Des siècles d’avortement rassemblés dans une exposition

Exposition – « Histoire de la misogynie », Chapitre 1, l’avortement de Laia Abril au Magasin électrique, à voir à Arles en ce moment et jusqu’au 25 septembre.

La photographe espagnole Laia Abril, rend visible l’avortement clandestin et documente les risques encourus par les femmes qui se sont vu refuser l’accès libre à l’IVG. 

Dans le monde, ce sont encore 47 000 femmes par an qui meurent des suites d’interruptions de grossesse clandestines. 

Laia Abril, photographe en tout genre

L’exposition de la photographe Laia Abril sur l’avortement est le premier chapitre d’une trilogie sur la misogynie. Laia Abril

L’exposition de la photographe Laia Abril sur l’avortement est le premier chapitre d’une trilogie sur la misogynie. Laia Abril

Des siècles d’avortement rassemblés dans une exposition-valise

Avoir le nombre d’hommes penchés sur les photos, on se dit que Laia Abril a déjà réussi son pari : l’exposition de la photographe espagnole sur l’avortement, premier chapitre d’une trilogie sur la misogynie, n’intéresse pas que les femmes. Pour donner le ton, le premier cliché du parcours est un phallus en érection, recouvert d’une drôle de capote. Comme à chaque fois avec la jeune artiste espagnole, l’image est accompagnée d’un texte pédagogique. Il s’agit donc d’un préservatif qui était utilisé en Autriche, jusqu’au XIXe siècle : il était fabriqué à partir de vessies de poissons-chats, d’esturgeons ou d’intestins d’agneaux. « Aucun de ces matériaux n’étant véritablement élastique, il fallait attacher le préservatif au pénis à l’aide d’un ruban ou d’une bande en caoutchouc », lit-on encore. Et ça continue comme ça, une longue liste d’images ou d’archives documentées. Si on remonte encore dans le temps, Casanova, au XVIIIe siècle, « aurait découvert l’utilité du citron en tant que contraceptif. Pressé et coupé en deux, le citron était inséré à l’entrée de l’utérus avant les rapports sexuels. »

Mardi 5 juillet, fin de matinée. Un homme d’une quarantaine d’années, d’allure sportive, semble intéressé. David Loose est lui-même photographe. Il travaille sur les paysages, les forêts, avec l’envie de « sortir de l’habituelle opposition nature-culture », dit-il. En cette première semaine des Rencontres de la photographie, à Arles, les professionnels sont particulièrement nombreux.

Le grand public viendra par la suite – les « Rencontres » durent jusqu’au 28 septembre. « On a l’impression de savoir des choses sur l’avortement. Mais tous ces matériaux rassemblés nous apprennent encore plus. Le travail de Laia Abril va largement au-delà de la photographie. Cette exposition est d’intérêt public », estime David Loose. Il semble un peu retourné, et s’explique : « Cela me pose des questions sur mon propre travail. Où est la limite d’une exposition ? » Puis, avec humour, il ajoute : « Je vais continuer mon chemin, voir d’autres photos que j’ai repérées. Là, au moins, je sais ce qui m’attend… »

Nous, on reste. Tiens, une photo de drone ? « Le 27 juin 2015, le drone de l’association pro-choix Woman on Waves a effectué son premier vol de Francfort-sur-l’Oder à Slubice en Pologne avec, à son bord, des paquets de pilules abortives. » L’avortement est légal dans tous les pays de l’Union européenne, « excepté en Pologne, en Irlande et à Malte », lit-on encore.

« Frontale, sociologique »

Et six nations l’interdisent formellement, « y compris lorsque la vie de la mère est menacée » : Nicaragua, Chili, Salvador, République dominicaine, Vatican et Malte, encore. D’où le cintre, objet contemporain devenu l’emblème d’associations défendant le droit à l’avortement. Introduit dans le vagin, un cintre métallique peut en effet déclencher l’interruption de grossesse… A côté de la chaise de gynécologue, un amas de cintres argentés forme une sculpture délicate.

