Allez, une liste d’auteures pour aider l’Education nationale !

Excès de testostérone des programmes de littérature. #Pétition 

Au programme du Bac en Terminale L : Eluard en 2015, Sophocle et Flaubert en 2016, et l’élu pour 2017 n’est autre que Gide, auteur de cette belle maxime : «Les femmes n’ont rien à dire, mais tout à raconter.».

Le constat est le même depuis de nombreuses années : en Terminale littéraire (paradoxalement, une filière essentiellement féminine), on n’étudie pas les femmes auteures. Ou très peu.

Seulement 5% des auteur-e-s dans les manuels de français sont des femmes. 3 % des biographies dans les manuels d’histoire sont consacrées à des femmes… Pas facile de casser les stéréotypes quand les femmes sont invisibles !

 Anaïs Nin ((DR))


Anaïs Nin ((DR))

Parité oblige, les femmes sont partout (ou presque…). On en trouve même sur les bancs de l’Assemblée Nationale, pour dire. Mais dans les programmes de français de l’Education nationale, aucune. Pour les terminales de la série littéraire, l’épreuve de français se résume par : Eluard en 2015, Sophocle et Flaubert en 2016, et l’on vient d’apprendre que l’élu pour 2017 n’est autre que Gide, auteur de cette belle maxime : «Les femmes n’ont rien à dire, mais tout à raconter.»

Un esprit gidien hanterait-il les couloirs du Ministère de l’Education ? A en croire la liste des auteur(e)s figurant au programme du bac littéraire, il sévit depuis quelques années déjà, puisque jamais, aucune femme, ni même George Sand qui pourtant avait pris un nom d’homme pour écrire, n’a jamais figuré sur la sacro-sainte liste de la transmission du savoir littéraire français.

Heureusement, une femme, Françoise Cahen, professeur de lettres au lycée Maximilien-Perret d’Alfortville (Val-de-Marne), s’est emparée du problème. Il y a trois semaines, dans le flot des pétitions change.org, anti-Loi travail, pro-savon de Marseille et contre la fête du canard, apparue celle qui a désormais recueillie plus de 2000 signatures, la pétition «pour donner leur place aux femmes dans les programmes de littérature au bac L».

Françoise Cahen dénonce cet «excès de testostérone» qui sévit dans les programmes au bac littéraire. Ironiquement, les filles sont les plus présentes dans les classes L, et les profs de lettres sont majoritairement des femmes. Alors cette prof de français se demande «quel message subliminal veut-on faire passer?»

Pour éclairer la question, rappelons le fonctionnement des épreuves littéraires au bac. En 1ère, quelle que soit la section, les lycéens ont une épreuve écrite, et une orale qui s’appuie sur un corpus de textes choisi par le ou la professeur(e). En terminale, les autres sections ayant abandonnées en chemin la littérature, c’est le Ministère de l’Education qui fixe les auteurs au programme de la série L.

Si les profs doivent obéir aux lois fondamentales de l’Education Nationale pour leurs classes de terminale, ils restent libres de choisir qui bon leur semble pour étudier la poésie du XIXe siècle, le théâtre classique ou le roman contemporain. On a donc demandé à Maxime, en 1ère S au Lycée Jean-Paul II de Rouen, quels auteurs il a étudié pour son oral de français cette année. «Beaumarchais, Baudelaire, Ronsard, Apollinaire», nous dit-il. Mais alors, pas de femmes ? «Non, aucune femme auteure, mais par contre on a étudié « les Bonnes » de Genet et la fable sur la laitière de La Fontaine.» Aïe.

Les Editions des femmes-Antoinette Fouque, qui publient en majeur partie des auteures, y voient là un «incroyable conservatisme. Une reproduction pure et simple des images les plus éculées dans les œuvres étudiées: absence d’héroïnes positives, violence des représentations, femmes minorées, possédées, objets de désir et de pouvoir.»

Françoise Cahen n’est pas la première à dénoncer cet aveuglement envers les femmes de lettres. Il y a deux ans, une étudiante en philo lançait la pétition «Donnez une place aux femmes dans les programmes scolaires». Et surtout, nulle autre que Virginia Woolf dans «Une chambre à soi» en 1929 se penchait sur la question :

«L’indifférence du monde que Keats et Flaubert et d’autres hommes de génie ont trouvée dure à supporter était, lorsqu’il s’agissait de femmes, non pas de l’indifférence, mais de l’hostilité. Le monde ne leur disait pas ce qu’il disait aux hommes: écrivez si vous le voulez, je m’en moque…Le monde leur disait avec un éclat de rire: Ecrire? Pourquoi écririez-vous?»

Woolf au programme pour 2018 ? Françoise Cahen ne veut pas instaurer une parité dans les textes étudiés, mais simplement voir apparaître quelques auteurs féminins. Pour Michèle Idels des Editions des femmes, c’est :

«une question de justesse et de justice, mais aussi d’éducation. Quels que soient les engagements des écrivaines, elles développent dans leur écriture une vision des femmes forcément différente de celle qu’ont les hommes. Les filles et les jeunes femmes doivent pouvoir retrouver quelque chose qui fait écho à leur propre expérience et à leurs désirs. Pour exister, elles ont besoin de connaître les ‘’grandes femmes du passé’ au lieu de devoir s’identifier à ce qu’on appelle ‘’les grands hommes.’’»

