Le suicide d’une oubliée du système

#ViolenceEconomique – La rigueur, tue.

NouEs ne t’oublions pas, Émilie… 

« À part me dire que je dois demander une pension alimentaire au papa de mes enfants, je n’ai rien de plus de la CAF » 

Non,ce n est pas un dysfonctionnement. C’est le mode opératoire de la CAF pratiquant sans sommation, la mise au pain sec. 

« On apporte des réponses techniques mais on laisse des gens dans des situations terribles. »

Comme pour les violences machistes, elle avait appelé au secours. Elle avait contacté la presse et répondu à un entretien de La Voix du Nord début mai à Armentières. Elle avait aussi alerté sur la suspension de ses allocations familiales en France du fait de la scolarisation de sa fille trisomique en Belgique. Comment reprendre le travail quand on est seule avec deux enfants de 6 et 8 ans, dont l’un handicapé ? Confrontée à l’indifférence d’un système, porté par des lois trop éloignées des situations individuelles qui devraient trouver des réponses personnalisées, Émilie Loridan, 31 ans, a mis fin à ses jours le 4 juillet dernier. Avec 398 euros par mois, elle ne s’en sortait plus. Et son dossier n’avançait pas. Séparée du père des enfants salarié en Belgique, elle aurait subi « la complexité des règles » pour les « couples transfrontaliers ». Emilie s’est retrouvée prise au piège entre la CAF et son statut marital. Car pour les administrations qui versent les prestations familiales, sous couvert de restrictions économiques de la branche famille, une femme séparée avec enfants, appartient toujours à un couple. Une femme séparée dépend toujours des ressources de l’ex-conjoint dans le calcul des aides sociales (ici égales à zéro), même si elle n’en bénéficie plus. L’émancipation économique des femmes n’est ni le problème des CAFS, ni de ceux qui font les lois. 

Face à la misère d’Émilie, la CAF était restée campée sur sa pure logique de droit. Photo : Marta Nascimento/Réa

Face à la misère d’Émilie, la CAF était restée campée sur sa pure logique de droit. Photo : Marta Nascimento/Réa

Émilie, 31 ans, s’est tuée après avoir été privée de ses allocations. Un drame qui pointe les dysfonctionnements aveugles de la CAF.

Les funérailles d’Émilie Loridan ont eu lieu samedi dernier à Armentières (Nord). Et la question subsiste : comment cette mère de deux enfants a pu être abandonnée à une telle indigence, un tel désespoir ? Cette jeune femme de 31 ans s’est pendue après s’être vue privée par la CAF de ses prestations sociales, se retrouvant avec pour seule ressource l’allocation handicap de sa petite fille, versée par la Belgique. Avant de se donner la mort, Émilie avait attiré l’attention de la Voix du Nord sur sa détresse. Impossible de joindre les deux bouts, sans RSA (revenu de solidarité active), sans APL (aide personnalisée au logement), avec juste 398 euros par mois. Aujourd’hui, la tragédie d’Émilie pointe de la plus cruelle des façons la froideur aveugle et les manques de notre système social.

La CAF du Nord s’était appuyée sur cette allocation pour enfant handicapé belge pour justifier le retrait des droits d’Émilie Loridan. Le père, dont elle était séparée, est salarié et belge, et sa petite fille était scolarisée en Belgique, faute d’une prise en charge satisfaisante en France. Émilie s’est donc retrouvée coincée. Le droit belge est prioritaire et la législation communautaire interdisait même à la jeune maman de renoncer aux allocations belges pour retrouver ses prestations françaises. « À part me dire que je dois demander une pension alimentaire au papa de mes enfants, je n’ai rien de plus de la CAF », témoignait Émilie dans le quotidien nordiste.

La jeune femme s’est pourtant battue. Elle a sollicité l’aide du CCAS de la ville, du Point d’accès au droit ou encore du défenseur des droits, recevant des bons alimentaires d’urgence et une inscription à l’épicerie solidaire. Pas assez pour sortir de l’impasse. Face à la misère d’Émilie, la CAF était restée campée sur sa pure logique de droit. Peu après la mort d’Émilie Loridan, Daniel Lenoir, directeur de la Caisse nationale des allocations familiales, a battu sa coulpe, appelant à une gestion « plus personnalisée » de la réglementation.

La CAF s’est considérablement éloignée des gens

Le drame de cette jeune femme a été aussitôt instrumentalisé par le Front national, dans sa plus pure veine sociale-raciste. Marion Maréchal-Le Pen s’est ainsi fendue d’un tweet aussi opportuniste qu’indécent : « Les autres avant les nôtres, voilà le résultat. » Le message a fait bondir Simon Agnoletti, conseiller municipal PCF d’Armentières. « C’est ignoble, cette façon de faire », pointe-t-il. Le jeune élu parle du « choc et de la colère face à ce système qui broie des vies ». Selon lui, « la situation d’Émilie Loridan était déjà compliquée et l’État français n’a pas aidé. Les pouvoirs publics ne se donnent pas les moyens de répondre correctement aux demandes des citoyens ».

Mohamed Lounas, de la fédération nationale CGT des personnels des organismes sociaux, confirme cette impression : « Les réductions budgétaires ont produit une diminution des offres d’accueil, des médiations familiales et de l’accompagnement social. Ce n’est plus possible de faire un travail de proximité. » Résultat : la CAF s’est considérablement éloignée des gens. « C’est devenu compliqué de faire appel à leur service. Il faut prendre rendez-vous, attendre, demander des infos et essuyer des refus sous forme de réponses types », déplore Mohamed Lounas.

Source : humanite.fr

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