Avortement : « J’ai écrit pour que la nouvelle génération n’oublie jamais »

Xavière Gautier, l’auteure d’« Avortées clandestines » (1) met de nouveau en garde par des témoignages, 
contre les conséquences d’un retour en arrière sur le droit à l’IVG conquis le 17 janvier 1975, grâce à la lutte des femmes

« Aux yeux de beaucoup, y compris des femmes, le féminisme n’avait plus lieu d’être, il n’était plus opportun, il était presque ridicule de se revendiquer féministe. Il existe une telle régression qu’il faut toujours être en alerte sur les droits des femmes, particulièrement sur leur droit à disposer de leur corps. »

Chargée de recherche au CNRS et éditrice, Xavière Gauthier a écrit de nombreux ouvrages sur la contraception et sur les figures historiques du féminisme.

Devoir de mémoire : plus de 50 000 femmes dans le monde sont mortes à la suite d’un avortement clandestin. Dans les années 1970, 1 à 10 femmes décédaient chaque jour en France. Aujourd’hui une femme meurt toutes les 8 minutes dans le monde, des suites d’un avortement clandestin…

L’œuvre d’Ernest Pignon-Ernest intitulée "Sur l’avortement" figure en couverture du livre de Xavière Gauthier. (Photo : Ernest Pignon-Ernest)

L’œuvre d’Ernest Pignon-Ernest intitulée « Sur l’avortement » figure en couverture du livre de Xavière Gauthier. (Photo : Ernest Pignon-Ernest)

Entretien :

Ce livre est-il un plaidoyer pour 
que la nouvelle génération n’oublie jamais la souffrance subie par 
les femmes avant la légalisation 
de l’avortement ?

292511 Image 0Xavière Gauthier Exactement. Alors que j’avais déjà publié deux livres sur la question, je m’aperçois qu’il faut que je reprenne le combat pour que les femmes, et aussi les hommes d’aujourd’hui, connaissent la réalité d’avant la loi Veil. C’est un devoir de mémoire. Celles qui ont subi des avortements clandestins, complètement traumatisants et dangereux, vieillissent, oublient, meurent. Il faut donc recueillir les témoignages de ces victimes, entendre leurs voix restées muettes pendant des décennies. Il est d’autant plus important de 
leur donner la parole qu’il y a, aujourd’hui, un risque de régression patent. La situation est alarmante.

La régression est-elle due, en partie, 
à l’absence de transmission ?

Xavière Gauthier Tout à fait. On constate toutefois une nouvelle prise de conscience, alors que pendant des années, on en parlait comme d’une ancienne histoire, puisque les femmes ont acquis leurs droits, elles votent, elles travaillent et elles avortent. Aux yeux de beaucoup, y compris des femmes, le féminisme n’avait plus lieu d’être, il n’était plus opportun, il était presque ridicule de se revendiquer féministe. Il existe une telle régression qu’il faut toujours être en alerte sur les droits des femmes, particulièrement sur leur droit à disposer de leur corps.

Pourquoi le droit à disposer de son corps est-il particulièrement à défendre ?

Xavière Gauthier Contrairement au droit de vote, par exemple, le droit à l’avortement et à la contraception demeure un droit spécifiquement féminin. C’est sur la fonction de maternité que les femmes ont été le plus oppressées. Les hommes les ont enfermées dans cette spécificité en faisant d’elles des femelles animales qui se reproduisent à chaque rapport sexuel. C’est le cœur de la domination masculine. C’est en obtenant le droit d’avoir des enfants ou pas qu’elles sont entrées dans l’histoire et sont devenues des êtes humains. Cette évolution est difficilement acceptée, rendant ce droit extrêmement fragile.

N’est-ce pas excessif de plaider en faveur 
de la création d’un comité pour la mémoire 
de l’avortement ?

Xavière Gauthier Je plaide pour une loi mémorielle afin de changer les esprits. Je veux rappeler que plus de 50 000 femmes dans le monde sont mortes à la suite d’un avortement clandestin. C’est une catastrophe mondiale dont peu de dirigeants s’inquiètent. Depuis l’existence humaine, les femmes ont essayé de s’avorter car elles ne pouvaient pas avoir 25 enfants. C’étaient des avortements extrêmement dangereux, et elles en mouraient jusqu’à récemment. Dans les années 1970 une à dix femmes décédaient chaque jour en France. C’est une hécatombe. L’interdiction des femmes à disposer de leur corps a également conduit à la stérilité, l’infirmité, etc. Il faut reconnaître qu’il y a bien eu maltraitance à grande échelle. Il faut reconnaître la souffrance que l’on a infligée aux femmes. Si on n’oublie pas, on sera plus vigilant contre les retours de bâton.

(1) Avortées clandestines, Xavière Gauthier, éditions du Mauconduit, paru le 15 janvier.
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Une réflexion sur “Avortement : « J’ai écrit pour que la nouvelle génération n’oublie jamais »

  1. ça parait exorbitant comme donnée statistique et je me demande si il ne faut pas y inclure aussi les femmes et jeunes filles qui se font tuer par les conjoints, concubins ou parents en leur annonçant être enceinte (?)… ça ne changera rien au sinistre d’une telle catastrophe humanitaire mais quand même…

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