Chahdortt Djavann : plaidoyer pour « les putes voilées »

La romancière et essayiste franco-iranienne Chahdortt Djavann sort un nouveau livre intitulé, Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! (Grasset) dénonçant les violences machistes des systèmes islamiques envers les femmes et notamment, l’assassinat de prostituées en Iran.

Egalement militante pour les droits des femmes dès toute jeune, Chahdortt Djavann a été emprisonnée à 13 ans par les mollahs pour avoir distribué des tracts contre le régime islamique.

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« Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran.
Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire. 
À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes.
Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme. »  grasset.fr

Pour Chahdortt Djavann, le voile est simplement insupportable. Elle avait 13 ans lorsqu’elle s’est battue pour ne pas le porter. Elle a été emprisonnée pour cela. Alors quand elle croise aujourd’hui des femmes qui portent le voile et qui affirment que c’est « leur choix », cela lui est insoutenable : 

« Lorsqu’on voile une gamine, on lui inculque d’emblée que si une parcelle de sa peau et de ses cheveux dépassent de ce tissu, toute tentative de viol relève de sa responsabilité. Et nous le savons que cela se passe dans certains pays. Le voile ce n’est pas seulement un bout de tissu, c’est le drapeau de l’Oumma. »

Dans son livre, les hommes apparaissent comme des êtres frustrés : 

« Je voudrais que ce livre fasse bander le cerveau de tous, femmes et hommes. Je décris le désir des femmes. C’est très cru. C’est un livre politique et très érotique où les femmes racontent le sexe tarifé. Cela parle du désir des frustrés sexuels que sont les islamistes. L’idéologie islamique est basée sur un despotisme érotisé. Car le désir c’est quoi ? C’est faire du corps de l’autre son sanctuaire. Or les islamistes haïssent leur féminité ».

CHAHDORTT DJAVANN EN UN CLIN D’OEIL :

Née en Iran en 1967, Chahdortt Djavann est romancière et essayiste. Elle a notamment publié La dernière séance chez Fayard, Je ne suis pas celle que je suis au Livre de Poche et Big Daddy chez Grasset.

POURQUOI ON AIME LES PUTES VOILÉES N’IRONT JAMAIS AU PARADIS ! :

Avec un titre aussi fort que Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! (Grasset), Chahdortt Djavann dénonce une réalité édifiante en se plaçant à mi-chemin entre essai et fiction. Au commencement il y a un fait divers réel : dans plusieurs grandes villes iraniennes, des prostituées sont retrouvées mortes, étranglées avec leur tchador. Dans un pays où les lois islamistes régissent la société et où la justice est rendue par des mollahs, pour la plupart des gens, ces assassins sont de bons musulmans, des purificateurs. L’islam n’autorise-t-il pas à tuer une prostituée si, après deux avertissements, elle ne se résout pas à abandonner son activité qui déshonore les maris, les fils, les frères ?

Un écran de fumée derrière lequel se cachent les autorités d’un pays où la prostitution est un mal tout aussi présent que le chômage ou le trafic de drogue. Pire, il y est lié. Dans une langue très littéraire et crue, pleine de rage et de compassion, la voix de Chahdortt Djavann surplombe parfois le tout dans des pages didactiques qui laissent éclater la colère de l’auteur née en Iran et militante pour les droits des femmes depuis son plus jeune âge (elle a été emprisonnée à 13 ans pour avoir distribué des tracts contre le régime islamique). On apprend que les tchadors « clignotent » à tous les coins de rue : ils s’ouvrent pour ne laisser voir aux hommes frustrés que les fentes convoitées qui les embrasent d’un coup : « Elles portent le hijab le plus sévère et parviennent à se prostituer sans montrer la plus infime parcelle de leur corps. Du grand art ! ».

