Je vis avec 927 euros/mois et 3 enfants : pour la pension, mon ex me dit « Tu peux courir »

Les pauvres sont plus pauvres et les riches plus riches. C’est ce que nous apprend l’INSEE d’années en années. Le taux de pauvreté atteint près de 15% de la population. Seulement dans ces 15%, combien d’hommes et combien de femmes ? Car la donne n’est pas du tout la même. Les femmes sont principalement touchées par la pauvreté, accumulant les emplois précaires à temps partiels et jonglant entre les différents modes de gardes des enfants, principalement à leur charge après un divorce.

Aziza, 38 ans, est célibataire avec trois enfants. Elle vit avec 927 euros par mois. Calepin à portée de main, elle note toutes ses dépenses et fait le maximum pour satisfaire tout le monde. Seulement, que reste t’il comme espace de liberté pour la femme Aziza, après avoir assuré ses rôles de mère, de travailleuse et de comptable ? Comment s’émanciper, même en travaillant quand on est seule avec des enfants et peu d’argent. Car elle est là la réalité. Les femmes sont bien souvent contraintes de n’être que des mères qui travaillent et recommencent chaque jour. Elles ne peuvent assurer financièrement la garde de leurs enfants le soir après une journée de boulot. Car le soir, elles sont crevées et le weekend, il y a bien souvent un tas de choses qu’on ne peut pas faire la semaine. Il y a là toute une organisation et des priorités à repenser si on ne veut pas finir par étouffer, être prise dans un engrenage ou finalement, on se contente de ses enfants comme seul bonheur. Se garder un espace de liberté coûte que coûte est indispensable. Car s’émanciper, c’est aussi s’épanouir en tant que femme et se faire plaisir rien qu’à soi.

Mère de 3 enfants, Aziza récupère des vêtements au sein d'association. (M. BUREAU/AFP)

Mère de 3 enfants, Aziza récupère des vêtements au sein d’association. (M. BUREAU/AFP)

À 38 ans, je suis sans emploi et je vis avec 927 euros par mois. En 2000, je me suis mariée, puis j’ai eu trois enfants. Une fille qui a aujourd’hui 12 ans et des jumeaux de 8 ans.

Je me suis séparée de mon mari il y a quatre ans, mais le divorce n’a été prononcé qu’en 2013.

Chaque mois, mon ex-mari doit nous verser une pension alimentaire de 400 euros. Pour le moment, je n’ai eu aucun versement. La dernière fois que je l’ai vu, il m’a balancé : « Tu peux courir ».

Mes enfants c’est toute ma vie

Ma vie a changé du jour au lendemain. Je me suis retrouvée célibataire avec trois enfants à charge et sans un sou.

J’ai travaillé pendant six mois en tant que caissière de 8h30 à 20h30, mais il était trop difficile de voir mes enfants en coup de vent. Dix minutes tous les jours seulement ne me suffisaient pas.

Mes enfants, c’est toute ma vie. Cela ne pouvait pas durer, j’ai donc préféré mettre ma vie professionnelle de côté.

927 euros par mois et 4 bouches à nourrir

Ma principale inquiétude, c’est l’argent.

Mes revenus sont constitués du RSA et de plusieurs types d’allocations familiales. Soit un total de 927 euros par mois. Une misère quand vous avez quatre bouches à nourrir.

Tous les jours, j’inscris méthodiquement toutes mes dépenses dans un petit calepin pour ne rien oublier. Je sais quand les prélèvements tombent et ce qui me reste exactement sur mon compte en banque. Ça me rassure quelque part.

Entre les factures EDF, les assurances voiture et habitation, l’essence, le loyer de 158 euros (grâce aux APL) et surtout les courses, je rentre dans mes frais.

Mais certains mois sont plus difficiles que d’autres. À partir du 20, les comptes sont souvent vides. Je sais qu’il va falloir se serrer la ceinture. Alors j’essaye de combler le trou en vendant quelques gâteaux ou en faisant du repassage. C’est toujours ça.

Aucun gaspillage et des produits périmés

Quand je fais les courses, je me contente du strict minimum. Tous les mois, je me fixe un budget de 400 euros pour la famille. J’évite les grands magasins et je privilégie les supermarchés discount.

Dès qu’il y a une promotion, je prends. Si le produit est périmé, tant pis, je sais qu’à deux jours près il restera comestible. J’évite aussi les produits de grande marque. Plutôt que des Finger, je choisirai une sous-marque.

