Témoignages : le harcèlement sexuel au travail

Ne plus se taire. La honte n’est pas du côté des femmes. 

«C’est la chatte» : le clip qui dénonce l’impunité des élus condamnés pour violences sexuelles

© Getty

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Suite à la révélation de l’affaire Baupin, nous avons réalisé un sondage auprès de nos lectrices et 18% déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail. Une main sur la cuisse, des commentaires sur le physique, des mails plus que déplacés ou du chantage : ce sont vos témoignages très forts qui permettront de faire bouger les choses. Merci de nous avoir écrit si nombreuses !

« J’ÉTAIS TÉTANISÉE »

« J’avais vingt-deux ans et je faisais un stage dans le cadre de mes études. Je travaillais avec un couple dans un showroom. Dès la première semaine, le mari m’a proposé d’aller boire un verre au café en face, il avait à me parler. J’étais très timide à l’époque mais je ne me suis jamais laissé marcher sur les pieds pour autant. Très rapidement, il a posé sa main sur ma cuisse. Je l’ai repoussé mais j’étais tétanisée et j’ai immédiatement pensé à sa femme restée à la boutique. Je ne sais plus bien comment a fini ce verre et ce qu’il avait à me dire… Je ne suis jamais retournée au stage : j’en ai donné la raison à la responsable des stages de mon école… qui n’a pas donné suite. Porter plainte ? Je crois que malheureusement cela ne m’a même pas effleuré l’esprit. »
Delphine, 44 ans

« SI TU COUCHES, TU AS LA PLACE »

« Quand l’affaire Baupin est sortie, je me suis tout de suite sentie concernée. De tête, j’ai recensé au moins six de mes supérieurs hiérarchiques qui m’ont harcelée. Je ne compte pas les collègues, il y en a trop. Six chefs harceleurs en douze ans. C’est beaucoup, non ? Toujours en CDD ou intermittente, je n’ai jamais pu en parler : je risquais ma place. Et quand j’ai refusé les avances ou commencé à vouloir dénoncer et prendre des collègues à partie pour que cela cesse, je n’avais plus de contrats. Ma situation était intenable. Je ne sais pas si je regrette de m’être tue jusqu’ici. Souvent, c’est celle qui fait des vagues que l’on rejette. J’ai pu le constater à plusieurs reprises. Et le harceleur est muté ou nommé grand chef ! Et la pénible femme, la victime qu’on n’a pas envie d’entendre, est en dépression chez elle ou bien à la porte. J’ai entendu des : « si tu couches, tu as la place », des « contre un petit massage, je t’arrange ce dossier ». J’ai eu droit à des questions sur ma vie sexuelle, la taille de mes seins, des commentaires sur mes fesses, des demandes de fellations ou même des mains baladeuses ! Les autres filles semblaient douter des faits que j’osais parfois leur rapporter. Alors, elles se moquaient : « mais c’est de l’humour, enfin, il n’a jamais voulu coucher avec toi ! ». Etrangement, j’y décelais une pointe de jalousie. Comme si le harcèlement devenait un gage de notre beauté, de notre valeur ou de notre cote en tant que femme et objet sexuel, et que nous nous jugions les unes les autres à l’aune des harcèlements récoltés. Parfois, malheureusement, les femmes sont les pires ennemies du féminisme et de la sororité. Chaque fois, je me demandais : « pourquoi moi » ? Ou alors je me blâmais : « tel jour, j’ai été plus sympa, ils y ont peut-être vu une proposition ? » Mais non. Ils n’ont aucune excuse. Il n’y a absolument aucune excuse pour justifier des propos sexuels à l’encontre d’une collaboratrice. Je ne sais pas quelle est la solution. A part apprendre le respect à nos fils, dès le plus jeune âge. »
Virginie, 39 ans

« JE ME SUIS TELLEMENT SENTIE HONTEUSE QUE JE N’AI RIEN OSÉ DIRE »

