Pour le premier anniversaire de son accession au pouvoir en Arabie saoudite, le roi Salman s’est offert un petit cadeau. Mardi 12 janvier, ses services de sécurité ont brièvement arrêté Samar Badawi, la dissidente la plus célèbre du royaume, sœur du blogueur emprisonné Raif Badawi. Samar Badaoui « a été libérée sous caution, puis soumise à un questionnaire obligatoire », selon l’ONG Human Rights Watch, qui a précisé que l’opposante se portait « bien » et qu’elle était désormais libre de ses mouvements.

Agée de 34 ans, cette native de Djedda, au caractère bien trempé, est une épine dans le pied des dirigeants saoudiens. Grâce à son vaste réseau de contacts parmi les journalistes et les ONG de défense des droits humains, Samar Badawi mène une campagne opiniâtre pour la libération non seulement de son frère, condamné à dix ans de prison et à mille coups de fouet, mais aussi de son mari, l’avocat Walid Abou Al-Kheir, un autre prisonnier de conscience, qui purge une peine de quinze ans d’emprisonnement.

Le pouvoir saoudien, en plein raidissement autoritaire, comme en témoigne la récente exécution de quarante-sept condamnés à mort, dont un opposant chiite, a visiblement voulu couper ce petit canal de contestation. Selon Ensaf Haïdar, l’épouse de Raif Badawi, en exil au Canada, Samar Badawi est accusée d’être l’animatrice du compte Twitter @WaleedAbulkhair, au nom de son mari, sur lequel sont postés des messages de solidarité avec ce militant des droits humains, ainsi que des maximes favorables à la libre-pensée. Contacté par Le Monde, le ministère de l’intérieur saoudien n’avait pas réagi, mercredi en fin de matinée.

http://twitter.com/miss9afi/status/686936446603804673/photo/1

« Campagne impitoyable de harcèlement »

Samar Badawi a été appréhendée avec sa fille de 2 ans, interrogée pendant quatre heures, puis incarcérée à la prison de Dhahran, sur la côte orientale du royaume. Cette arrestation constitue « un nouveau recul alarmant des droits humains en Arabie saoudite », s’est indigné Philip Luther, chargé du Moyen-Orient pour la branche américaine d’Amnesty International. « Elle démontre l’extrême détermination des autorités à mener leur campagne impitoyable de harcèlement et d’intimidation contre les défenseurs des droits humains pour les contraindre au silence. »

Depuis sa première fugue, à l’âge de 13 ans, pour échapper aux coups de son père, Samar Badawi n’a cessé de contester l’ordre établi. D’abord militante féministe, en lutte contre l’interdiction faite aux Saoudiennes de conduire une voiture, elle s’est peu à peu transformée en une opposante plus directement politique, quand le pouvoir s’est acharné sur sa famille. Il a fallu pour cela l’arrestation, en 2012, de Raif Badawi, poursuivi pour « insultes à l’islam », car son forum de débat en ligne hébergeait des commentaires critiques des religieux. Puis l’arrestation de Walid Abou Al-Kheir, en 2014, en raison de propos jugés eux aussi irrévérencieux à l’encontre du clergé wahhabite, l’autre pôle de pouvoir en Arabie saoudite à côté de la famille royale. Et enfin, la première séance de flagellation de Raif Badawi, en janvier 2015, qui causa une telle indignation à l’étranger, que Riyad jugea plus opportun de suspendre l’application de cette peine.

AFP PHOTO / FAMILY HO

Raif Badawi – AFP PHOTO / FAMILY HO

Pour obtenir leur libération, Samar Badawi fait feu de tout bois. Elle pétitionne, tweete, envoie des mails en batterie et voyage à l’étranger. A l’automne 2014, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, puis face à des membres du Congrès à Washington, elle brandit la cause de « Raif et Walid » et dresse sans trembler le procès de l’arbitraire saoudien. « L’Arabie saoudite a emprisonné toute ma famille », clame-t-elle, il y a un an, sur le site américain The Daily Beast.

« Réveiller mes compatriotes »

Des gouvernements occidentaux lui proposent l’asile, mais elle le refuse. « Mon pays et ma mission sont ici. Ce que je veux, c’est réveiller mes compatriotes », déclare-t-elle au Monde en juin 2015. L’effrontée de Djedda est alors la dernière figure libérale saoudienne à oser critiquer à voix haute la maison des Séoud. Tous les autres membres de ce micromilieu ont été emprisonnés ou bien forcés de disparaître des réseaux sociaux.

Mais très vite, le petit espace de liberté concédé à Samar Badawi se referme. Son passeport lui est confisqué. Le bureau de Mohamed Ben Nayef l’appelle et la somme de cesser son tapage. Les chancelleries occidentales, qui répugnent à heurter de front Riyad, n’osent plus la voir qu’en cachette. Les autorités l’ont menacée de l’envoyer en prison si elle poursuivait ses activités. A l’automne 2015, Samar Badawi cesse alors d’envoyer des emails. Elle ne répond presque plus aux sollicitations des journalistes.

Promu prince héritier à l’avènement de Salman, Mohamed Ben Nayef est très probablement derrière la brève arrestation de la mère de famille. Dans le nouveau style chamboule-tout du pouvoir saoudien, le superflic de Riyad a décidé de sévir, sans le moindre égard pour ses alliés occidentaux, déjà désarçonnés au début de l’année par l’exécution surprise du prédicateur chiite Nimr Al-Nimr. Une prise de risque limitée : comme dans le cas de ce prélat, les protestations de Paris, Londres ou Washington promettent d’être mesurées.

D’après Lemonde.fr

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s