L’entourage de Najat Vallaud-Belkacem a répondu au «Parisien» que la ministre « prend le sujet au sérieux. Le ministère veut des femmes, dans les manuels, dans les programmes, dans les sujets d’examen.» Oui, parce que si les générations à venir auront sans doute oublier l’œuvre «Réforme du Collège» de la ministre, on espère bien qu’ils sauront ce qu’est «la Mare au diable» de Sand, «le Deuxième sexe» de Beauvoir, «le Barrage contre le Pacifique» de Duras, «Mrs Dalloway» de Woolf, «la Cité des Dames» de Pisan et, quand même, «la Princesse de Clèves» de Lafayette.

Si l’Education nationale manque d’idées, les Editions des Femmes Antoinette Fouque proposent de les aider, avec une liste (non exhaustive) d’auteures à inscrire aux futurs programmes du bac. La voici (vos suggestions sont les bienvenues en commentaire) :

Moyen-âge

Marie de France («Si ses « Lais » sont connus, son recueil de fables l’est bien moins. Pourtant, réalisé à la façon d’Esope, il constitue la première version française des fables, dont certaines ont été reprises par La Fontaine»), Christine de Pisan («C’est la première écrivaine française à vivre uniquement de sa plume. Dans ses textes, elle critique la misogynie dont son sexe fait l’objet. Elle a même rédigé un traité d’art militaire»)…

XVIIème siècle

Madame de Lafayette, Madame de Sévigné, Marie de Nemours, Ninon de Lenclos…

XVIIIème siècle

Madame du Chatelet, Germaine de Staël, Elisabeth Vigée Lebrun, Isabelle de Charrière, Olympes de Gouges…

XIXème siècle

Delphine de Gigardin, Rachilde, Sophie Ségur, les sœurs Brontë, Jane Austen, George Sand («Négligée après sa mort – c’est grâce à Proust et à Flaubert qu’elle n’a pas été oubliée»)…

XXe siècle

Colette, «dont l’œuvre a été injustement simplifiée», Selma Lagerlöf (première femme lauréate du Nobel de littérature en 1909), Pearl Buck, Toni Morrison, Nathalie Sarraute, Marguerite Duras, Marguerite Yourcenar, Anaïs Nin, Emilie Dickinson, «figure fondatrice de la poésie américaine», Virginia Woolf, Doris Lessing, Clarice Lispector, Hélène Cixous, Françoise Sagan, Simone de Beauvoir, Albertine Sarrazin, Maya Angelou («dont le texte « Je sais pourquoi l’oiseau chante en cage » est le plus lu et étudié aux Etats-Unis»)…

Contemporaines

Annie Ernaux, Maylis de Kerangal, Scholastique Mukasonga, Joy Sorman, Christa Wolf, Marie NDiaye, Svetlana Alexievitch (prix Nobel de littérature 2015), Lydie Salvayre, Joan Didion…

 

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6 réflexions sur “Allez, une liste d’auteures pour aider l’Education nationale !

  1. Et il y en a bien d’autres : Irène Némirovsky, Andrée Chédid (XXème), Maïssa Bey et Jeanne Bénameur (romans, théâtre, poésie), Sylvie Germain … Elles sont si nombreuses !

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  2. Et il y en a bien d’autres : Irène Némirovsky, Andrée Chédid (XXè), Catherine Clément (Le voyage de Théo et suite), Maïssa Bey et Jeanne Bénameur (romans, théâtre et poésie), Sylvie Germain, … Elles sont si nombreuses !

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  3. Et il y en a bien d’autres : Andrée Chédid, Irène Némirovsky (XXè), Catherine Clément (Le voyage de Théo, et suite), Maïssa Bey et Jeanne Bénameur (romans, théâtre et poésie), Sylvie Germain, … Elle sont si nombreuses, francophones et étrangères !

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  4. Mesdames de sans compromis , le lien de la pétition ne fonctionne pas ! ET pour info ( je vous le redis au cas où) il est impossible de mettre des commentaires à vos articles!!! curieux de réclamer l’égalité Homme / femme mais d’être contre la liberté d’expression !!! bonne réception ! une féministe ( qui ne se retrouve que rarement dans vos articles : celui là précisément je soutiens et aurais voulu signer la pétition !) Date: Thu, 23 Jun 2016 23:44:22 +0000 To: debdeb2002@outlook.fr

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    • Le lien fonctionne et cette pétition a abouti avec 19 889 signatures et close.
      Les commentaires sont modérés pour éviter l’extrême droite nationaliste et religieuse qui polluent les articles avec leur commentaires haineux. La liberté d’expression s’arrête là où les droits d’une minorité sont bafoués. Donc rien à voir avec l’égalité femme/homme. Cordialement.

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