« A l’époque, je cherchais un travail d’assistante vétérinaire, et cet homme m’a proposé de l’accompagner à une course en tant que palefrenier pour faire un essai. Il y avait à la clé un premier contrat et j’avoue n’avoir rien vu venir. Nous avions roulé toute la nuit et au matin il s’est arrêté dans un hôtel (pour se reposer selon lui !) Il m’a dit que nous pourrions nous allonger en me précisant de ne pas m’inquiéter car il « ne ferait rien ». Puis, peu à peu, il s’est approché de moi… et j’ai entendu cette phrase : « On va bien rigoler ! » Je n’ai pas compris ce qui s’est passé : soudain, j’étais bloquée et il me demandait de ne pas bouger et de le laisser faire. Quand il a essayé de me pénétrer, je me suis débattue, j’ai hurlé … il m’avait fait évidemment très mal et c’était brutal. J’ai tout fait pour m’écarter de lui, et je ne suis sortie de cette chambre qu’en acceptant de lui faire une fellation… Je ne saurais jamais comment ça se passe réellement la première fois, quand il y a de l’amour. Je me sentais perdue et tellement mal à l’aise que je n’ai rien osé dire… J’ai vraiment pris conscience qu’il s’agissait d’un acte de violence sexuelle grâce à une formatrice, qui m’a expliqué que quand une femme dit non et refuse l’acte, elle ne doit pas subir de relation forcée. Dans mon cerveau de jeune femme qui n’avait jamais vécu aucune histoire, j’avais fini par croire que c’était normal d’être traitée de la sorte. »
Krystall, 30 ans

« AUJOURD’HUI, C’EST MOI QUI ME RETROUVE SANS TRAVAIL ! »

« Victime de harcèlement sexuel hiérarchique au sein d’une administration territoriale en 2012, j’ai décidé de parler. Mal m’en a pris, car toutes mes collègues m’ont tourné le dos et m’ont même menacée : si je parlais, ma carrière serait finie (triste prémonition !) Ce fut pour moi le second coup de massue ! Malgré ces menaces, j’ai dénoncé le fautif qui s’en est tiré avec trois jours de mise à pied… Aujourd’hui, mon employeur veut me placer en disponibilité d’office pour raisons médicales mais je ne suis pas malade, juste inapte à travailler au sein de cette collectivité ! Cela fait donc maintenant deux ans que je ne travaille plus et ma carrière prometteuse me semble de plus en plus compromise…Tout cela pour avoir dénoncé mon chef de service (deux fois mon âge) qui m’a adressé des mails déplacés. Et aujourd’hui c’est moi qui me retrouve sans travail ! »
Valérie, 38 ans

« MISE AU PLACARD COMME UNE PARIA »

« J’ai 59 ans et je suis une blonde, et oui on me l’a assez balancé dans la figure ! Et ça commence toujours comme ça : « J’ai le droit de te toucher, t’es blonde, tu comprends rien, tu tortilles ton cul quand tu marches, ça m’excite, etc. », sans parler des mains baladeuses. Je n’ai pas la langue dans ma poche quand il s’agit de parler clairement, mais je peux vous confirmer que les hommes et même quelques femmes (trop contentes de voir la blonde dégager) vous mettent au placard comme une paria quand vous l’ouvrez… Dans cette grande entreprise nationale, quand certaines de mes collègues et moi-même avons dénoncé les faits, la réponse était toujours la même : « tu comprends, ce responsable rapporte de l’argent et il est très estimé auprès des clients et de la direction ». Le stratagème était toujours identique : tout faire pour que les personnes partent. Bon sang ! Nous sommes au XXIe siècle. Quelle empreinte laissent ces gens dans le monde du travail ? Parlons, dénonçons-les, pour qu’enfin cela change. En avant, mesdames, sans peur et surtout sans rien vous reprocher ! »
Anne, 59 ans

Source : elle.fr

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