Belgique : les aides-ménagères en titres-services souvent sous le seuil de pauvreté

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Des emplois honteusement précaires aux horaires découpés et décalés. Que ce soit en Belgique, en France ou ailleurs, les femmes sont orientées vers des secteurs sous-diplômés et peu gratifiants, où il faut encore naviguer entre sa vie professionnelle et sa vie privée qui bien souvent, sont les mêmes.. 

En termes de conditions de travail, il vaut généralement mieux travailler au domicile des usagers de titres-services que dans une centrale de repassage, c'est une des conclusions de l'étude de l'UCL. - © Tous droits réservés

En termes de conditions de travail, il vaut généralement mieux travailler au domicile des usagers de titres-services que dans une centrale de repassage, c’est une des conclusions de l’étude de l’UCL. – © Tous droits réservés

Ils étaient 60 000 en Wallonie et à Bruxelles en 2014, 60 000 aide-ménagers ou ménagères qui rendent de précieux services à près de 400 000 utilisateurs. C’est donc un secteur important du point de vue économique et social mais, en même temps, pas mal de questions se posent sur la qualité de ces emplois.

Pour y répondre, deux chercheurs de l’UCL, Olivier Brolis et Marthe Nyssens, ont récolté, analysé et décortiqué des données auprès de 824 aides ménagères travaillant sous le régime des titres-services. Réalisée pour le compte du Cirtes, le centre de recherche de l’UCL sur le travail, l’État et la société, leur enquête a duré 5 ans.

Cette étude montre notamment que la rémunération moyenne de ces travailleurs – 1070 euros brut par mois – est inférieure au seuil de pauvreté.

« Cette situation s’explique d’abord par le fait que le salaire horaire moyen est beaucoup plus faible que dans les secteurs équivalents comme l’Horeca ou les transports, explique Olivier Brolis, maître de conférences invité à l’UCL. L’autre élément qui explique la faiblesse de la rémunération, c’est la pénibilité physique de ce travail, qui empêche beaucoup d’aide-ménagères de travailler à temps plein.« 

« Qui plus est, ce métier implique aussi beaucoup de déplacements entre le domicile des différents usagers, déplacements qui ne sont pas pris en compte dans les heures de travail et ne sont donc pas rémunérés. Enfin, troisième élément, c’est un métier principalement féminin et les femmes accordent beaucoup d’importance à la conciliation vie privée/vie professionnelle, ce qui explique aussi pourquoi beaucoup travaillent à temps partiel. En moyenne, elles travaillent 25 heures par semaine.« 

Trop peu de formations

Autre constat de l’étude, les travailleurs restent souvent bloqués dans le métier d’aide-ménagère faute de pouvoir accéder à des formations qui leur permettraient de faire évoluer leur carrière.

La ministre wallonne de l’Emploi Eliane Tillieux (PS) veut faire sauter ce blocage : « Nous avons déjà fait un pas en avant en permettant à des travailleurs et travailleuses du secteur des titres-services de pouvoir enclencher une formation pour évoluer vers le métier d’aide-ménagère sociale ou carrément d’aide-familiale au travers d’une formation longue – 18 mois tout de même – et assez soutenue mais qui leur permettra d’obtenir un diplôme qualifiant. Cela leur permettra d’améliorer non seulement la qualité de leur travail, de s’orienter vers une nouvelle fonction, mais aussi d’améliorer leurs conditions de rémunération. »

C’est un premier pas, Eliane Tillieux voudrait qu’il y en ait d’autres, avec notamment des formations qui permettraient aux aide-ménagères de trouver un emploi mieux rémunéré et moins pénible dans d’autres secteurs d’activité.

Une qualité d’emploi très variable

Les deux chercheurs montrent enfin que la qualité de l’emploi varie d’abord selon les entreprises. Au top, les entreprises d’insertion, qui seraient les seules réellement à même « d’insérer les travailleurs les plus vulnérables sur le quasi-marché des titres-services (formations plus nombreuses et plus diversifiées, niveau d’accompagnement et d’encadrement très poussé, meilleure sécurité d’emploi) ».

Quant aux associations d’aide aux familles et aux personnes âgées, notent les deux auteurs, « elles développent un environnement de travail plus stimulant (niveau d’autonomie élevée, possibilité de prendre part aux décisions de façon formelle ou informelle, meilleur salaire horaire, opportunité de carrière en interne)« .

Reste le cas des entreprises privées à but lucratif. Elles sont largement majoritaires dans le secteur et, selon Olivier Brolis, « déploient généralement un modèle d’emploi basé sur une politique de minimisation des coûts, ce qui les amène à offrir une faible qualité d’emploi et à se cantonner la plupart du temps à un rôle de simple intermédiaire administratif entre l’aide-ménagère et l’usager« . Mais s’il est vrai que certaines entreprises privées cherchent avant tout à faire des bénéfices sans trop d’égards pour les aide-ménagères, d’autres leur proposent de vraies formations et un vrai encadrement.

Dernier point : la qualité de l’emploi est également variable selon le type de travail. Olivier Brolis et Marthe Nyssens notent par exemple que « les aides-ménagères travaillant dans une centrale de repassage bénéficient d’une moins bonne qualité d’emploi que leurs homologues qui travaillent au domicile de l’usager« .

Le secteur en quelques chiffres

La consommation de titres-services est repartie à la hausse en 2015 après un léger reflux en 2014. Au total, 125 millions de titres-services ont été remboursés en 2015 en Belgique, c’est une hausse de 3,9% sur un an.

Quant au nombre d’entreprises actives dans le secteur, toujours à l’échelon belge, il a continué à baisser : elles n’étaient plus 2030 en 2015 alors qu’en 2012, on en comptait encore 2753.

rtbf.be

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