Comment la loi El Khomri va pénaliser davantage les femmes

Ce que les femmes vivent dans la sphère domestique ne peut être dissocié de ce qu’elles vivent au travail. Parce que la vie des femmes qui travaillent est encombré de questions du genre : « est-ce qu’il y a bien quelqu’un qui va aller chercher le gamin à la sortir de l’école ? Qu’allons-nous manger ce soir ou ai-je pris un rendez-vous chez le dentiste ? » Car c’est toujours aux femmes de concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle. Autrement dit, lorsqu’un couple a des enfants, ce sont les femmes qui interrompent le plus souvent leur carrière. On ne leur laisse pas vraiment le choix car encore en 2016, ce sont les hommes qui choisissent, ce sont les hommes qui décident, ce sont les hommes qui ont le plus de responsabilités… et le plus beau rôle.

Une majorité de domaines professionnels sont principalement occupés par des hommes et les femmes sont confrontées au sous-emploi. Les femmes subissent toujours des discriminations à l’embauche quelque soit leur niveau d’études. Lorsqu’elles y parviennent, leurs compétences sont sous-évaluées et sous-payées.

Rappelons aussi qu’en 2016, les femmes représentent 70 % des travailleurs pauvres, 80 % des emplois à temps partiel (et donc des salaires partiels) et qu’une femme sur 3 (contre 1 homme sur 6) touche une retraite inférieure à 700 euros. Face à ce constat, la disparition l’été dernier du « rapport de situation comparée » dans l’article 13 de la loi Rebsamen, a jeté aux oubliettes l’égalité professionnelle femmes-hommes dans l’entreprise. Le message de l’ex-ministre du Travail était clair : les inégalités, c’est trop compliqué (et trop cher pour le patronat !). La loi est tranquillement passée sans qu’on ne s’y attarde.

Je n’ai en effet souvenir d’aucune mobilisation contre la loi Rebsamen (un seul article paru dans la presse !) comparé à l’actuelle mobilisation contre la loi El-Khomri… insufflée d’autant plus par une femme. Simplement parce que la loi El-Khomri ne cible pas seulement les femmes et que les revendications qui impliquent des hommes prédominent sur tout le reste. J’aurais pourtant aimé voir autant de solidarité et d’investissement entre les hommes et les femmes contre la loi Rebsamen. Mais cela n’aura pas eu lieu. Pas plus qu’une femme ne s’en empare avec la même ardeur.. triste constat.

Les inégalités professionnelles sont pourtant l’expression de la domination masculine. Elles constituent une violence économique qui rend les femmes plus dépendantes et plus vulnérables. Aujourd’hui, les premières victimes de la loi Rebsamen, dite « de simplification du dialogue social » sont les femmes et d’autant plus, les femmes précaires. Alors pourquoi avons-nous laissé faire ? Avons-nous toujours besoin que des hommes soient impliqués pour qu’une mobilisation en vaille le coup ? Avons-nous toujours besoin de nous mobiliser pour les hommes ? Quand saurons-nous exister pour nous mêmes et faire valoir nos droits lorsqu’ils ne concernent que nous ? 

La casse du code du travail doit certes, nous inquiéter et nous mobiliser touTEs, même si ce bon vieux code du travail conserve les inégalités entre les femmes et les hommes (de salaires et professionnelles) puisqu’il répond sans distinction de sexe à tous/toutes les salariéEs. Donc forcément, en entretenant nos désavantages. Mais la loi El-Khomri amplifiera encore plus les inégalités entre les femmes et les hommes. Dans touts les cas, nous sommes perdantes, mais toujours aussi conciliantes..

A l’avenir, arrêtons de parler chômage et travail d’une seule voix entre les femmes et les hommes. En globalisant les chiffres du chômage et de l’emploi, on fausse la réalité. Tant que nous n’aurons pas atteint l’égalité réelle dans l’emploi, nous aurons toujours plus à revendiquer. Il est donc urgent de s’imposer quand nos droits sont bafoués, sans attendre de suivre le mouvement.

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Contre la réforme du code du travail (via la page Facebook)

Comment la loi El Khomri va pénaliser les femmes

Voilà un avis rendu le 11 mars, en toute discrétion, par le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle (CSEP, rattaché au ministère des Droits des femmes) qui risque de faire jaser. A la demande du gouvernement, plusieurs personnalités qualifiées, mais aussi les organisations syndicales, patronales et les associations familiales ont été chargées de passer le projet de loi Travail au crible de l’égalité hommes-femmes.