Ailleurs, elle choisit le prisme de la fiction pour mieux tirer à blanc sur les régimes dont elle dénonce la « morale de Tartuffes ». Le lecteur suit donc deux sœurs, Zahra et Soudabeh, forcément mal nées parce que femmes, et contraintes de basculer très jeunes dans la prostitution comme beaucoup de leurs concitoyennes mises sur le trottoir par leur frère/mari/père pour payer leur dose ou parce que vivre dans un bordel quand on a fui sa famille est l’option la moins risquée… Autour de ces deux jeunes femmes, l’auteur donne la parole à des dizaines d’autres. De vrais-faux témoignages inspirés d’un documentaire réalisé suite aux meurtres en série. Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! est leur mausolée.   

Le texte est aussi percutant grâce à son ironie mordante qui met l’islam radical face à ses contradictions : la faute à Dieu si les femmes crèvent autant de désir que les hommes ? Les femmes n’auraient-elles pas Dieu au corps plutôt que le diable qu’on veut rendre responsable de leur impureté ? « Si Dieu est partout, s’il est dans chaque parcelle de mon corps, serait-il aussi entre mes cuisses, là où ça chatouille certaines nuits ? », se questionne l’un des personnages féminins. Et ce n’est qu’un exemple…

Quelques semaines après avoir découvert le calvaire de l’actrice Loubna Abidar, lynchée au Maroc pour avoir joué le rôle d’une prostituée dans le film Much Loved (sélectionné dans la catégorie meilleure actrice pour les César) et à l’heure du débat sur la mode islamique, ces réalités nous sont plus proches que jamais. Car derrière la condition des prostituées dans les pays qui appliquent la charia, c’est la globalité du sort fait aux femmes qui nous frappe en pleine face.

LA PAGE À CORNER :

 » « Dieu est partout. Sans limites. Dieu est immense. Infini. Dieu est partout dans la plus infime des choses. Dieu est partout, dans chaque centimètre de notre planète Terre et partout dans le ciel et dans l’univers… », nous répétaient des femmes voilées, des bigotes qui venaient dans les écoles pour faire entrer Dieu une fois pour toutes dans notre crâne, dans notre âme, apparemment dans notre corps aussi. Et elles ont bien réussi ! « Dieu est partout. Il est dans chaque parcelle de votre corps, dans les lieux les plus intimes de votre corps. La sourate Qaf 50, verset 16 nous dit : Dieu vous a créées et Dieu sait parfaitement ce qui se passe dans votre âme parce que Dieu est plus près de vous que votre veine jugulaire », criait la voix aiguë et grinçante de la bigote voilée. Un « Ah bon ! » imprudent sortit de ma bouche, la première fois que cette phrase révolutionnaire parvint à mes oreilles distraites. « Quoi ?, hurla la voilée. Qu’est-ce que vous avez dit ? – Rien. » Elle reprit sa logorrhée : « Dieu est dans chaque parcelle de votre corps et sait exactement ce qui s’y passe. Dieu est plus près de vous que votre veine jugulaire. » Sans blague !

On aurait dit que Dieu, patron de la NSA, avait implanté des émetteurs numériques ultra-sophistiqués dans le cou de chaque être humain pour mieux surveiller ses faits et gestes et la moindre de ses pensées. Sacré Dieu ! 

Je ne sais pas pour mes camarades, mais à douze ans, à l’âge où je venais d’avoir mes premières règles, ma veine jugulaire m’intéressait beaucoup moins que ce qui était entre mes cuisses. Et si Dieu m’était plus proche que ma veine jugulaire, dans mon cou, sous ma peau, à l’intérieur de mon corps – je continuais mon raisonnement d’adolescente naïve, fantaisiste, un brin insolente et très curieuse -, si Dieu est partout, s’il est dans chaque parcelle de mon corps, serait-il aussi là où ça chatouille certaines nuits, presque toutes les nuits ? Puisqu’il est absolument partout. Il est aussi dans ce trou si chaud et humide où j’enfonce souvent mon doigt – avec précaution pour ne pas déchirer la fameuse vertu placée juste à cet endroit si doux et merveilleux. Serait-il possible que ce soit Dieu qui me donne des frissons ? » (…)

Leili

Naissance : 10 avril 1983 à Mashhad.

Assassinée le 19 avril 2014 à Mashhad.

Elle a été étranglée avec son tchador. » (pp. 65-70)

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