Sexisme dans les combats prolétariens

Louis-Pascal Jacquemond met en lumière le sexisme dans les combats prolétariens. Parce que émancipation ne signifie pas égalité.

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«Il appartient au Front populaire de réaliser l’émancipation de la femme.»

En ce mois de juin 1936, la déclaration du dirigeant communiste Jacques Duclos conforte les espoirs que des femmes, travailleuses et féministes surtout, ont mis dans le nouveau gouvernement. Avec à sa tête Léon Blum, un soutien de leur cause, tout leur semble désormais possible : la suppression du code civil, qui les infériorise et assujettit les épouses à leur mari, l’obtention du droit de vote et d’éligibilité, la fin du salaire d’appoint, l’accès à l’ensemble des formations et des métiers, la suppression de la loi de 1920 opposée au contrôle de la fécondité, et même la fermeture des maisons closes…

Mais «émancipation» n’est pas «égalité». Or, l’historien Louis-Pascal Jacquemond le démontre, les femmes l’ont rarement compris, aveuglées par une conscience de classe qui l’emporte souvent sur celle de genre, alors même que le mouvement ouvrier est attaché à la différence traditionnelle des sexes. Le féminisme s’en trouve affaibli, d’autant plus que la fête prolétarienne oublie à leur sort paysannes et femmes des colonies. Qu’importe : l’espoir est là et les femmes se laissent entraîner dans une danse promise à un grand avenir – un pas en avant, un pas en arrière, un pas sur le côté… Et l’auteur d’analyser la complexité des stratégies masculines qui font avancer la cause féminine tout en préservant le patriarcat.

Peu ont la lucidité de la suffragiste Louise Weiss selon laquelle la nomination de «trois hirondelles» à des sous-secrétariats ne fait pas le printemps civique des femmes, toujours ni électrices ni éligibles. Même ambiguïté côté syndicats : ils applaudissent l’engagement des ouvrières mais les cantonnent à des fonctions logistiques, les excluent des occupations nocturnes d’usine au nom de la décence féminine et, surtout, monopolisent les négociations des conventions collectives, qui portent la marque de la domination masculine, voire la confortent !

Louis-Pascal Jacquemond L’Espoir brisé : 1936, les femmes et le Front populaire Préface de Michelle Zancarini-Fournel. Belin, 448 pp., 23 €.

next.liberation.fr

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Une réflexion sur “Sexisme dans les combats prolétariens

  1. Beaucoup de questions soulevées. Jeannette Thorez-Vermeersh disait que jamais les femmes du peuple ne prendraient la pilule. Engels ne semblait pas être contre le principe de la prostitution. La Ligue Trotskiste non plus (concept de « travailleuses du sexe »).
    Conscience de classe et fémininisme sont en principe étroitement liées. C’est le parti radical, proche de la Franc Maçonnerie qui jusqu’en 1944 a freiné des quatre fers contre le vote des femmes. Ça n’a pas empêché Christiane Taubira d’adhérer à ce parti. C’est pas que je sois passéiste mais quand même…

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