Le verdict est salé : « Un déséquilibre apparaît dans ce texte en défaveur des salarié(e)s et singulièrement des femmes », lit-on en conclusion de ces 23 pages dont nous nous sommes procuré une copie.

Deux lignes plus loin, ils enfoncent le clou : « Même si ces mesures ne visent pas explicitement une dégradation de la situation des femmes, elles auront un impact négatif sur elles. Il s’agit bien d’un risque de discrimination indirecte. » Au total, quatre syndicats ont rendu un avis négatif (CFDT, CGT, FO et CFE-CGC). La CFTC et la CGPME émettent des réserves importantes. Quant au Medef, qui soutient totalement le texte, il a refusé de se prononcer sur l’impact du projet de loi en termes d’égalité hommes-femmes, comme l’UPA (Union professionnelle artisanale).

La négociation en entreprise va nuire aux salarié(e)s

Certes, le préambule de l’avant-projet de loi rappelle bien que « l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes doit être respectée dans l’entreprise », relève le Conseil. Voilà pour la théorie, mais tout au long des 150 pages « à aucun moment la prise en compte » du problème « n’apparaît dans le texte », critique dans cet avis l’économiste Rachel Silvera, spécialiste des inégalités salariales. Certains articles du futur Code du travail sont même « moins-disant » par rapport aux règles européennes. Comme l’article 31 qui prévoit que « l’employeur assure l’égalité de rémunération entre les salariés pour un même travail », et non pas « l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes », pointe ainsi le Conseil.

Et d’affirmer plus loin : « Cela signe une méconnaissance notoire de la construction des inégalités. » Même chose pour la primauté des accords d’entreprise sur les accords de branche ou la loi. Pièce maîtresse du projet de la loi El Khomri, ce principe est selon l’avis du CSEP nuisible aux avancées de l’égalité professionnelle. Car « les femmes sont plus nombreuses dans les secteurs les moins couverts syndicalement », comme le commerce, l’aide à domicile ou encore dans les PME de moins de 50 salariés où les syndicats sont absents.

Une flexibilité du temps plus défavorable aux femmes

Autre point noir, les mesures touchant au « temps de travail, premier facteur discriminant pour les femmes ». Le projet de loi renforce considérablement la flexibilité en augmentant les durées maximales de travail, notamment pour les cadres et les possibilités pour l’employeur de modifier de façon unilatérale les horaires. Pour la CFDT, « il convient de dénoncer le fait qu’un certain nombre d’articles sont en complète contradiction avec le principe de conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale ». La CGT y voit « une double peine pour les salariés à temps partiel (80 % sont des femmes) dont les heures supplémentaires seront demain encore moins bien payées ». En effet, le projet de loi prévoit une majoration de 10 % seulement des heures complémentaires, contre 25 % actuellement dans un grand nombre de branches.

L’avis pointe enfin un « risque de licenciement plus grand pour les femmes ». Le texte prévoit notamment d’élargir les accords « compétitivité » qui permettent aux employeurs d’imposer une modulation des horaires de travail, des salaires, de la mobilité. En cas de refus, le salarié sera licencié. « Ces mesures sont particulièrement défavorables aux femmes, pour qui cela peut signifier d’être obligé de renoncer à son emploi. Car du fait d’autres charges qu’elles assument, elles ont beaucoup moins de possibilités d’adaptation », rappelle le CSEP. Quant aux congés légaux « de solidarité familiale » ou « de proche aidant » — majoritairement utilisés par des femmes —, le Conseil redoute « une régression » puisque leur durée n’est plus fixée par la loi.

leparisien.fr

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2 réflexions sur “Comment la loi El Khomri va pénaliser davantage les femmes

  1. A reblogué ceci sur Parité – Nuit Deboutet a ajouté:
    « En globalisant les chiffres du chômage et de l’emploi, on fausse la réalité. Tant que nous n’aurons pas atteint l’égalité réelle dans l’emploi, nous aurons toujours plus à revendiquer. Il est donc urgent de s’imposer quand nos droits sont bafoués, sans attendre de suivre le mouvement. »

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