Pologne : nouvelle offensive des anti-avortement

Les polonaises sont confrontées à un bras de fer concernant le droit à recourir à l’avortement toujours limité à de rares exceptions (viols, incestes, déformations et de maladies incurables du fœtus). La pression des pro-vies est telle que catholiques et médecins s’associent pour s’opposer fermement à tout avortement. 

Ce noyau de réactionnaires, « revivifiés » par l’arrivée au pouvoir du parti Droit et Justice (PiS), lancent plusieurs offensives contre les droits des femmes au prétexte de « défendre la vie ».

Ils proposent d’interdire complètement l’avortement, de délivrer la pilule du lendemain uniquement sur ordonnance et que la fécondation in-vitro deviennent payante. Egalement, le projet de loi demande la peine maximale pour la personne qui pratique l’avortement à 5 ans de prison, contre 2 ans actuellement.

Une manifestation anti-avortement à Varsovie, en Pologne, le 26 mai 2013 (AFP/JANEK SKARZYNSKI)

Une manifestation anti-avortement à Varsovie, en Pologne, le 26 mai 2013 (AFP/JANEK SKARZYNSKI)

Une loi de 1993 limite déjà strictement l’interruption volontaire de la grossesse en Pologne catholique, mais l’autorise dans trois cas : risque pour la vie et la santé de la mère, examen prénatal indiquant une grave pathologie irréversible chez l’embryon et grossesse résultant d’un acte interdit, autrement dit d’un viol ou d’un inceste.

Plusieurs organisations pro-vie viennent de déposer au Parlement une proposition de loi. Selon son texte préparé par l’institut juridique Ordo Iuris, l’avortement ne sera plus autorisé que s’il est nécessaire pour préserver la vie de la mère.

Ce projet porte aussi la peine maximale pour la personne qui pratique l’avortement à 5 ans de prison, contre 2 ans actuellement.

Lorsqu’il aura été enregistré par le Parlement, le texte fera l’objet d’une collecte de signatures. Il en faut cent mille pour que le Parlement l’examine, mais il est fort probable que ses promoteurs en recueilleront plusieurs centaines de milliers.

Selon les médias polonais, le PiS sera alors placé devant un problème que son chef, Jaroslaw Kaczynski, préférerait éviter. Tant M. Kaczynski que son parti, disent suivre la doctrine sociale catholique. De nombreux prêtres se sont félicités de leur victoire électorale en octobre. Logiquement, les députés du PiS, majoritaires à la Diète, devraient approuver la proposition de loiMais l’avortement divise fortement les Polonais et M. Kaczynski a laissé entendre qu’il ne souhaitait pas ouvrir une confrontation sur ce plan. D’autant qu’il est déjà empêtré dans un conflit avec le Tribunal constitutionnel.

Le quotidien centriste Rzeczpospolita croit savoir que M. Kaczynski a cherché à convaincre le président de l’épiscopat, l’archevêque Stanislaw Gadecki, qu’un tel débat public serait risqué et pourrait même conduire à la chute du gouvernement de Mme Beata Szydlo.
Un sujet voisin, quoique moins brûlant, l’arrêt à partir de juillet du financement par l’Etat de la fécondation in vitro, avait déjà suscité des critiques. Une sorte de résistance indirecte s’est organisée: plusieurs grandes villes, telles Czestochowa, Lodz et Poznan, financent ces soins sur leurs propres fonds.

– « Dépravation » –

Les pro-vie ne désarment pas non plus dans leur combat contre la « pilule du lendemain », un contraceptif d’urgence qu’ils considèrent comme abortif et qui est en vente libre sous la marque EllaOneInvoquant « la dépravation des enfants et de la jeunesse », le Club des médecins catholiques de Varsovie a demandé la semaine dernière au ministre de la Santé Konstanty Radziwill, d’interdire la vente d’EllaOne. Le ministre a répondu en indiquant que la pilule serait bientôt vendue uniquement sur ordonnance.

Ces différentes initiatives ont suscité immédiatement l’opposition des milieux féministes. « Adopter ce texte sur l’avortement serait une violation des droits de l’homme et de la femme », déclare à l’AFP Kazimiera Szczuka, critique littéraire et membre du Congrès des femmes polonaises, rappelant que des « agences de l’ONU considèrent l’interdiction d’accès à l’avortement légal comme une « torture ». Elle prédit aussi une résistance des milieux médicaux : « si on assiste à la naissance de nombreux enfants présentant de graves problèmes de santé, cela représentera un coût considérable pour les hôpitaux ». « Cependant, un compromis pourrait survenir sur les enfants trisomiques, qui, eux, peuvent être plus facilement pris en charge par leurs familles », observe la militante féministe.

Il n’existe pas de statistiques fiables des avortements clandestins et du nombre des Polonaises visitant des cliniques allemandes, slovaques ou autrichiennes. Mais ce « tourisme » bien organisé, avec transport et personnel parlant polonais, toucherait, selon des estimations des médias, de 100.000 à 150.000 femmes par an. Le nombre des avortements autorisés en Pologne, pays de 38 millions d’habitants, va de 700 à 1.800 par an.

leparisien.fr

Advertisements

3 réflexions sur “Pologne : nouvelle offensive des anti-avortement

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s