Sexisme au travail : « Vous avez quelque chose sous votre blouse ? »

D’après l’étude* dévoilée par le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle en décembre dernier auprès de 9 grandes entreprises telles que France Télévisions, LVMH, La Poste, Radio France…, 8 femmes sur 10 seraient régulièrement confrontées à des attitudes sexistes : 

… « Vous les femmes… », « Ne fais pas ta blonde… », « ma cocotte » …

Outre ces « blagues » de potaches ou les comportements déplacés exprimés par les collègues ou les chefs, le sexisme se mesure également dans le fonctionnent des entreprises : 

  • Il est plus facile pour un homme de faire carrière (pour 9 femmes sur 10).
  • Plus d’1 femme sur 2 estime ne pas avoir été promue, augmentée ou embauchée en raison de son sexe.
  • Le montant du salaire reste encore aujourd’hui inférieur à celui des hommes.
  • 1/4 des femmes et 1/3 des hommes interrogés attendent un engagement de leur direction et « une éducation des managers » pour lutter contre les attitudes sexistes.

Autant dire, les femmes ont déjà renoncé… Car le sexisme ordinaire, récurrent, quotidien, diminue la confiance en soi selon 90% d’entre elles et plus précisément, elles sont 93% à penser que les allusions sexistes modifient leur comportement .

Des lectrices racontent ce qui nous arrive tous les jours.

infographie sexisme

TEMOIGNAGES – En 2016, le sexisme au travail est toujours une réalité. D’après les chiffres du secrétariat d’Etat au droit des femmes, 80% des femmes salariés considèrent que dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou décisions sexistes. Pas besoin d’aller chercher trop loin des témoignages. Des lectrices de metronews ont accepté de raconter ce qui leur était arrivé.

C’est parfois anodin. Un petit geste, une phrase déplacée. Peut-être, les auteurs ne s’en rendent pas compte. Pensent faire une bonne blague. On rigole. D’autres fois, la pression est mise volontairement. En tout cas, aujourd’hui encore, le sexisme au travail est bel et bien une réalité

D’après les chiffres du secrétariat d’Etat aux droits des femmes, 80% des femmes salariés considèrent que dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou décisions sexistes. Un chiffre fort, qui interpelle. Pour sensibiliser au problème, Pascale Boistard,  secrétaire d’Etat aux droits des femmes a récemment organisé un colloque sur le sujet. Des lectrices de metronews témoignent. Chacune a son histoire, son parcours, et sa manière de réagir. Mais les comportements qu’elles racontent, à chaque fois, interpellent.

Guylaine, employée dans un entrepôt qui stock du parfum : « Tu ne vas pas te faire engrosser ? »

« Avant d’arriver dans l’entreprise, j’avais passé un coup de téléphone et on m’a répondu : ‘Désolé, la structure n’est pas adaptée aux femmes…’ Quelque temps plus tard, la société d’intérim dans laquelle je suis inscrite m’appelle, et m’invite à un entretien… dans cette fameuse entreprise. Je m’y suis rendue et même si on m’a fait comprendre que les femmes n’avaient pas trop leur place dans la société, on m’a malgré tout donné ma chance.

J’ai été longtemps la seule fille, hormis une secrétaire. Après 6 mois d’intérim, mon responsable vient me voir et me demande : « Un CDI, ça t’intéresse ? » Moi, toute contente qu’on me le propose, je dis oui. Et là, il me balance : « Par contre tu ne vas pas te faire engrosser ? » J’avais besoin d’un CDI, et j’ai quand même dit « OK ». Mais cette phrase reste gravée à jamais dans ma mémoire. Voilà bientôt 8 ans que je suis dans cette société, j’y suis j’ai réussi à me faire une petite place. Petite, car l’évolution de carrière, il ne faut pas compter dessus. »

Françoise, employée : « Epuisée, j’ai donné ma démission »

« A l’époque, j’étais au RMI. J’ai retrouvé du travail et mon patron, fier de me l’avoir donné, m’a harcelée régulièrement jusqu’à ce que, épuisée, je donne ma démission, après un arrêt de maladie pour épuisement psychologique et physique. Une expérience traumatisante. Et un dégoût profond ! »

Wiebke : « C’est dommage, j’aurais bien croqué un bout »

« J’ai longtemps été ‘soupçonnée’ (car bien sûr c’est un crime) d’être une ‘gouine’. Parce j’avais les cheveux courts, je n’étais pas mariée, je n’avais pas d’enfants, je ne cachais pas ma passion pour la randonnée et j’étais hyper-pudique sur ma vie privée.

