Chômeuse à 50 ans, la décennie de l’enfer

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« Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère. De cette société-là, on n’en veut pas ! »

Ce que dit ce slogan repris par les manifestant-e-s de ces dernières semaines, rejoint exactement le propos de Margaux Gilquin, auteure du livre « Le dernier salaire » où elle raconte sa (désespérante) expérience d’être une femme de cinquante ans à la recherche d’un emploi…

Sans titre

Monsieur le Président,

Je m’appelle Margaux Gilquin, j’ai 55 ans. Depuis huit ans, je suis au chômage, période ponctuée de courtes périodes de CDD – rares, trop rares. J’ai subi un licenciement économique après plus de dix ans passés dans la même entreprise, à l’âge de 48 ans. Et là, après des recherches aussi intenses qu’infructueuses, j’ai compris peu à peu que la société dans laquelle j’avais grandi avait radicalement changé. Malgré mon expérience – j’ai commencé à travailler à dix-huit ans à peine -, ma formation – Bac + 3 obtenu à 34 ans – et ma motivation – j’ai envoyé plus de 1500 CV ciblés -, je ne trouve rien. Rien. Aujourd’hui, je vis avec 16 euros par jour. Si je n’étais pas hébergée, je serais à la rue. Ce qu’on me répond (quand on daigne le faire), c’est que je suis « trop vieille ».

Monsieur le Président,

Il me reste plus de dix ans d’activité. D’un côté, je suis trop vieille pour les entreprises, de l’autre trop jeune pour avoir une retraite. Entre deux, je fais quoi ? Pour toutes les femmes dans ma situation, c’est la décennie du cauchemar. Or, à notre âge, nous avons à offrir non seulement notre expérience, mais aussi notre disponibilité : plus d’enfants à la maison, nous sommes prêts à nous dévouer à notre entreprise.

Alors pourquoi restons-nous sur le carreau ? L’espérance de vie ne cesse d’augmenter. Comment accepter l’idée qu’à 55 ans, on ne serve plus à rien, on ne vaille plus rien ? C’est la question que je me pose tous les matins et tous les soirs. C’est ce que j’ai voulu raconter dans mon livre, Le dernier salaire : l’histoire d’une femme de plus de 50 ans qui se bat pour retrouver du travail. Peut-être trop, peut-être mal, mais qui se bat.

Vous aviez pensé à un contrat de génération, pour créer un pont entre les « vieux » travailleurs et les jeunes entrant sur le marché du travail : où en est-il ? Vous savez que les seniors, comme on nous appelle, sont dans une situation désespérée, autant que les jeunes qui ne parviennent pas à mettre un pied en entreprise.

Monsieur le Président,

Il y a urgence ! Nous sommes en train de nous enfoncer doucement et terriblement dans une précarité qui va nous tuer, et une génération est en train de perdre foi dans cette société qui refuse de les laisser entrer. Deux générations perdues…

Monsieur le Président,

Je suis une chômeuse longue durée parmi tant d’autres et je vous en conjure : entendez-nous ! Ne peut-on vraiment rien faire pour éviter ce gâchis ? Peut-on encore supporter que, chaque année, par milliers, des femmes et des hommes dans la force de l’âge soient socialement condamnés ? Nous sommes au bord de la rupture, le désespoir grandit dans des proportions que, peut-être, vous n’imaginez pas. Entendez-nous, Monsieur le Président.

Entendez-nous avant que nous sombrions.

Margaux Gilquin a 55 ans et est au chômage depuis 7 ans, aujourd’hui en fin de droit. Elle est l’auteure de « Le dernier salaire » qui paraît ce jeudi 14 avril, chez Xo document.

huffingtonpost.fr

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