Zineb El Rhazoui : « mon livre a pour objectif d’aller dans les angles morts des attentats »

Avec 13”(Ed.Ring), Zineb El Rhazoui retranscrit les témoignages de 13 témoins directs des attaques terroristes du 13 novembre dernier à Paris. Des récits qui racontent l’horreur dans les moindres détails.

Comment en tant que simples citoyennes pouvons-nous agir ?

« Il faut refuser d’être des otages idéologiques de ce discours qui nous fait un chantage permanent au racisme. Ce dernier existe évidemment en France et partout dans le monde, mais l’antiracisme doit lutter pour que tout le monde soit logé à la même enseigne, quant à la recherche d’un emploi, d’un appartement, sur les droits et les devoirs mais que l’on cesse d’accepter que l’antiracisme soit un combat pris en hold-up par des religieux. La religion doit retourner dans sa case, on n’a pas à accepter que dans notre société, certains bénéficient d’exceptions juridiques au nom de la religion.

Et puis, on doit continuer à vivre, à sortir, à revendiquer cette liberté encore plus fort, à se réapproprier l’espace public qui nous a été volé par les radicaux : aujourd’hui en France, des lieux sont sous leur contrôle. Nous, en tant que femmes, il est plus que temps de nous réapproprier le combat féministe qui n’est ni désuet ni d’arrière garde. L’égalité entre les femmes et les hommes est l’essence de la justice sur cette terre. L’arme la plus efficace contre ce fondamentalisme musulman, ce sont les femmes. La laïcité est inconciliable avec le religieux, en tant que femme, citoyenne, mère, épouse, le jour où nous comprendrons que les religieux sont nos ennemis idéologiques et physiques, ce jour-là, je pense que la société ira beaucoup mieux ! »

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Catherine Durand: Pourquoi avez-vous écrit « 13 » après tous les témoignages, reportages, enquêtes qui ont suivi les attentats?

Zineb El Rhazoui: Il y a eu heureusement beaucoup d’articles après le 13 novembre, mais par définition, la presse est dans la rapidité de production, or ce livre n’a pas pour but de se substituer aux éléments factuels, mais d’aller dans les angles morts des attentats, d’écouter en profondeur les personnes. Après le 7 janvier, nous, l’équipe de Charlie Hebdo, avons été au cœur d’une attention médiatique mondiale. Nous avions parfois dix minutes pour raconter et quand on me demandait « comment ça va ? », pendant très longtemps, j’ai été incapable de répondre. C’est de là que sont nés ces longs entretiens avec des témoins qui permettent de rapporter le non dit et de consigner tout ce qui relève de l’émotionnel.

C’est la force de votre livre, on vit les événements de l’intérieur, avec des détails durs mais sans voyeurisme…

Beaucoup m’ont dit en effet que c’est un livre très dur, très cru mais comment aurais-je pu sortir quelque chose de soft d’un événement aussi tragique et cruel ? Certains témoins m’ont décrit des scènes absolument insupportables, et s’étonnent eux-mêmes de cette faculté à parler de choses aussi horribles avec froideur.

On parle beaucoup du Captagon, la “drogue des djihadistes”, pensez-vous que les terroristes du 13 novembre étaient sous l’emprise de ces stupéfiants ?

Dans l’enquête, plusieurs éléments portent à croire que ces terroristes prennent de la drogue avant de passer à l’action. Cela a été dit des frères Kouachi, mes collègues de Charlie qui ont croisé leur chemin et qui ont survécu disent qu’ils n’étaient pas dans leur état normal. Ceux qui les ont croisés ensuite notamment à l’imprimerie, disent aussi avoir eu l’impression d’être face à des drogués. Est-ce consécutif à la prise du Captagon ou tout simplement à la haine et au sang qu’ils ont fait couler ? Je ne sais pas. C’est aux policiers de répondre, mais malheureusement, peu d’informations filtrent, les enquêteurs communiquent très peu.

La vérité doit être faite, on doit plus travailler sur l’analyse du mode opératoire et du profil de ces terroristes.

Que ressentez-vous après les attentats qui ont frappé Bruxelles le 22 mars, de la colère ?

Oui, c’est une colère à chaque fois plus grande. Je suis exaspérée de voir ce que ces terroristes nous réservent, une espèce de routine du terrorisme. Et de l’autre côté, nous découvrons à chaque fois des défaillances de plus en plus grandes de la part de ceux qui nous gouvernent. Après les erreurs monumentales qui ont conduit à la mort d’êtres humains, personne ne démissionne, personne ne se sent responsable, on se contente de nous faire des effets d’annonce, comme par exemple, le débat sur la perpétuité pour les terroristes. Or ceux qui nous gouvernent devraient davantage se soucier de ce qui précède le passage à l’acte, c’est à dire, démanteler les réseaux, empêcher les terroristes d’agir, ce n’est pas la menace de les condamner à la perpétuité qui va les dissuader !

On refuse de voir la catastrophe qui se profile devant nous, d’admettre que nous faisons face à une idéologie destructrice qui possède toutes les caractéristiques de ce que l’on appelle le fascisme : un prêt à penser, un potentiel meurtrier énorme, un costume, un drapeau, des éléments de langages, des crimes de masse… On préfère continuer à se poser des questions sur l’amalgame possible, sur le racisme, et l’islamophobie.

Comment en tant que simples citoyennes pouvons-nous agir ?

Tout le monde peut agir. Il faut refuser d’être des otages idéologiques de ce discours qui nous fait un chantage permanent au racisme. Ce dernier existe évidemment en France et partout dans le monde, mais l’antiracisme doit lutter pour que tout le monde soit logé à la même enseigne, quant à la recherche d’un emploi, d’un appartement, sur les droits et les devoirs mais que l’on cesse d’accepter que l’antiracisme soit un combat pris en hold-up par des religieux. La religion doit retourner dans sa case, on n’a pas à accepter que dans notre société, certains bénéficient d’exceptions juridiques au nom de la religion.

Et puis, on doit continuer à vivre, à sortir, à revendiquer cette liberté encore plus fort, à se réapproprier l’espace public qui nous a été volé par les radicaux : aujourd’hui en France, des lieux sont sous leur contrôle. Nous, en tant que femmes, il est plus que temps de nous réapproprier le combat féministe qui n’est ni désuet ni d’arrière garde. L’égalité entre les femmes et les hommes est l’essence de la justice sur cette terre. L’arme la plus efficace contre ce fondamentalisme musulman, ce sont les femmes. La laïcité est inconciliable avec le religieux, en tant que femme, citoyenne, mère, épouse, le jour où nous comprendrons que les religieux sont nos ennemis idéologiques et physiques, ce jour-là, je pense que la société ira beaucoup mieux !

marieclaire.fr

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