La commune aux rues (presque) 100 % féminines

Selon une enquête réalisée par l’ONG Soroptimist en janvier 2014, sur 63.500 rues de 111 communes françaises, seules 2% portent le nom d’une femme.

Depuis quelques années déjà, une commune d’Indre et Loire (La Ville-aux-Dames ^^) a osé la féminisation de ses noms de rues. Et personne ne semble traumatisé !

Inscrire la parité femme-homme au cœur de l’espace public en féminisant les noms de rues, c’est aussi ça l’égalité. 

#modèles #identification #EspacePublic

Sur la façade du gymnase municipal, une artiste de la commune a réalisé des fresques avec neuf femmes célèbres, qui ont, évidemment, une plaque à leur nom dans les rues de La Ville-aux-Dames. (Photo : Hélène Bielak)

Sur la façade du gymnase municipal, une artiste de la commune a réalisé des fresques avec neuf femmes célèbres, qui ont, évidemment, une plaque à leur nom dans les rues de La Ville-aux-Dames. (Photo : Hélène Bielak)

À La Ville-aux-Dames, une commune de 5 300 âmes de l’agglomération de Tours, une écrasante majorité des rues porte un nom de femme célèbre. Un cas unique en France. Visite guidée.

Sous un soleil hivernal, des ados jouent au basket place Françoise Dolto. En face, des mamies se font chouchouter au salon de coiffure, rue Agnès Sorel. À quelques pas de là, une maman promène ses enfants devant l’école maternelle Colette. À La Ville-aux-Dames, les femmes célèbres sont partout : plaques de rues, noms des bâtiments publics, arrêts de bus, etc. Un cas unique en France, qui fait la fierté du maire, installé dans son bureau, rue Jeanne d’Arc.

Cette originalité remonte au 13 mars 1974. Ce jour-là, c’est conseil municipal. Plusieurs lieux-dits doivent être intégrés sur le territoire de la commune. De nouvelles voies doivent donc être créées. Sur proposition de Lionel Delaunay, le maire de l’époque, il est alors décidé de leur donner des noms de femmes célèbres… et de faire de même avec tous les autres noms de rues.

La commune compte deux écoles : la maternelle Colette et l’élémentaire Marie Curie. Cette dernière est d’ailleurs la femme qu’on retrouve le plus dans les rues françaises, avec 1 065 voies à son nom. (Photo : Hélène Bielak)

La commune compte deux écoles : la maternelle Colette et l’élémentaire Marie Curie. Cette dernière est d’ailleurs la femme qu’on retrouve le plus dans les rues françaises, avec 1 065 voies à son nom. (Photo : Hélène Bielak)

Un mystère

Lionel Delaunay était-il un féministe ? Voulait-il faire un clin d’œil au nom de la commune, La Ville-aux-Dames, qui fait référence à une ancienne abbaye ? Bizarrement, personne ne sait vraiment. Pas même le maire actuel, ni son prédécesseur qui a passé vingt ans aux manettes de la commune.

La mémoire s’est peut-être perdue, mais les plaques sont restées. Depuis 1974, les premiers édiles ont suivi la tradition. « On essaye de faire des quartiers thématiques, explique Alain Bénard, 61 ans, maire sans étiquette élu depuis 2006. Par exemple, on a rassemblé les comédiennes comme Pauline Carton, Grace Kelly ou Romy Schneider. »

Ne vous fiez pas aux apparences : l’impasse de La Dame en Noir fait référence à un abbé de la commune engagé dans la Résistance. (Photo : Hélène Bielak)

Ne vous fiez pas aux apparences : l’impasse de La Dame en Noir fait référence à un abbé de la commune engagé dans la Résistance. (Photo : Hélène Bielak)

Parmi les 110 rues de la commune, seules quatre échappent à la règle, dont l’impasse de La Dame en Noir : « C’était le nom de code d’un abbé qui a été résistant », sourit Alain Bénard.

Les habitants – baptisés les Gynépolitains – s’amusent aussi de cette « bizarrerie » : « Je trouve ça bien de mettre en avant les femmes. Mais, il y en a plein que je ne connais pas », confie Émilie, 34 ans, une restauratrice.

« C’est justement ce qui me plaît, rebondit Alain Bénard. J’aime que les gens soient amenés à se demander : mais c’est qui, cette dame ? » Comme par exemple pour la rue Lucie Coutaz. « C’est la cofondatrice d’Emmaüs, précise le maire. Vous remarquerez que l’association est toujours associée à l’Abbé Pierre et jamais à Lucie Coutaz… »

Machisme des plaques

Éviter que les femmes qui ont marqué leur temps tombent dans l’oubli, c’est justement l’objet de la campagne FémiCité, lancée par le collectif Osez le Féminisme en 2015. « Si le travail des femmes n’est pas reconnu dans l’histoire, il n’y a pas de modèles féminins à suivre et cela favorise « l’invisibilisation » des femmes dans l’espace public », dénonce Raphaëlle Remy-Leleu, militante du collectif.

Selon le Service national de l’adresse de La Poste, sur les 200 libellés de voies les plus représentés en France, un seul fait référence à une femme (George Sand). (Photo : Hélène Bielak)

Selon le Service national de l’adresse de La Poste, sur les 200 libellés de voies les plus représentés en France, un seul fait référence à une femme (George Sand). (Photo : Hélène Bielak)

D’après une étude de l’ONG Soroptimist de 2014, seulement 2 % des rues françaises portent des noms féminins (*). Selon le toponymiste Jean-Claude Bouvier, le rapport est plutôt « d’un nom de femme pour dix noms d’hommes ». Un machisme des plaques qui reflète celui de la vie réelle. Un exemple flagrant : Pierre et Marie Curie. « Ils ont reçu un prix Nobel ensemble et Marie Curie en a reçu un deuxième, à son nom. Donc elle est plus titrée. Pourtant, en France, il y a moins de rues Marie Curie que de rues Pierre Curie ou avec les deux noms ! » constate Jean-Claude Bouvier.

À La Ville-aux-Dames, le maire est bien déterminé à poursuivre la tradition de la commune. Alors qu’un nouveau lotissement est en construction, le nom de l’axe principal a déjà été annoncé : ce sera Simone Veil.

* Étude menée dans 63 500 rues dans 111 communes françaises.

Dans les 110 rues de La Ville-aux-Dames, les femmes célèbres sont partout. Un cas isolé, parmi les 2 231 768 rues françaises… (Photo : Hélène Bielak)

Dans les 110 rues de La Ville-aux-Dames, les femmes célèbres sont partout. Un cas isolé, parmi les 2 231 768 rues françaises… (Photo : Hélène Bielak)

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ouest-france.fr

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