L’avocate de Cathy Thomas va déposer plainte contre l’Etat pour inaction

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En 2014, Cathy Thomas a perdu sa sœur et ses parents tués par son ex beau-frère violent. Elle se bat aujourd’hui à travers une pétition pour faire reconnaître les manquements de la police qui n’a pas sanctionné la transgression du contrôle judiciaire du futur assassin.

Qui nous protège de la police ?

Tentative d’étranglement, mesure d’éloignement transgressée, harcèlement.. Tout avait été transmis à la police. N’est-ce pas suffisant ? Si les forces de l’ordre et la justice étaient intervenues, cet homme aurait été en prison au lieu de traîner sur le parking où il a tué 3 personnes.

Si la police ne réagit pas, pourquoi porter plainte, avec toute la difficulté que ça implique pour les victimes ? On peut toujours poursuivre pour « non assistance à personne en danger »..  à condition d’aboutir. 

C’est ce que compte faire l’avocate de Cathy Thomas en déposant plainte contre l’Etat français.

Ce triple assassinat explique pourquoi l’affaire Sauvage est emblématique de la situation des féminicides conjugaux, du fait de laisser des années les femmes battues sans protection et leurs bourreaux en liberté.

Soutenons Cathy Thomas, seule rescapée d’un féminicide familial, en signant et en partageant sa pétition

Violences conjugales : l’Etat peut-être tenu responsable et condamné pour inaction

Cathy Thomas (au centre) a perdu ses parents (présents sur la photo) et sa soeur, tous tués par l'ancien compagnon violent de celle-ci. Photo Metronews.

Cathy Thomas (au centre) a perdu ses parents (présents sur la photo) et sa soeur, tous tués par l’ancien compagnon violent de celle-ci. Photo Metronews.

« Dépêchez-vous ! Il est armé, il va nous tuer ! Il pointe maman, il va tuer maman ! »

La bande son de l’appel aux policiers, récupérée par La Voix du Nord, dure quatre interminables minutes. Et soudain : Boum. Boum. Boum. Plusieurs détonations résonnent.

Ce 4 août 2014, sur un parking de Grande-Synthe (Nord Pas-de-Calais Picardie), Patrick Lemoine vient d’abattre froidement Marguerite et Roland Thomas, respectivement âgés de 68 et 72 ans. Avant de vider son chargeur sur leur fille, Isabelle, dont il vient de se séparer. Mis en examen pour triple assassinat, l’homme se suicide dans sa cellule de prison, quelques mois après le drame.

Et depuis ? Depuis, c’est le néant. De cette famille décimée il ne reste plus que Cathy Thomas. Sœur d’Isabelle, désormais orpheline, elle se sent aujourd’hui abandonnée de tous. Car avec la mort du bourreau d’Isabelle s’est éteint tout espoir d’un procès.

Pire : l’assassinat des parents, au même moment, est finalement requalifié en meurtre simple. Alors, au début de l’année 2016, elle décide de lancer un appel désespéré : une pétition, hébergée sur la plateforme change.org, visant à dénoncer les « carences accablantes de la police et du système judiciaire » dans l’affaire qui a coûté la vie à sa famille.

Contactée par metronews, Cathy Thomas, encore très marquée par le drame, confie :

« J’ai encore du mal à réaliser ce qui est arrivé. Mais j’ai plein de questions en tête. Je me demande comment on peut laisser trois personnes se faire assassiner en public, en pleine journée, sans que la police intervienne. Je me demande surtout pourquoi la justice n’a pas proposé une mise à l’abri à ma sœur, battue et traquée depuis longtemps par ce fou. Il avait bien dit qu’il allait la tuer… et il l’a assassinée comme un animal à la chasse. »

« On lui a laissé sa proie »

Cathy en est certaine : cette tuerie aurait pu être évitée. En juin 2014, une dispute éclate dans le couple. Patrick étrangle Isabelle, qui en réchappe de peu et prévient la police. Une plainte est déposée pour tentative d’homicide, très vite requalifiée en violences par conjoint. Patrick Lemoine est alors placé sous contrôle judiciaire, en attendant son procès, prévu pour le 14 août. Une mesure qui lui interdit formellement d’entrer en contact avec la victime… mais qu’il transgresse allègrement.

Pour Isabelle Steyer, avocate de Cathy Thomas, c’est précisément à ce niveau de la procédure que les manquements les plus graves se font jour. Interrogée par metronews, elle détaille :

« Isabelle s’est rendue à quatre reprises dans plusieurs commissariats pour indiquer que son ex-compagnon, sous contrôle judiciaire, la pourchassait. Elle avait des preuves de harcèlement par SMS. Mais personne n’a rien fait. Je ne pense même pas que le juge des libertés et de la détention, qui aurait alors été en mesure d’enfermer provisoirement cet homme, ait été prévenu. On lui a laissé sa proie et son sentiment de toute-puissance. »

Et l’avocate de poursuivre, catégorique :

« La sœur de ma cliente était professeure, elle avait demandé une mutation en urgence. Si Patrick Lemoine avait été mis derrière les barreaux, elle aurait pu en profiter pour quitter la ville. Elle aurait été sauvée. »

Une plainte contre l’Etat français

C’est pour cette raison, pour ces appels au secours dont elle estime qu’ils n’ont jamais été entendus, qu’Isabelle Steyer compte engager la responsabilité de l’Etat. Elle devrait donc déposer une plainte contre l’Etat français auprès du tribunal administratif de Dunkerque, dans le courant du mois d’avril. « J’irai jusqu’à la cour européenne des droits de l’Homme, s’il le faut », précise-t-elle. A la CEDH, justement, une jurisprudence en la matière existe. En février dernier, elle a condamné la Turquie après avoir été saisie par deux sœurs qui ont perdu leur mère sous les coups d’un mari violenten dépit de mesures de protections qui se sont avérées inefficaces.

Pour Cathy, qui oscille entre colère et incompréhension, le combat est encore plus vaste.

« Quand votre famille a été tuée, elle ne vous appartient plus. Ce qui me donne la rage, pour toujours, c’est de faire en sorte que ça ne se reproduise jamais, pour personne d’autre. Je ne lâcherai pas. »

Pour l’heure, sa pétition cumule à peine plus de 1300 soutiens.

Contrôle judiciaire et violences conjugales : le grand aveuglement ?

Le contrôle judiciaire est une mesure qui permet de soumettre une personne à une ou plusieurs obligations jusqu’à sa comparution devant un tribunal. Dans le cas des maris violents, il s’agit bien souvent d’une interdiction d’approcher la victime. Si ce contrôle judiciaire n’est pas respecté, le juge des libertés et de la détention peut décider de placer le suspect en détention provisoire. Mais encore faut-il qu’il soit prévenu d’un tel manquement. « Dans 9 cas sur 10, les policiers ne donnent pas suite à une transgression de contrôle judiciaire, surtout dans un dossier de violences conjugales », explique à metronews Martine Moscovici, avocate au barreau de Paris spécialisée en victimologie. « Si le suspect a peur de la sanction pénale, c’est gagné. Mais s’il n’a pas peur, la victime peut mourir. »

metronews.fr

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