Heureusement, toutes les deux semaines, je me rends à la Société Saint-Vincent de Paul de Tourcoing pour récupérer quelques stocks de nourriture supplémentaire.

À table, mes enfants savent que le gaspillage est interdit. Dès qu’il y a du reste, je le stocke et je le ressors pour le lendemain. Même un morceau de pain.

Je ne prive jamais mes enfants. S’ils ont faim, ils mangent tant qu’ils veulent. En revanche, nous n’allons jamais au restaurant.

Une fois tous les trois mois, je leur offre un Quick. Les hamburgers, ils adorent ça. Parfois, je me dis qu’avec l’argent dépensé j’aurais pu aussi leur faire un super repas, mais ça leur fait plaisir et c’est l’essentiel.

La voiture,  la seule chose que mon mari nous a laissé

Les factures, en revanche, sont plus difficiles à baisser. J’essaye de laver le linges aux heures creuses, d’éteindre toutes les lumières la journée, mais vous ne pouvez pas vous passer du chauffage ou des factures téléphoniques.

Il m’arrive de demander à ma sœur si je peux téléphoner à notre mère qui vit en Algérie de chez elle. Ça me permet de faire quelques économies supplémentaires.

Pour la voiture, c’est celle de mon mari. C’est la seule chose qu’il nous a laissé et comme mes enfants sont scolarisés dans une école éloignée, je ne vois pas comment je pourrais m’en passer.

« Maman, un jour, si tu peux… »

Avant nous allions régulièrement à la piscine, ma fille prenait des cours de piano et mes fils faisaient du basket et du taekwondo. Sauf que voilà, je ne peux plus louer le piano à 126 euros, ou régler les cours de mes jumeaux. Il a fallu que je leur explique.

Ma fille a grandi très vite. Elle est d’une maturité incroyable. Il lui arrive de garder ses frères toute seule alors qu’elle n’a que 12 ans. Parfois, je me dis qu’elle a 25 ans dans sa tête.

Quand elle a envie de quelque chose, elle me le demande toujours de la même façon :

« Maman, un jour, si tu peux, tu crois qu’on pourra avoir ça. »

Ce n’est jamais rien d’extraordinaire. Souvent un vêtement ou un jeu de société. Je n’oublie pas et j’essaye, même si ça prend du temps, de lui offrir.

Mes enfants ne me reprochent rien

Nos sorties sont très limitées : parc et pique-nique. Parfois, la Société Saint-Vincent-de-Paul nous donne des places de cinéma et les enfants sont aux anges.

Pour les vêtements, j’en achète très peu. On se contente d’en récupérer via des associations. Ils ne sont pas toujours neufs, mais c’est mieux que rien.

Je sais que ce n’est pas facile pour mes enfants de voir leurs amis avec des jouets derniers cris ou d’éviter les sorties, et pourtant ils ne m’ont jamais fait aucun reproche.

À la maison, l’ambiance est toujours bonne. Ils savent que je les aime et que je suis prête à tout pour leur permettre d’avoir une vie « normale ». Je leur répète toujours que nous avons l’essentiel : nous sommes heureux et en bonne santé.

Nouveau logement et vacances en vue, j’ai espoir

Depuis quelques temps, j’ai l’impression que les choses s’améliorent.

Après mon divorce, j’ai dû vendre ma maison. La somme est encore bloquée chez le notaire car mon mari s’oppose à la transaction, mais j’espère que tout sera réglé d’ici peu de temps. Je pourrais alors solder enfin mes dettes.

Et puis, nous venons enfin de trouver un nouveau toit. Depuis deux ans, nous vivions tous les quatre chez des amis qui ont eu la gentillesse de nous héberger. Passer de quatre dans une même chambre, à chacun sa chambre, c’est une grande amélioration.

Il y a peu de temps, j’ai aussi appris que grâce à l’association, nous allions pouvoir aller en Algérie pour les vacances. C’est la première fois en quatre ans, que nous prenons des vraies vacances.

Je ne perds pas espoir

La prochaine étape est décisive : je compte chercher un travail. Maintenant, que nous avons retrouvé un peu de stabilité, je me sens prête.

Titulaire d’un BTS comptabilité, j’espère pouvoir faire une nouvelle formation dans les prochains mois.

Quoiqu’il arrive, je continue de croire que tout peut s’améliorer dans la vie. Je ne perds pas espoir. Je suis une battante et j’ai mes enfants auprès de moi, c’est tout ce dont j’ai besoin.

leplus.nouvelobs.com  

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