Détecteur de sexisme au cinéma : Silence, on change de rôle !

Sexisme et discrimination dans l’industrie du cinéma.

« We Do it Together »

Éternels seconds rôles, faire-valoir des acteurs, stéréotypes perpétuels à l’écran, salaires inférieurs…, des réalisatrices et actrices d’Hollywood ont lancé leur propre société de production pour s’opposer au sexisme systémique dont elles sont victimes.

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Juliette Binoche, Jessica Chastain, Queen Latifah et l’Indienne Freida Pinto lancent une société de production féministe

Pour répondre à un sexisme prégnant à Hollywood, Jessica Chastain, Juliette Binoche, Queen Latifah et Freida Pinto lancent une société de production destinée à financer et promouvoir des films qui changent l’image des femmes sur grand écran.

Elles ne veulent plus des rôles clichés, dénudés et sexistes que l’industrie d’Hollywood propose majoritairement aux comédiennes. Pour révolutionner l’image des femmes sur grand écran, une poignée d’actrices se sont unies derrière un mantra « We Do it Together » (WDIT, on le fait ensemble, en français), nom qu’elles ont donné à leur toute nouvelle société de production spécifiquement féminine, annonce le site Deadline. Parmi elles, les réputées Queen Latifah, Juliette Binoche, Freida Pinto ou encore Jessica Chastain. Le but : promouvoir des productions cinématographiques et télévisuelles qui favorisent une autre vision de la femme. Mais qui seront aussi réalisées par des femmes, encore peu nombreuses derrière la caméra (15%). D’ailleurs, la réalisatrice de Twilight, Catherine Hardwicke a intégré sans tarder les rangs de la nouvelle entreprise, suivie par l’actrice Zhang Ziyi.

Jessica Chastain, nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice en 2013 pour son rôle dans Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, avait déjà souligné la faible teneur de la plupart des rôles féminins à Hollywood. « Je pense qu’il y a un gros problème dans le cinéma américain, où les histoires sur des femmes ne sont pas aussi nourries que les histoires sur des hommes », expliquait-elle sur le site Vulture en 2014. 

La société de production s’apprête à récolter des fonds auprès des instances politiques, de sponsors ainsi que de donateurs particuliers. L’organisation se définit à but non lucratif : les bénéfices seront entièrement réinvestis dans la société afin de gagner son indépendance. Le projet de premier film de WDIT devrait être révélé lors du prochain Festival de Cannes.

Pour donner raison à nos créatrices, les chiffres parlent d’eux-mêmes. En février 2016, une étude de l’université de Caroline du Sud dévoilait que sur les 11.300 rôles étudiés dans 414 films et séries américaines, seul un tiers des personnages sont des femmes, qui sont six fois plus dénudées à l’écran que leurs collègues masculins.

madamefigaro.fr

Adèle Haenel dans "Les Combattants

Adèle Haenel dans « Les Combattants

En France, c’est au tour de Adèle Haenel, Virginie Efira et Catherine Corsini de dénoncer le sexisme au cinéma :

Témoignage de Virginie Efira:

« En général, dès qu’un film est produit avec l’objectif de ratisser le plus large possible commercialement, il se soumet au système et ne l’interroge plus, que ce soit aux États Unis, en France ou partout ailleurs. Ce n’est pas de l’art, mais du marketing : on assiste alors à un déferlement de clichés nocifs.

Malgré tout, nous avons la chance, en France, d’avoir une politique de protection des auteurs qui permet l’émergence de films à la pensée libre, et de réalisateurs et réalisatrices dont le regard sur les femmes sont totalement débarrassés des stéréotypes qui confortent le sexisme. La possibilité de résister, de proposer autre chose, existe. Puisque j’ai la chance, en ce moment, de pouvoir choisir mes rôles, j’exprime, par ces choix, une pensée dont je suis responsable. Il y a donc totalement la possibilité d’être féministe et actrice.

J’ai pris conscience sur ce sujet quand j’ai débuté. J’avais tourné une comédie où mon personnage devait, à un moment, se réjouir du fait que son amoureux ne la touche pas. Pour elle, c’était sensé signifier qu’il la respectait. Cela m’avait profondément choquée : si l’abstinence était une marque de respect, l’acte sexuel était-il, alors, un manque de respect ? La sexualité était envisagée comme une décision masculine, et les femmes en étaient les victimes consentantes ! J’ai décidé que je refuserai tout scénario où le discours sur la femme me semblerait laid ou réducteur. Attention : une œuvre de création ne doit pas être censurée par la “bien pensance” : certains films peuvent paraître machistes, parce que la femme y est fortement érotisée, ou machiavélique, or non.

Inversement, on m’a déjà proposé des films “de filles” (je ne sais pas bien ce que ça veut dire !) qui se prétendent féministes et qui ne font qu’enfermer la femme dans ces mêmes clichés réducteurs. Lorsqu’on m’a proposé 20 ans d’écart, une histoire d’amour entre une femme plus âgée et un jeune garçon, je n’avais que 35 ans. Le film me paraissait juste et courageux dans sa représentation de la femme et des carcans dans lesquels on peut l’enfermer (ou dans lesquels elle peut s’enfermer elle-même). Mais je trouvais que choisir une actrice un peu jeune pour le rôle manquait d’audace. Le réalisateur m’a avoué avoir proposé le rôle à des actrices plus âgées qui l’avaient refusé : elles étaient mal à l’aise avec le fait que leur âge soit mis en évidence de cette façon. Au risque d’entraver l’image qu’on avait d’elles.

Il y a donc bien l’idée tenace que le désir suscité par une actrice a une date de péremption !  Que ce soit au cinéma ou dans la vie, moi, je pense que c’est aux femmes de porter un autre regard sur elles-mêmes et ne pas se soumettre à ces diktats.

Sur le plan des salaires, je ne gagne pas la même chose dans un film d’auteur que dans une production importante, et c’est bien normal. Mais, en ce qui me concerne, je suis payée, dans un gros budget, comme mon partenaire si on estime ma valeur commerciale équivalente à la sienne. Ce n’est pas le talent qui vous donne votre côte, c’est la possibilité de monter financièrement un film sur votre nom. Évidemment, les acteurs et actrices ne sont que la partie visible de l’iceberg. Il y a peu de productrices, de réalisatrices à la tête de gros budgets et de femmes à la tête de studios. Combien y a-t-il de Sidonie Dumas ?

On ne se débarrasse pas de milliers d’années d’héritage judéo-chrétien en un clin d’œil. Le progrès est en marche mais il est d’une incroyable lenteur ! »

lesinrocks.com

Les meilleurs films sur le féminisme

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