‘C’est dommage, j’aurais bien croqué un bout’, me suis-je entendue dire une fois par mon chef (en présence de mes collègues à majorité masculine). Ils se sont même amusés à me draguer, celui qui décrochait ne serait-ce qu’un café privé aurait eu droit à une bouteille de vin. Elle est toujours au fond d’un placard. Et j’ai quitté l’entreprise. »

Martine, en milieu hospitalier : « Vous avez quelque chose sous votre blouse ? »

« Dans le milieu hospitalier, les femmes en blouses blanches on est parfois considérées comme des sa… On se prend régulièrement des allusions, du style : ‘Vous avez quelque chose sous votre blouse ? Vous me feriez des soins intimes à domicile ?’. Et encore, je vous cite le moins grossier. »

Julie, cadre : « Pas une semaine sans au moins une allusion sexiste »

« J’aimerais une semaine sans au moins une allusion sexiste. Des anecdotes j’en ai plein les tiroirs : pendant des conférences téléphoniques matinales, à très large majorité masculine : ‘Julie est là : juste sur mes genoux !’, ‘Julie est encore dans son lit juste à côté de moi !’ C’est sans parler des réflexions sur le physique à propos des fringues qu’on porte, des propositions sexuelles du N+2 encouragées par le N+1 qui se dit qu’en prostituant sa collègue il peut gratter une promotion.

Peu importe qu’on change de job, il y a toujours ce sexisme sur les femmes. Mes expériences suivantes l’ont prouvé…

Sylvie, comptable : « Le café, il est pas fait ? »

« Je suis la seule femme dans une société de neuf salariés… Franchement, le sexisme je le rencontre tous les jours. Ce sont des remarques comme : « Ben le café, il est pas fait ? » Moi je réponds systématiquement : ‘Allô, je suis la comptable. Alors si tu veux du café, tu te le fais toi-même !’ Ou encore : ‘Rhoo, la salle cafèt’ est dégueulasse !’ Du coup, c’est moi qui me mets à faire des remarques sexistes, en répondant : « Et bien oui messieurs, quand on ne la maîtrise pas, on en fout partout… je parle de la tasse de café, bien sûr ! » En fait, je prends très souvent à la rigolade, mais quelques fois c’est quand même bien lourd.« 

Jessie : « Mon supérieur tire mon chemisier pour zieuter ma poitrine « 

« Je prends l’ascenseur avec mon supérieur qui tire mon chemisier pour zieuter ma poitrine. Je lui ai répondu directement : « Hey dis donc, je ne suis pas ta pute ! ». Ça l’a calmé. Enfin… vous me direz je suis partie deux mois après. »

Katia : « Pas d’augmentation à la suite de mon congé maternité »

« J’ai déjà eu la remarque que je ne serai pas augmentée… étant donné que je n’avais pas effectué l’année entière à cause de mon congé maternité ! »

Sexisme : des répercussions « graves » sur le bien-être et la confiance en soi :

Lors du colloque « Sexisme : entre déni et prise de conscience », qui a eu lieu jeudi dernier, la secrétaire d’Etat Pascale Boistard a tenu à rappeler « l’ampleur du sujet » à travers les chiffres sur la prévalence des attitudes et comportements sexistes au travail. Ainsi, 80% des femmes salariées considèrent que, dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes; 42 % des femmes affirment avoir entendu des compliments sur leur tenue ou leur physique qui les mettent mal à l’aise et 80% disent avoir été témoins de blagues sur les femmes et, pour la moitié d’entre elles, en avoir été la cible.

Le sexisme a aussi des répercussions « graves » sur le bien-être des femmes au travail, sur leur carrière professionnelle, « en premier lieu parce qu’il affecte la confiance en soi », a rappelé Pascale Boistard. Ainsi, 90% des femmes interrogées considèrent qu’il est plus facile de faire carrière pour un homme que pour une femme; près de 40% des femmes en situation de management ont le sentiment qu’on a à leur égard des attentes de comportements managériaux spécifiques.

* Etude a été réalisée à partir de deux enquêtes : une consulation sur internet mi-septembre auprès d’un échantillon de 1000 cadres (39% de femmes et 61% d’hommes) travaillant dans des entreprises de plus de 250 salariés et une consultation en ligne auprès de 9 entreprises françaises (LVMH, Orange, SNCF, Air France, Radio France, France Télévisions, RATP, GDF Suez et La Poste).
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