Viol – Solidarité avec les brésiliennes qui ne décolèrent pas

Des Brésiliennes protestent à Rio de Janeiro (Brésil), le 27 mai 2016, après le viol collectif d'une jeune femme. (ELLAN LUSTOSA / CITIZENSIDE / AFP)

Des Brésiliennes protestent à Rio de Janeiro (Brésil), le 27 mai 2016, après le viol collectif d’une jeune femme. (ELLAN LUSTOSA / CITIZENSIDE / AFP)

Avez-vous vu ce qu’il se passe au Brésil en ce moment

#‎Barbarie‬
Une adolescente de 16 ans de Rio de Janeiro a été filmée pendant qu’elle était victime d’un viol de masse (une trentaine d’hommes) commandité par l’ex-petit ami .. 

« Au Brésil, révolte contre la culture du viol

La colère contre la « culture du viol » ne retombe pas au Brésil après le viol collectif subi par une adolescente – et la publication le 25 mai d’une vidéo par ses auteurs sur les réseaux sociaux, commentaires ironiques en prime. La jeune fille de 16 ans dit avoir été violée par une trentaine d’hommes, après avoir été droguée, dans une favela de Rio de Janeiro.

Le 27 mai, un manifeste dressait le bilan de ce dégoût face à la « culture du viol »« cultura de estupro ». Phénomène social qui se manifeste sous trois formes principales : « La normalisation de la pratique du viol et autres formes de violences sexuelles ; la remise en question et la décrédibilisation des victimes ; la protection des agresseurs. »

Les trente agresseurs de l’adolescente ne sont pas des monstres ou des psychopathes : ils « sont le fruit d’une société qui tolère un traitement violent de femmes », insistent les signataires de ce manifeste. Ils et elles appellent la presse, autant que les institutions, à s’interroger sur ses pratiques. Et soulignent également le mauvais signal qu’envoyait la composition du nouveau gouvernement – uniquement composé d’hommes – qui contribue « symboliquement et littéralement à l’exclusion des femmes des postes de décision de la vie publique ». D’autres rappellent que ce gouvernement ne dispose plus de ministère dédié aux droits des femmes.

Et le manifeste de conclure :

« Ce n’est pas le devoir des femmes d’apprendre à ne pas être violées. C’est le devoir des hommes de ne pas violer. » »

Solidarité !

Info du collectif, Je suis indestructible

© Vanderla Almeida, AFP | Manifestation devant l'Assemblée de Rio de Janeiro, le 27 mai 2016, à la suite du viol collectif d'une adolescente.

© Vanderla Almeida, AFP | Manifestation devant l’Assemblée de Rio de Janeiro, le 27 mai 2016, à la suite du viol collectif d’une adolescente.

« Barbarie » : des internautes jusqu’à la présidence en passant par la presse, le Brésil s’élève depuis vendredi 27 mai contre le viol collectif d’une adolescente à Rio de Janeiro, qui a été filmé et posté sur internet avec des commentaires vantards

La vidéo était apparue mercredi 25 mai sur Twitter sur le compte d’un certain@michelbrazil7 (le compte a été supprimé depuis), accompagnée du message :

« Ils ont ruiné la fille, vous voyez ce qu’on veut dire ou pas ? Ah ah ah ! » 

Dans ce petit film tourné avec un téléphone portable, on voit une femme allongée sur un lit, manifestement inconsciente, les parties intimes exposées et saignantes.

« Elle a été engrossée par plus de trente mecs ! » dit une voix masculine. « T’as compris ou pas ? Plus de trente ! » ajoute-t-il en riant. 

La vidéo, devenue virale, a été retweetée au moins 198 fois et a reçu plus de 500 « likes » avant d’être retirée du réseau. Des centaines d’appels au numéro vert du parquet ont dénoncé depuis mercredi la vidéo, les photos et les commentaires vantant le viol collectif présumé.