Ce jeune couple ne regardera plus jamais une penderie comme avant. Clara et Pierre n’étaient pas nés lorsque la loi Veil de 1975, dépénalisant l’avortement, a été votée en France. Elle travaille dans l’art contemporain, lui dans la photo. Elle : « J’aimerais que cette exposition soit portable. Qu’on la montre dans des lieux grand public, et pas seulement dans des centres d’art pointus. Je la verrais bien dans une valise, à la manière de Robert Filiou, dans les années 1960, qui transportait ses œuvres dans son chapeau. » Lui ajoute : « Cette exposition est frontale, sociologique. Le côté sérieux, journalistique, permet de balayer toutes les critiques des fondamentalistes et anti-avortement. »

Clara se rend compte que Laia Abril a tout juste 30 ans… Elle ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec Marion Maréchal-Le Pen, députée Front national du Vaucluse, et tête de liste FN aux dernières élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en décembre 2015 : « Elle n’a que 26 ans… Et pendant la campagne, elle proposait de supprimer les aides au Planning familial… » C’était le 13 novembre 2015, lors d’un meeting de La Manif pour tous, à Marseille. A Arles, au soir du premier tour du scrutin, le 6 décembre 2015, la liste du FN était arrivée en tête, recueillant plus de 40 % des voix.

Avant de prendre congé, Clara et Pierre demandent : « Vous savez si Laia Abril va sortir un livre ? Et quel sera le deuxième chapitre de la trilogie ? » Eh bien non… Mais on apprend que l’artiste est à quelques mètres, au bar en plein air, le Nonante-Neuf. « Le livre sortira au printemps 2017, à l’occasion d’une exposition au Caixo Forum de Barcelone, précise Laia Abril. Et j’ai ma petite idée pour le prochain chapitre, mais il est un peu tôt pour en parler… » Quant à l’idée de la valise, elle lui plaît bien, ajoute l’Espagnole, en souriant.

Source : lemonde.fr

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Laia Abril

Instruments d’avortement, notamment du savon et une seringue à lavement largement utilisée pour interrompre les grossesses en l’insérant dans l’utérus. Cela entraînait une fausse couche mais également, souvent, le décès de la femme. Dès le XVe siècle, ces épais cylindres à piston furent utilisés pour nettoyer les intestins, mais le tube de remplissage pouvait être remplacé par un plus long tube afin de rincer d’autres parties du corps. Par ailleurs, cet instrument remplissait la condition nécessaire pour tout outil destiné à l’avortement : il n’éveillait pas les soupçons. L’avortement étant illégal, divers objets étaient reconvertis à cet usage ; lors des contrôles de police, tout objet suspect était relevé. Les avorteurs pouvaient ainsi dissimuler leur activité mais le manque d’hygiène et l’absence d’encadrement médical résultant de l’interdiction juridique coûtèrent la santé et parfois même la vie à de nombreuses femmes. Musée de la contraception et de l’avortement à Vienne, Autriche, août 2015. Avec l’aimable autorisation de l’artiste / INSTITUTE.  ----- Please contact us for English version : rencontresarles@claudinecolin.com

Instruments d’’avortement, notamment du savon et une seringue à lavement largement utilisée pour interrompre les grossesses en l’’insérant dans l’utérus. Cela entraînait une fausse couche mais également, souvent, le décès de la femme. Dès le XVe siècle, ces épais cylindres à piston furent utilisés pour nettoyer les intestins, mais le tube de remplissage pouvait être remplacé par un plus long tube afin de rincer d’’autres parties du corps. Par ailleurs, cet instrument remplissait la condition nécessaire pour tout outil destiné à l’’avortement : il n’éveillait pas les soupçons. L’’avortement étant illégal, divers objets étaient reconvertis à cet usage ; lors des contrôles de police, tout objet suspect était relevé. Les avorteurs pouvaient ainsi dissimuler leur activité mais le manque d’’hygiène et l’’absence d’’encadrement médical résultant de l’’interdiction juridique coûtèrent la santé et parfois même la vie à de nombreuses femmes. Musée de la contraception et de l’’avortement à Vienne, Autriche, août 2015. Avec l’aimable autorisation de l’artiste / INSTITUTE. Please contact us for English version : rencontresarles@claudinecolin.com

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