Anne Hidalgo « donne de la notoriété à la vulgarité » pour dénoncer le sexisme

« Qu’est-ce qu’ils ont tous à se précipiter autour d’elle, tous ces mecs ? Ils sont comme Untel, à vouloir se faire tailler des pipes par Hidalgo. » 

Tel est le « propos graveleux » proféré samedi dernier par Philippe Pemezec, maire du Plessis-Robinson.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a publié mardi 14 juin sur son compte Twitter la photo d’une lettre adressée au maire du Plessis-Robinson, Philippe Pemezec.

« Face au sexisme, je ne me suis jamais tue et je ne me tairai jamais. »

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La lettre commence par ces mots assassins :

« En vous écrivant aujourd’hui, j’ai conscience de donner à votre vulgarité une notoriété qu’elle ne mérite guère. Vous n’êtes ni le premier ni le dernier à proférer des insanités en croyant avoir régalé son auditoire d’un trait d’esprit. »

La maire de Paris revient sur un incident sexiste survenu le week-end dernier à Clamart (Hauts-de-Seine), au cours d’une cérémonie publique pour le lancement d’un chantier. Entourée d’hommes, Anne Hidalgo subit alors cette remarque du maire du Plessis-Robinson :

« Qu’est-ce qu’ils ont tous à se précipiter autour d’elle, tous ces mecs ? Ils sont comme Untel, à vouloir se faire tailler des pipes par Hidalgo. »

Mme Hidalgo choisit de ne pas divulguer le nom de ce « collègue » que M. Pemezec a choisi de « livrer en pâture » au cours d’une cérémonie publique, et assure avoir vérifié auprès de plusieurs témoins qu’ils avaient bien entendu la même phrase qu’elle. Elle rapporte également que le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, a interpellé le maire du Plessis-Robinson sur la vulgarité de son propos :

« Son interpellation n’ayant abouti à la formulation d’aucun regret de votre part, je trouve utile d’élargir votre audience et de laisser chacun apprécier à la fois votre sens de l’humour, votre vision du monde et votre dignité de maire. »

La lettre publiée sur Twitter a été retirée pendant quelques minutes, avant de réapparaître sur son compte. Des internautes en ont déjà réalisé une capture et l’ont diffusée de nouveau sur le réseau social.

Le sexisme en politique est encore peu dénoncé par les femmes qui l’ont subi, même si « l’omerta » se craquelle, comme l’ont montré les témoignages de harcèlement et d’agression sexuels qui ont conduit à la démission de Denis Baupin, figure du parti Europe-Ecologie–Les Verts (EELV) et vice-président de l’Assemblée. Cette affaire a donné lieu à de nombreuses réactions de femmes politiques qui avaient à leur tour partagé leurs souvenirs de « sexisme ordinaire ».

Une tribune de dix-sept anciennes ministres intitulée « Nous ne nous tairons plus » avait également été publiée dans Le Journal du dimanche Dans la lignée de ce qu’avait fait Aurore Bergé, élue LR qui avait partagé son propre « moment de sexisme » sur le réseau social le soir même de la révélation de l’affaire Baupin, Anne Hidalgo conclut sa missive par un ironique « c’est en pensant à toutes les femmes qui sont contraintes au silence face à l’inacceptable que je me résous à rendre publique cette chronique du sexisme ordinaire ».

Philippe Pemezec dénonce un calcul politique

Le maire du Plessis-Robinson a répondu par retour de lettre, également publiée sur Twitter. Sans chercher à nier les propos qui lui sont prêtés, Philippe Pemezec tente de dénoncer un calcul politique de la maire de Paris, en prenant la pose du petit maire de banlieue, « modeste », victime des « amis politiques » d’Anne Hidalgo qui « rêvent de se débarrasser de nous, les élus de la petite couronne ». Mme Hidalgo aurait, selon lui, choisi de dénoncer publiquement sa remarque pour se débarrasser de lui, pour le « faire taire ».

M. Pemezec établit également un lien entre le choix fait part Anne Hidalgo et… le conjoint de cette dernière, « élu de la 12e circonscription des Hauts-de-Seine », qui pourrait être son « adversaire aux élections législatives de 2017 ». Il s’agit en l’occurrence de Jean-Marc Germain, qui avait battu M. Pemezec aux élections législatives de 2012.

Pour le maire du Plessis-Robinson, si Anne Hidalgo dénonce une remarque graveleuse proférée en public, ce ne serait donc ni pour elle-même, ni pour dénoncer le sexisme ordinaire, ni pour parler au nom de toutes les femmes qui ne le font pas… Ce serait pour assurer la carrière politique de l’homme avec lequel elle vit !

lemonde.fr

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