La police ne sait pas « si les agresseurs étaient 30, 33 ou 36 »

Cette adolescente de 16 ans, présentée par la presse brésilienne comme toxicomane et mère d’un enfant de 3 ans, a, selon sa famille, été victime le week-end dernier de l’acte de vengeance d’un ex-petit ami, qui l’aurait attirée dans un traquenard, droguée et violée, puis donnée en pâture à une trentaine d’autres hommes. L’adolescente, hospitalisée jeudi pour recevoir des traitements préventifs contre les MST, a affirmé à la police avoir été violée par « 33 hommes » armés dans une favela de l’ouest de Rio.

Selon sa grande-mère citée par le quotidien O Globo, elle était en état de choc quand elle est réapparue au sein de sa famille, n’arrêtait pas de pleurer et disait ne se souvenir de rien. 

« Il existe de très forts indices montrant que la jeune fille a effectivement été violée », a déclaré vendredi le chef de la police civile de Rio, qui attendait les preuves pour confirmer le viol, et qui ne savait pas « si les agresseurs étaient 30, 33 ou 36 ». La police dit avoir identifié quatre personnes soupçonnées d’avoir participé « directement ou indirectement » aux faits. Le site internet G1 donnait les noms de ces quatre hommes, âgés de 18 à 41 ans.

« La culture du viol est très forte au Brésil, elle fait partie de notre quotidien, même si on le nie »

Cette sordide affaire a suscité l’indignation générale

« Je dénonce avec la véhémence la plus absolue le viol de l’adolescente à Rio de Janeiro. C’est une folie qu’en plein XXIe siècle on soit confronté à des crimes barbares comme celui-là », a tweeté vendredi le président du Brésil par intérim, Michel Temer

Il a convoqué pour mardi une réunion de tous les responsables de la sécurité des Etats du Brésil et a promis la création d’un département de la police fédérale spécialisé dans la répression des violences faites aux femmes.

La proposition ne convainc pas les féministes. A l’image de Cynara Menezes, comme le relève Le Monde.fr (article payant) :

« Je ne crois pas qu’un gouvernement qui a supprimé le ministère de la Femme soit réellement préoccupé par cette question », écrit-elle. 

Devant l'Assemblée législative de Rio de Janeiro, le 27 mai 2016.  (PAULO CAMPOS / CITIZENSIDE / AFP)

Devant l’Assemblée législative de Rio de Janeiro, le 27 mai 2016. (PAULO CAMPOS / CITIZENSIDE / AFP)

Dès sa mise en ligne, cette vidéo a provoqué une avalanche de réprobations, qui popularisaient notamment le slogan, 

« Je lutte pour la fin de la culture du viol.«  

Le viol collectif « n’est pas hors norme parce que la culture du viol est très forte au Brésil, elle fait partie de notre quotidien, même si on le nie », explique Luise Bello, porte-parole de l’association féministe Think Olga.

Preuve de cette « culture du viol », selon Cynara Menezes : « A chaque cas d’agression, quelqu’un vient souligner que la femme portait une jupe courte, qu’elle aime le ‘baile funk’ [une musique jouée lors de soirées dans les favelas] ou consomme de la drogue. Au Brésil, on entend souvent dire que les femmes, les Indiens, les Noirs ‘se victimisent' », regrette-t-elle, citée par Le Monde.

« Cela me fait plus mal à l’âme qu’à l’utérus »

Selon l’ONG Forum de sécurité publique, la police brésilienne a enregistré une agression sexuelle toutes les 11 minutes en 2014. Sachant que seuls 10% des cas sont signalés aux autorités, selon la même association, le nombre des viols au Brésil pourrait dépasser les 500 000 par an, sur une population totale de 204 millions d’habitants. Dans le seul Etat de Rio, 13 viols par jour en moyenne ont été officiellement répertoriés sur les quatre premiers mois de 2016.

Face à l’émoi suscité par cette affaire, la jeune victime a remercié ces soutiens sur sa page Facebook :

« Nous pouvons toutes passer par un jour comme celui-là, a-t-elle écrit. Cela me fait plus mal à l’âme qu’à l’utérus qu’il existe des personnes aussi cruelles qui soient impunies ! »

francetvinfo.fr

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